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La bande du 9 : La communaut du 9ème art

Bandeau de l'article Le photographe de Mauthausen

Le photographe de Mauthausen

Scénario : Salva Rubio 
Dessin : Pedro J Colombo
Couleur : Aintzane Landa
Editions : Le Lombard
 
 
Francisco est communiste et espagnol. Réfugié en France, il est déporté comme apatride en 1940 au camp de Mauthausen. Photographe de formation, il est repéré par l’oberscharführer Ricken. Ce dernier, se prenant pour un artiste, photographie chaque mort survenue dans le camp. Pour Francisco, c’est l’occasion de prouver les crimes nazis et l’implication des hauts dignitaires du régime. Débute alors le vol le plus important de la seconde guerre mondiale.
 
Francisco Boix a fuit le régime fasciste de Franco en Espagne. Il a franchi les Pyrénées puis est arrivé en France. En 1940, il est interné au camp du Vernet d’Ariège. Engagé « volontaire », il intègre la 28e Compagnie des Travailleurs Etrangers de l’armée française, dans les Vosges. Lors de son arrestation, comme il portait l’uniforme français, il est considéré comme prisonniers de guerre. Mais, petit à petit, les Espagnols sont davantage considérés comme apatride ; et traités comme tel. Déporté à Mauthausen, flanqué du S, le commandant du camp leur affirme que s’ils sont entrés par la porte, ils ne sortiront que par la cheminée. Il faut dire que les exactions, les violences et l’humiliation de la SS sont monnaie courante. Utilisé comme traducteur, Francisco va rapidement se faire repérer par les dignitaires communistes du camp. Ces prisonniers se sont regroupés pour s’entraider et survivre. Photographe de formation, il est également repéré par l’Oberscharführer Ricken. Ce dernier, se voulant artiste et esthète, photographie chaque décès, chaque mort. Pour Francisco, c’est l’occasion de prouver les crimes nazis. Commence alors le plus grand détournement de photos et de négatifs de l’histoire des camps de concentration. Patiemment, Francisco compile puis cache les clichés. Mais à l’intérieur d’un camp, aucune planque n’est réellement sûre. Quand la guerre se termine, il ne sait malheureusement pas quoi faire de ses photos puisque même lors du procès de Nuremberg, Francisco, témoin à charge, ne réussit pas à raconter ce qu’il a vécu. Heureusement, il lui reste toujours l’espoir de retrouver sa sœur.
 
Jorge Semprun, autre déporté, s’interrogeait sur la « possibilité de raconter ». Il affirmait que « seul l’artifice d’un récit maîtrisé parviendra à transmettre partiellement la vérité du témoignage ». Salva Rubio, préfaçant l’album, énonce son tiraillement entre le scénariste et l’historien. Le dernier souhaite relater les stricts faits réels quand le second exige de combler les lacunes par l’imagination. Néanmoins, le scénario a été validé par des instances de déportés et les auteurs assurent l’entière responsabilité de leurs dires. L’histoire est également complétée par un dossier historique extrêmement précis et documenté. Vous l’aurez compris, Le photographe de Mauthasen est basé sur des faits réels. Ce personnage principal a réellement existé. Les criminels nazis également. Pour les personnages secondaires, leur création vient renforcer l’Histoire. C’est dans ce cadre que les auteurs s’inscrivent dans l’héritage de Semprun ou de Primo Levi. Avec un scénario d’une telle force, il fallait un dessin à la hauteur. Loin du style enfantin et simple de la série OM, droit au but !, Pedro J Colombo adopte un style assez réaliste. Le dessinateur espagnol privilégie l’humanité des déportés aux horreurs concentrationnaires.

Mais attention, les atrocités sont bien réelles, les photos sont souvent insupportables bien que le plus ignoble soit davantage suggéré que réellement montré. De toute évidence, il ne s’agit pas de montrer les conditions de vie, et de mort, à Mauthausen mais de rendre hommage aux hommes qui ont séjourné, aux hommes qui ont continué de lutter, aux hommes et aux femmes qui ont témoigné de l’horreur mais que leurs contemporains n’ont pas forcément entendus.
Alors oui, cet album est un grand ouvrage et je n’aurais qu’une critique à formuler. Elle concerne la postface. Le scénariste revient sur l’histoire espagnole. Il affirme que la démocratie espagnole ne doit pas oublier son passé. Il a raison mais, à mon sens, il oublie que de nombreux fonctionnaires allemands ont conservé leur poste après-guerre, que la responsabilité était autant individuelle que collective.
 
Je ne peux pas clore cette chronique sur cette note divergente car Le photographe de Mauthausen vient parfaitement s’intégrer dans cette œuvre de mémoire collective du XXe siècle.
 

Cédric
Chroniqueur
La Bande Du 9


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