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La bande du 9 : La communaut du 9ème art

Bandeau de l'article  TIMOLEON, DE FRED ET ALEXIS 

TIMOLEON, DE FRED ET ALEXIS 

    TIMOLEON, DE FRED ET ALEXIS : UN CHEF D’ŒUVRE
    D’HUMOUR MORBIDE

 
 
Timoléon, sous-titré Time is money, aujourd’hui oubliée du grand public, reste une série culte pour les bédéphiles. Racontant les aventures extravagantes de deux personnages déjantés et aux personnalités opposées, elle fut conçue par Fred, scénariste génial, et dessinée par le très doué Alexis. Parue dans l’hebdomadaire Pilote de 1969 à 1973, elle donna lieu à la publication de trois albums, par Dargaud en 1974 et 1975[1]. Le décès soudain d’Alexis (consécutif à une rupture d’anévrisme), en octobre 1977, à 31 ans seulement, mit brutalement fin à la série.
Son indiscutable originalité fait la valeur de cette série, en même temps qu’elle la rend assez inclassable. Pleine de fantaisie et d’humour, elle n’est cependant pas drôle. Elle repose sur deux personnages répulsifs. Et le mal-être qui la parcourt crée une ambiance morbide.
 
Une association insolite
 
Fred et Alexis mettent en scène un vieux savant solitaire vivant retiré dans un manoir vétuste, et un inventeur raté amené à faire du porte-à-porte pour tenter de vendre son aberrante invention ; l’un a créé une machine à voyager dans le temps, dont il compte se servir pour gagner de l’argent, ce qui l’amène à solliciter les services de l’autre, ayant besoin d’un assistant.
Explorant le passé, puis l’avenir, les deux hommes essuient de multiples déconvenues ; et l’opposition de leurs personnalités respectives ne fait qu’aggraver ces dernières.
 
Timoléon : un raté amorphe
 
Timoléon est un homme ordinaire. Son activité « professionnelle » l’est moins. Il traverse les villes et sillonne la campagne pour essayer de vendre son incroyable invention : une encombrante et inefficace machine à rouler les cigarettes. Cette dernière est lourde (Timoléon dit, en exagérant, il est vrai, qu’elle pèse trois tonnes), de maniement incommode, exigeante en eau (donc coûteuse), encombrante, et de fonctionnement lent (entre deux et trois heures pour rouler une cigarette). De surcroît, lorsque Timoléon la met en marche devant Stanislas, elle fait sortir d’elle un chien (!), au lieu d’une cigarette roulée.

 [1] Ces trois albums furent publiés par Dargaud, dans la collection 3Histoires fantastiques ». En 1977, les deux premiers furent réédités, dans la collection 16 22et un troisième, Une peau de banane dans le temps fut édité à cette occasion. Initialement, ces histoires avaient paru dans le journal Pilote, de 1969 à 1973.
 
Time is money.Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, Dargaud, 16  22, p. 3, case 2
 
  Time is money.Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, Dargaud, 16  22, p.4, case 1

 
 Time is money.Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, Dargaud, 16  22, p.5, case 1

 
 Time is money.Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, Dargaud, 16  22, p.8, cases 1,2,3

 
Elle n’offre donc aucun avantage et présente, en revanche, de gros  inconvénients. Il s’agit donc d’une invention absurde, et même ridicule.
Timoléon est donc un bricoleur besogneux, un inventeur raté et sans intelligence, auquel son ignorance, du reste, interdit l’originalité et une réelle créativité. Faute de connaissances scientifiques, il ne peut inventer de machines de niveau comparable à celle de Stanislas, lequel ne voit d’ailleurs pas en lui un inventeur.
Très vite, il apparaît comme un individu amorphe, sans volonté ni ambition, aboulique, paresseux et glouton.
 

