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La bande du 9 : La communaut du 9ème art

Bandeau de l'article Sombre manteau

Sombre manteau

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Un sombre manteau
 
Scénario, dessin et couleurs : Jaime MARTIN
Éditions : Dupuis
Collection Aire Libre

 
Dans une vallée reculée des Pyrénées vit Mara, une rebouteuse. Détestée par les uns, vénérée par d’autres, elle vit en osmose avec la nature. Un jour, elle recueille Serena, une jeune femme rousse, errante et muette. Quelques temps plus tard, une étrange maladie se répand dans la vallée…
Après sa trilogie familiale, Jaime Martin poursuit l’évocation de la société espagnole de la plus puissante des façons.
 

Dans une petite vallée reculée des Pyrénées, Mara est aussi appréciée que détestée, aimée autant que haïe, espérée autant que redoutée. Trementinaire, elle connaît les plantes et les recettes des remèdes utiles aux hommes et aux animaux. Veuve et isolée, elle inquiète et fait peur. La petite Sol, une fillette du village voisin, est sa seule véritable amie. Malheureusement, ses parents, et sa mère surtout, ne veulent pas de cet avenir pour elle. Un jour, Mara recueille une jeune femme muette. Celle qui sera nommée Serena semble fuir quelque chose ou quelqu’un mais la philosophie de la vieille rebouteuse la pousse à l’aider. Entre les deux femmes, le courant passe plutôt bien, chacune ayant ses propres secrets. Seulement, au village, Serena sème rapidement la zizanie. Son élégance et sa grâce suscitent des jalousies et des envies. L’indépendance de deux femmes fait également jaser. C’est alors qu’une étrange maladie commence à se répandre. Pour cette population réfractaire à la modernité, le bouc émissaire semble tout trouvé...
 
Après sa trilogie familiale, Jaime Martin poursuit l’évocation de la société espagnole sous un nouvel angle. Exit le XXe siècle, l’artiste ibérique nous transporte dans les Pyrénées de la fin du XIXe. Dans ces vallées reculées, deux modes de vie s’opposent. Envoûtés par la modernité et l’industrie, certains quittent les villages pour travailler dans les usines, mettant de côté le troc et l’entraide au profit du capitalisme. De l’autre, Mara vit en communion avec la nature sans se soucier des superfluités. La vieille rebouteuse est l’exégèse de cette contradiction, haïe pour son mode de vie et son indépendance, elle est pourtant vitale à ses concitoyens grâce à ses remèdes. Mais la situation va encore s’aggraver lorsque la trementinaire recueille Serena, une jeune femme errante et muette qui a l’air de fuir quelque chose. Avec sa robe et ses cheveux roux, elle fait rapidement jaser dans le village. Une nouvelle fois, elle suscite autant le rejet que la jalousie. À travers cette vocation sociologique, on retrouve ce qui fait la force des écrivains réalistes du XIXe siècle : il y a du Maupassant dans cette intrigue qui mêle habilement la fresque sociétale avec une pointe de fantastique. C’est extrêmement bien fait car le lecteur ressent les lourdeurs de la société sans celle de la narration. Bien que les péripéties soient peu nombreuses, on ne s’ennuie pas à la lecture. Les dialogues sont efficaces et complètent à merveille les scènes d’exposition afin de distiller une atmosphère réaliste, bien que légèrement fantastique. Si le scénario est parfaitement maîtrisé, il est peu dire que le dessin est totalement au diapason. Mettant l’accent sur les personnages, le dessinateur espagnol fait le choix de multiplier les cases sans décor et en plan rapproché. Les décors sont l’apanage des plans larges qui n’en demeurent pas moins très détaillés, tant à l’intérieur qu’en extérieur. Les forêts deviennent énigmatiques, les villages suintent la jalousie et la suspicion. Quant aux paysages de montagnes enneigées, ils sont tout simplement magnifiques. On est presque à regretter qu’ils ne soient sur des vignettes plus grandes. L’ensemble est relativement statique, mais Jaime Martin sait apporter une dose dynamisme lorsque cela sert son propos. Impossible enfin de ne pas parler de la colorisation qui devient un élément primordial de l’intrigue, ne serait-ce que par la couleur de cheveux de Serena.
 
Comme à son habitude, Jaime Martin nous livre une œuvre puissante autour d’une société qui n’est pas sans faire penser à la nôtre ; une œuvre où le féminisme se mêle au fantastique sans jamais devenir moralisateur. Une œuvre à consommer sans modération.


Cédric
Chroniqueur
La Bande Du 9


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