La bande du 9 : La communaut du 9ème art

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Interview Vincent Pompetti

Bonjour Vincent,
Tout d’abord, merci de nous accorder un peu de votre temps,
 
BD9 : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots, et nous raconter votre parcours ?
Bonjour, oui je suis comme on dit un italien de l'étranger, né en Belgique, et originaire du village de Pineto, dans les Abruzzes où se trouve ma famille, une région merveilleuse qui gagne à être découverte d'ailleurs.
Mes études aux Beaux Arts de St Luc à Liège m'ont amené à commencer la bande dessinée en 2002 avec un petit conte initiatique paru chez Glénat en deux tomes. Suite à cela j'ai fait la rencontre de Tarek, qui avait plein d'idées et une cohérence de parcours, dans sa manière de penser le dessin pour l'histoire, et cette impression s'est révélée exacte par la suite. Grâce à sa vision d'ensemble, nous avons pu réaliser entre autres le cycle 2 de Sir Arthur Benton, l'album de pirates qui est devenu "Le Malouin", et puis par affinité mûrir un projet commun qui nous tenait à cœur depuis longtemps, à savoir "La Guerre des Gaules". Pendant toutes ces années j'ai également développé en souterrain un univers, qui est une des raisons principales pour lesquelles je fais des livres, c'est ce qui devient maintenant "Les Anciens Astronautes". Et puis comme très tôt la peinture m'a beaucoup parlé, j'ai développé le côté illustration, en réalisant des affiches, couvertures de livres, etc.
Et comme Tarek m'avait très tôt dit qu'il était un des précurseurs du graffiti en France et qu'il peignait lui aussi, petit à petit nous avons exposé à deux dans des galeries, bien que nos univers soient différents, il y a une complémentarité qui est arrivée, et puis j'ai pu développer des thèmes différents comme les années 50, le jazz, que j'aime aussi.
Cela m'a amené à beaucoup voyager, entre la BD et la peinture, les occasions d'exposer en Suisse, au Canada, et un peu partout en France, de faire des rencontres. 
Très logiquement finalement, et suite aux changements de société actuels, nous avons décidé de nous investir dans une petite structure éditoriale, Tartamudo, créée et dirigée par José Jover, afin de mener à bien les projets que nous aimons, et développer peu à peu des manifestations artistiques et créatives.
 
BD9 : Vous travaillez actuellement sur un projet de roman graphique : LES ANCIENS ASTRONAUTES.
Comment est née cette idée de roman graphique, qui sont les anciens astronautes ?

Je crois que ça vient de loin, j'ai toujours aimé construire des univers, et partager un contenu. Il y  a de superbes choses dans nos philosophies sur Terre, à toutes les époques, et nous sommes loin d'en avoir fait le tour. La science fiction et le fantastique sont très bien pour évoquer cela, avec des analogies, des réflexions. Un des écrivains qui m'a le plus marqué et révélé était Philip K.Dick, avec sa manière de revisiter le mythe de la caverne de Platon, et de poser la question de ce qu'est la réalité, qu'est ce qui nous rend vivant ou pas, ou encore les très allégoriques "Chroniques Martiennes" de Bradbury . En bref, les Anciens Astronautes, c'est un peu le film que je voudrais voir. Il y a quelques histoires de prévues, les raconter en roman d'une pièce me plaît, nous verrons bien dans le futur comment réaliser tout cela.
La question de qui sont les Anciens Astronautes est très bonne mais je ne pourrais tout révéler, car elle est centrale ; dans cet univers, la Constellation des Forêts, il semblerait que chaque société humaine ait un même mythe fondateur ; des humains ou des êtres évolués, venant d'ailleurs, auraient donné l'intelligence et l'étincelle qui fut à l'origine de la vie humaine. Evidemment on retrouve cela partout sur Terre, comme les Elohims dans la Bible. Disons que ces anciens astronautes sont une façon d'aborder la question qui nous sommes, d'où nous venons, et où nous allons. Mais ce sera  une histoire fantastique, avec de l'aventure et des émotions bien humaines. 
En résumé je pourrais dire que le sujet sera traité plutôt sous l'angle de la physique quantique ; la réalité change selon notre façon de voir.
 