 Time is money.Une peau de banane dans le temps, Dargaud, 16  22, p.11, case 1
 

 Time is money. Une peau de banane dans le temps, Dargaud, 16, 22, p.11, case 2
 

Time is money. Une peau de banane dans le temps, Dargaud, 16,22, p.11, case 3


Time is money. Une peau de banane dans l’avenir
, Dargaud, 16, 22, p. 7, case 1
 

4 pas dans l’avenir, Dargaud, p.51, case 1
 
Se plaignant de sa vie misérable, il n’entreprend rien pour ensortir, faute de motivation, certes, mais aussi d’intelligence. Incapable, par nature, de sortir de sa situation précaire, il soupire et râle en soliloquant, maugrée, et se vautre dans l’inaction où il trouve de médiocres jouissances, telles la
gourmandise, la somnolence ou la paresse au lit.


Joseph le borgne, Editions Vents d’Ouest, p. 3, case 1
 
 
Joseph le borgne, Editions Vents d’Ouest, p. 3, cases 4,5
 
Timoléon est beaucoup plus jeune que son compère. A vue d’œil, c’est un homme d’une quarantaine d’années, au physique lourd et ingrat. Assez grand, pourvu de bras puissants, mais de jambes plutôt maigres, il a une grosse tête, affligée d’un double menton, et que n’embellit pas sa petite et discrète moustache.


Time is money. Une peau de banane dans le temps, Dargaud, 16 22 p. 36, case 1
 
Avec cela, il est ventru, contrastant ainsi avec son maître squelettique.
 
Stanislas, une caricature de savant fou
 
Stanislas voit en Timoléon un vendeur, habile comme tel aux tractations commerciales.
 

Time is money. Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, Dargaud, 16 22, p. 13, case 2
 
Or, il semble d’emblée évident que tel n’est pas le cas. Si Timoléon était un commerçant né, il ne proposerait pas à d’éventuels clients une machine invendable. De ce point de vue, si Timoléon n’est pas intelligent, Stanislas ne l’est pas plus. En réalité, Stanislas est mentalement enfermé dans ses chimères, et, en dehors du soin qu’il apporte à sa machine, il est complètement inadapté au monde, à toute vie sociale.
Stanislas se présente comme un savant fou (Illustration 14).


Time is money. Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, Dargaud, 16 22, p. 18, Case 1
 
Et Timoléon comprend immédiatement qu’il a affaire à un fou.

Time is money. Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, Dargaud, 16 22, p.13, case 6
 
Mais Stanislas n’est pas un savant fou typique. Classiquement, le savant fou est habité par un idéal, une cause qu’il sert fanatiquement, et pour laquelle il irait jusqu’à sacrifier sa vie. Rien de tel chez Stanislas. Ce savant a une obsession, certes, mais matérialiste, vulgaire et purement égoïste : gagner de l’argent ; et c’est cette idée fixe qui inspire toute son activité d’inventeur.
 
On  peut s’interroger sur l’origine et la signification de cette obsession .
En premier lieu, elle est assez surprenante chez un savant, de la part duquel on attendrait une motivation supérieure à celle de la cupidité. D’ailleurs, Stanislas est-il foncièrement cupide, ou a-t-il besoin d’argent ? A première vue, il semble devoir ne pas en manquer : il possède un manoir, et a pu se payer le moyen de construire sa machine à remonter le temps (dont la réalisation a certainement coûté cher). Et sa physionomie, sa robe de chambre, son comportement général, le fait qu’il puisse vivre confortablement sans travailler, en se consacrant uniquement à ses lubies, attestent de son appartenance à la bonne société de la fin du XIXè siècle.
Mais tout cela pourrait n’être qu’une façade. En effet, le manoir est situé sur « une lande inculte et désolée », suivant l’expression même de Fred. Et, de fait, il isolé en pleine campagne, ce qui laisse penser que Stanislas vit retiré du monde.
En outre, si l’intérieur du manoir est assez décent et convenablement meublé, l’extérieur, lui, laisse à désirer. Le mur de clôture ne subsiste qu’à l’état de ruine,

Time is money. Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, Dargaud, 16 22, p. 4, case 3
 
le parc semble avoir disparu et se confondre désormais avec les terres environnantes, la façade a l’air vétuste, voire délabrée.
Tout cela semble indiquer que Stanislas est un châtelain déchu, endetté, voire ruiné, qui vivote en solitaire, coupé du monde, manquant des moyens d’entretenir son patrimoine, voué à une vie ascétique. En ce cas, il aurait de réels besoins d’argent, et cela pourrait expliquer son souci d’en gagner. Il confesse d’ailleurs n’avoir pas d’argent (pas assez pour acheter un cheval).
 
