Nom de la série : A la frontière du vivant
Scénario : Cédric Dentant
Dessin : Cécile Guillard
Couleur : Cécile Guillard
Maison d'édition : Futuropolis
À la frontière du vivant est un album qui parvient à nous faire prendre de la hauteur, tant physiquement que spirituellement ! Fruit de la collaboration entre la dessinatrice Cécile Guillard et le botaniste-alpiniste Cédric Dentant, cette BD est une bouffée d’oxygène ! Entre introspection et initiation scientifique, elle nous entraîne sur les magnifiques sommets du massif des Écrins ! A découvrir !
Jeanne est journaliste, mais elle est à bout de souffle. Lassée de ne couvrir que les drames et les accidents qui endeuillent la montagne, elle porte en elle une blessure plus intime : la perte de son compagnon, un fantôme qui l’empêche de vivre pleinement...
En quête d'un nouveau souffle, elle se rend chez sa sœur. Grâce à elle, elle rencontre Nico, un guide alpiniste amateur de botanique. Celui-ci va l’encourager à se remettre à la grimpe mais aussi l’initier à la botanique. Grâce à lui et à ses contacts, elle va pouvoir suivre un groupe de scientifiques dans les Écrins.
Loin des récits tragiques, Jeanne va découvrir une autre facette de la haute altitude : celle d'une vie qui s'accroche, qui s'adapte et qui fleurit contre toute attente. En accompagnant cette équipe de chercheurs, elle s’initie aux secrets de la flore alpine, apprenant à observer l'invisible et à inventorier la beauté. Ce voyage scientifique devient alors, au fil des parois rocheuses, un voyage intérieur vers sa propre guérison.
Ce que j’ai apprécié dans cette BD, c'est l'équilibre, apporté dans son scénario par Cédric Dentant, entre la rigueur scientifique et les liens humains. On y apprend de façon étonnamment fluide comment les plantes des cimes déploient des trésors d'ingéniosité pour survivre dans ces conditions extrêmes. Ces mécanismes deviennent vraiment une belle métaphore de la propre résilience de Jeanne.
L'évolution de son personnage est touchante : on la voit passer de la passivité à l'action, retrouvant par exemple le plaisir de l'escalade et le goût de l'effort. Elle se réconcilie avec son corps et avec la nature. Le récit aborde également avec une grande intelligence notre rapport au vivant et l’urgence climatique, sans jamais tomber dans le catastrophisme. C’est un plaidoyer pour une écologie intelligente, où comprendre la nature est le premier pas pour mieux l'aimer...
Au dessin, Cécile Guillard, que j’avais découvert (et apprécié) avec Refuge, confirme son immense talent pour croquer les grands espaces. Son trait est lumineux et parvient à rendre la montagne à la fois imposante et accueillante. Les planches consacrées aux plantes sont d'une précision délicate, tandis que les scènes d'escalade sont vraiment magnifiques ! Son travail sur les couleurs est également très chouette notamment avec son jeu sur les contrastes entre la rudesse minérale et les fragiles fleurs (parfois aussi vieilles que colorées).
À la frontière du vivant est donc une sorte d’ascension émotionnelle vers la résilience, de Jeanne mais aussi de la biodiversité, qui nous rappelle que même dans un environnement parfois hostile, la vie peut trouver une voie vers l’épanouissement !