 
BD9 : Je suppose qu’un tel sujet doit demander beaucoup de recherche documentaire ou de passion.
Sans nous dévoiler tous vos secrets, peut-on considérer les anciens astronautes comme une pure œuvre de fiction basée sur votre vision sur la création de la vie et vos lectures ou bien une œuvre ayant nécessité beaucoup de recherche pour caler au plus près des grandes théories philosophiques, bibliques…



C'est une très bonne question ! la réponse se trouve plus dans la première suggestion, c'est une histoire qui s'articule autour des pensées et leur conséquences ; j'ai ainsi utilisé le concept des "formes-pensées" ou égrégore, qui influencent des groupes d'hommes et des sociétés, qui peuvent suivre leur pensées comme un tram sur ses rails. Et si on change ses pensées par ses propres choix, bien sûr, on découvre quelque chose de nouveau. Quelque part je pense que pour les philosophes et les grands sages, le message c'est que la paix c'est l'action, la sagesse est souplesse, et non gravée dans le marbre, alors que la majorité des êtres humains font l'inverse ; utiliser un idéal pour construire des règles que l'on respecte de façon  théorique. Bouddha ne disait-il pas : "ne me croyez pas, allez voir par vous même" ? Le principe même de la spiritualité est que l'homme évolue, comme l'échelle de Jacob, et toutes ces questions sont au cœur de ce siècle qui commence, dont on a prédit qu'il sera spirituel ou ne sera pas.
Nous sortons du moyen âge quelque part, cela ne fait pas longtemps que la science se développe et que nous étudions l'histoire, il suffit de voir pour "La Guerre des Gaules" par exemple, le nombre de clichés à dépoussiérer sur les gaulois, mais aussi les romains... c'est donc passionnant de découvrir qu'il y a des trésors qui nous attendent mais que nous ne comprenons pas encore collectivement. Les causes précèdent les faits, et le génie qu'était Einstein disait que si une théorie est juste, les preuves viendront après. C'est à dire que le vrai chercheur a la foi, l'intuition, l'intellect, et non cloisonné dans un monde duel .
On a l'impression aujourd'hui que l'histoire humaine est finie, que l'on sait tout, mais non, ce serait de l'orgueil, nous devons considérer que les gens il y a 600 ans prenaient pour acquis que la Terre était plate, et que leur époque était la meilleure, ne faisons pas la même erreur. Il y a des idées, des personnes, qui marquent aujourd'hui les esprits, et qui seulement dans 200 ans peut-être, seront considérées de façon importante; le scientifique Rupert Sheldrake a ainsi marqué les esprits avec son livre "l'âme de la nature", qui réconcilie intelligemment science et spiritualité.  Pensons que le terme religion vient du latin "religare" qui peut signifier "relier les gens entre eux». On voit que c'est souvent le contraire, mais la science et le progrès  sont censés aussi relier les gens entre eux, ce n'est pas toujours  le cas non plus, on le voit aujourd’hui. Je pense au très beau discours final de Chaplin dans "Le dictateur", où il dit que l'intellect nous rend inhumains, nous pensons trop et ne ressentons pas assez.
Je crois que nous en sommes au point de cette vieille histoire mésopotamienne je crois, où l'on va découvrir que ce qui nous manque c'est une vie intérieure, après l'avoir cherchée partout à l'extérieur.
 