Sa qualité même de savant est sujette à caution. Elle ne paraît pas usurpée : son invention en fait foi,


Time is money. Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, Dargaud, 16 22, p. 16, case 2
 
et il se fait constamment appeler « professeur ». Mais il semble aussi coupé de la communauté scientifique que du monde. Et, sans doute, son âge accentue sa solitude : c’est un vieillard, sans doute septuagénaire avancé. Son physique n’a rien d’engageant, et il ne semble pas jouir d’une santé très robuste : d’une maigreur inquiétante, il arbore un visage émacié dont les éléments prégnants sont un large front, des joues maigres, un menton étroit et proéminent recouvert d’une barbe en pointe, et des cheveux blancs abondants et longs. Une telle physionomie lui confère une certaine distinction et lui donne un air digne et sérieux, mais peu attrayant, voire antipathique


Joseph le borgne, Editions Vents d’Ouest, p. 45, case 1.

Sa tenue vestimentaire le singularise de façon stupéfiante. Ce vieillard austère et digne, cet étrange savant, apparaît constamment, sans la moindre exception, vêtu d’une robe de chambre et chaussé de pantoufles. C’est le signe indubitable d’un solitaire vivant cloîtré chez lui. Stanislas ne s’habille pas, même lorsqu’il voyage dans le temps avec Timoléon.
 
Un renoncement symbolique à l’habillement
 
Celui-ci le rejoint assez vite dans le choix d’un minimalisme vestimentaire extravagant. Convenablement vêtu lorsqu’il entre en scène au début du premier album de la série,

 
Time is money. Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, Dargaud, 16 22, p. 5, case 6
 
il n’apparaît plus ensuite que coiffé de son melon et le torse recouvert uniquement d’un maillot de corps blanc, et ce même lorsqu’il voyage dans le temps.
Ce renoncement des deux personnages au port de vêtements adaptés à une vie sociale normale est révélateur : nous sommes en présence de deux hommes qui ont implicitement abdiqué toute vie sociale, et se sont soustraits à leurs semblables, le premier muré dans sa quête obsédante d’argent, le second enclin à sortir d’une existence difficile en s’enfermant dans le manoir de son patron. Le laisser-aller vestimentaire des deux hommes atteste de leur déchéance.
 
Deux êtres que tout oppose, mais que leur aliénation condamne à s’unir
 
Timoléon a une conscience assez aiguë de cette déchéance. Il s’en plaint amèrement dès le début du premier album, et ne cesse de geindre et de râler par la suite, trouvant en Stanislas une cible facile. Cela dit, sa médiocrité et sa nonchalance naturelles lui permettent de s’en accommoder et de s’installer douillettement en elle, pour peu que lui soit donnée l’occasion d’en éviter les pénibles conséquences. Et cette occasion lui est donnée par son association avec Stanislas, qu’il considère comme fou et dont il sait les entreprises vouées à l’échec, mais qui lui permet de manger à sa faim et de vivre sans travailler. Il lui arrive de dire qu’il regrette cette association, mais c’est par un besoin irrépressible de ronchonner. Il se garde d’ailleurs de rompre le duo et de retourner à son existence précaire de démarcheur, comme il en manifeste pourtant la tentation.
Et justement, ce duo se signale par l’hypocrisie des rapports entre ses deux composants. Timoléon sait qu’il a à faire à un vieux fou accroché à ses vaines lubies, mais il reste avec lui en raison de la sécurité matérielle qu’il lui procure. De son côté, Stanislas n’a que mépris et dégoût pour son « associé », mais il a besoin de lui. Aussi, s’il l’accable de critiques blessantes et ne dissimule pas la mésestime qu’il lui porte, il le laisse s’abandonner à sa goinfrerie et à sa paresse, afin de le garder à sa disposition pour ses expériences ; et il lui fait miroiter l’espoir d’un prochain enrichissement, alors qu’en réalité, il compte bien accaparer tous les gains de l’improbable succès de sa folle entreprise.
 

4 pas dans l’avenir, Dargaud, p. 6, cases 1,2
 
En fait, ces deux personnages ne s’aiment pas, ne se comprennent pas, se méprisent mutuellement, mais ils ont besoin l’un de l’autre. Timoléon a besoin d’un protecteur (qu’il n’a pas cherché, mais qui s’est présenté à lui, et qu’il ne peut se résoudre à perdre), et Stanislas ne peut se passer d’un assistant, si méprisable lui semble-t-il. C’est une véritable fatalité existentielle qui lie ces deux hommes en tous points opposés.
En somme, leur rencontre, puis leur collaboration, est celle de deux égarés, de deux inadaptés, on pourrait dire, plus agressivement, de deux paumés, voire de deux pauvres types, de natures respectives différentes. Elle est la rencontre incongrue, et aux conséquences calamiteuses d’un inventeur raté et d’un savant inconnu, perverti et asservi par sa solitude et son idée fixe de gagner l’argent qui lui conférerait la puissance et la reconnaissance dont il a tant besoin. Et, par là, paradoxalement, ces deux personnages, si dissemblables, sont faits pour s’associer. Ce sont leurs aliénations respectives qui engendrent leur association. Nous sommes en présence d’un duo d’aliénés.
 
Deux clowns pitoyables
 
Il va de soi qu’un tel duo ne peut rien réussir. Tour à tour, Stanislas et Timoléon accouchent de plans trop simplistes pour marcher. L’échec de leurs entreprises découle de leur fondamentale inaptitude au monde, c’est-à-dire d’un manque d’intelligence, lequel ne se résume pas à un manque d’instruction (Stanislas est un savant, et qui a certainement reçu la meilleur des éducations), mais est un manque d’intelligence brute, pure, pratique. Ils sont deux imbéciles de nature différente, l’un instruit et éduqué, l’autre ordinaire, ignorant et fruste.
Et, si leurs inepties peuvent faire rire, eux-mêmes sont trop pitoyables pour être des personnages comiques. Stanislas est sinistre au physique comme au moral, cynique et  fou, Timoléon, lui, est trop gourd et  trop passif, en même temps que trop ronchon et maussade pour ne pas provoquer des soupirs plutôt que le rire. Ce sont deux personnages rébarbatifs, ennuyeux, rebutants, peu compréhensibles.
 
Un environnement dépressif et pathogène
 
Et le milieu en lequel ils évoluent (lorsqu’ils ne se déplacent pas dans le temps) est lugubre à souhait. La demeure de Stanislas, nous l’avons dit après Fred lui-même, se trouve sur « une lande désolée et inculte », loin de toute habitation, donc en une campagne abandonnée et d’ailleurs rebutante. L’automne, saison à laquelle Timoléon semble y arriver, rend le paysage particulièrement triste, déprimant et sinistre. 
 

Time is money. Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, Dargaud, 16 22, p. 3, case 1
 

Time is money. Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, Dargaud, 16 22, p. 75, case 2
 

4 pas dans l’avenir, Dargaud, p. 5, case 1
 
Et, au printemps ou en été, ce dernier a l’air à peine plus accueillant. Si l’herbe paraît alors plus abondante et verte, les arbres, en revanche sont toujours aussi maladifs et effeuillés.


Joseph le borgne, Editions Vents d’Ouest, p. 45, case 6
 
Le manoir lui-même a pratiquement perdu son mur de clôture et son parc, nous l’avons dit, et sa façade semble menacée par le délabrement. L’intérieur est plus présentable et spacieux, certes, mais vieux, austère, et peu accueillant, avec ses gros murs de pierre nus, durs et froids, et ses  plafonds incroyablement élevés.
 