Mais Les Anciens Astronautes est aussi proche d'une série comme "Les envahisseurs", ou certains films de John Carpenter comme "the Thing" ou "Invasion Los Angeles" ; l'autre thème après ce concept des "formes pensées" et disons la spiritualité au sens large et initiatique, c'est la fascination à l'autorité, le pouvoir. Penser que l'autorité est "divine" et a toujours raison sinon c'est la fin du monde, permet l'usurpation de l'autorité, dans ce cas braver l'autorité relève du salut, sous peine de devenir paranoiaque ; c'est très réussi dans "Le pont de la rivère Kwai" par exemple, comment le colonel anglais collabore avec l'ennemi, en se donnant de mauvais prétextes pour avoir des faveurs personnelles et trahir sa cause, tout cela parce que l'autorité le fascine. C'est un virus, cette obéissance aveugle, des êtres humains adultes doivent tirer des conclusions par eux-même, non être guidé à l'aveugle. Autrement on finit par avoir peur du beau et être rassuré par le fouet, ce qui serait dommage.
En bref j'espère aborder tout cela de façon ludique, car l'esprit c'est la joie, le jeu, l'humour, l'audace.

 
BD9 : Vous avez choisi d’utiliser le crowdfunding pour faire aboutir votre projet. Pourquoi avoir choisi ce type de financement ?
Qu’est ce qui vous plait dans le financement participatif ?

La BD c'est populaire, et c'est un formidable moyen d'ancrer cela. Je vois le crowdfunding comme une manière de faire de l'artisanat moderne ; produire une œuvre comme un bon fromager dans sa montagne ; puis une fois qu'elle est faite, partir la partager, ainsi l'argent revient à la place qui est la sienne : la circulation intelligente au service d'une idée. Et tout le monde est gagnant, puisque le contributeur permet réellement de lancer le projet, et son risque est minime : si le projet n'aboutit pas il est remboursé, sinon il reçoit sa rétribution selon son souhait. C'est un peu le contraire du marketing qui tend aujourd'hui à être agressif, à flatter, à créer un manque ; ici la personne choisit posément et est active face à ses choix,  c'est plus qu'un achat puisque le contributeur accompagne la création, s'habitue à anticiper le résultat, et se sentir soutenu est une émotion très positive et stimulante pour la création, tout le contraire d'un marchand de tapis qui ne parle que de délai et de chiffres. Création et compétition ne font pas bon ménage, c'est dans le challenge que tout se passe. Et dans ces cas là, quand vous avez la foi, le "feu sacré", le travail avance rapidement aussi, donc on est loin du mythe de l'artiste qui n'est pas rentable pour "le monde moderne". Maintenant, c'est à charge des porteurs de projets d'incarner cela.
 
Pour moi ou l'auteur du projet en général, c'est un saut dans le vide, puisqu'on livre au "monde" le fruit de son travail et ses idées, sans artifices, cela cultive la confiance, le partage.
C'est mon deuxième crowdfunding (après un calendrier d'art 2015) , et ce que j'en retire déjà c'est surtout que cela crée des occasions ; des contacts se nouent, des rencontres peuvent se faire ensuite entre des personnes habitant en Belgique, en Suisse ou au Canada.
Le crowdfunding peut vraiment incarner la mondialisation au sens vertueux du terme, et concrétiser des projets qui sortent du moule et des habitudes tenaces. Il pose la question : "Et pourquoi pas"
C'est vraiment très créatif de voir le projet avancer en temps réel.

 
BD9 : Parmi nos membres, nous avons les organisateurs du Salon SOBD qui se déroulera du 28 au 30 Novembre prochain à Paris.
Vous allez exposer à ce salon
, que va-t-on pouvoir y découvrir concernant Vincent Pompetti ?
Il y aura une belle exposition d'originaux sur "La Guerre des Gaules", avec une vingtaine de planches sélectionnées. On pourra y voir ma façon de travailler actuelle, qui mixe couleurs directes et montage informatique; certaines scènes de batailles demandaient plus d'espace qu'une simple case, et ont été réalisées à part, puis scannées et réintégrées dans la page. 


 


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