Time is money. Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, Dargaud, 16 22, p. 7, case 1
 

Joseph le borgne, Editions Vents d’Ouest, p.4, case 9
 
A l’évidence, on ne peut se sentir vraiment bien dans une telle demeure. Le dessin d’Alexis s’applique d’ailleurs à mettre en évidence tout ce que l’intérieur de cette demeure a de repoussant.
Il est vrai que nous sommes au XIXè siècle. Le costume de Timoléon, au début du premier album et son chapeau, les vêtements des contemporains de nos deux héros (le cocher, Joseph le Borgne, les policiers, etc..) sont caractéristiques de la fin du XIXè siècle. De plus, la machine à explorer le temps est un thème caractéristique de cette époque, et le titre même du fameux livre de H.G. Wells, qui parut en 1895. Cependant, exceptionnellement, une didascalie situe l’histoire au XXè siècle (Time is money, p. 75, case 2) ; c’est à coup sûr d’une erreur (et, si ce ne l’était pas, il s’agirait alors du début de ce siècle).
 
Un environnement humain rare et sans attrait
 
Si l’environnement naturel et matériel de nos deux héros est lugubre, l’humanité qu’ils sont amenés à croiser l’est presque tout autant. Dans le présent, nos deux héros rencontrent ainsi deux inspecteurs de police antipathiques,


Joseph le borgne, Editions Vents d’Ouest, p.11, case 8
 
et le soi-disant neveu de Stanislas, Joseph le Borgne, un malandrin dérisoire, à la fois inquiétant et ridicule.


Joseph le borgne, Editions Vents d’Ouest, p.54, case 1
 
Et les gens qu’ils découvrent à d’autres époques ne valent pas mieux, et ce même lorsque la postérité les a mis sur un piédestal. Ainsi, Léonard de Vinci apparaît comme une petite gouape en 1469,



Time is money. Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, p. 31, case 2
 
 
puis en1506, comme un artiste orgueilleux et soucieux uniquement de sa cote sur le marché des œuvres; et ses contemporains sont des imbéciles.



Time is money. Ils voyagent dans le temps pour de l’argent, p. 73, case 3
 
Dérisoire également Attila, le fléau de Dieu, qui n’est plus qu’un lourdaud aimant jurer.


Joseph le borgne, Editions Vents d’Ouest, p. 36, case 6
 
Les hommes du futur ne valent pas mieux. Nos deux héros rencontrent des touristes du temps futiles, des policiers rogues, des prisons faites de cellules lumineuses, en lesquelles grouille une chiourme dégénérée gardée par des robots, de vieux maîtres mi-savants mi-industriels dédaigneux et paresseux.
 

Illustration 32 : 4 pas dans l’avenir, Dargaud, p. 17, case 2


4 pas dans l’avenir, Dargaud, p. 23, case 3


4 pas dans l’avenir, Dargaud, p. 46, case 9
 
D’une façon générale, l’humanité, à toutes les époques, seprésente comme laide, bête, hostile et dégénérée, à l’image de nos deux héros, qui en sont les symboles. Et l’absence de personnages féminins renforce encore cette impression d’inimitié naturelle et de malveillance foncière[1]. Ici, le passé n’a rien d’un âge d’or, et le futur ne promet aucunement un avenir radieux.
 
Incontestablement loufoque, cette série est trop sombre, trop lugubre, pour être réellement drôle. Ses histoires déjantées surprennent, amusent jusqu’à un certain point, mais ne font pas vraiment rire, et on n’en redemande pas, contrairement à d’autres séries humoristiques, comme Astérix. Ses héros sont trop repoussants, et leur monde est trop sinistre pour cela. Et le dessin d’Alexis renforce l’aspect répulsif des uns et les autres. Le noir et blanc, choix initial du dessinateur ajoute au côté sinistre des premiers et de la seconde ; les couleurs glauques des albums traduisent visuellement le caractère  oppressant, et voire pathologique de leur monde.
Et là réside sans doute le génie de cette série : ses auteurs ont su rendre amusante une réalité morbide
 
Yves MOREL
 
[1] La seule femme présente dans la série est l’épouse d’un touriste du temps. Cf 4 pas dans l’avenir, Dargaud, pp.11-18


 


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