Nom de la série : Amériques
Scénario : Esther Gil
Dessin : Laurent Paturaud
Couleur : Laurent Paturaud
Maison d'édition : Daniel Maghen
Novembre 1776, à Paris. Le chevalier Charles François du Buysson se rend discrètement, en pleine nuit, dans une bâtisse où l’attendent d’autres convives. Pour entrer, il faut impérativement posséder un mot de passe crypté. Lors de cette réunion secrète, il retrouve notamment le baron de Kalb, le comte de Broglie et le marquis de Lafayette. Tous sont venus entendre le discours de Deane, représentant du Congrès américain venu plaider la cause des insurgés, déterminés à défendre leurs droits et à combattre pour se libérer du joug de la Couronne britannique.
Malheureusement, ils manquent d’organisation, d’armes et de munitions pour se débarrasser définitivement des Anglais. Autour de la table, tous sont unanimes et lèvent leurs verres pour sceller l’alliance franco-américaine et s’unir pour l’indépendance, en apportant chacun leur contribution : des armes, de l’argent ou encore des moyens de transport. Charles François du Buysson, n’ayant pas de fortune, propose tout simplement d’apporter son courage et son épée pour combattre.
Quelques mois plus tard, ce groupe de courageux Français se retrouvera sur la côte espagnole pour embarquer sur un bateau portant le nom de « La Victoire », qui les mènera vers le Nouveau Monde.
4 juillet 1776. La Déclaration d’indépendance est signée et représente le premier pas vers la liberté. Chaque homme sait qu’il devra passer par les combats, la guerre et les sacrifices pour l’obtenir. Après avoir perdu sa puissance territoriale, la France est restée à l’écart de ce conflit. Mais certains personnages, comme le comte de Broglie, notamment dirigeant du réseau d’espionnage « Le Secret du Roi », voient dans cette insurrection une opportunité politique de redorer le blason de la France après la défaite de la guerre de Sept Ans.
Il sera ainsi de bon conseil pour trouver des officiers fidèles prêts à servir la cause, comme Kalb, Vrigny, Lafayette, Du Buysson ou encore Fayolle.
Pour fêter le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance, la facilité aurait été de raconter l’histoire en prenant le marquis de Lafayette comme personnage principal, puis de conter son rôle et son impact auprès des insurgés et de George Washington, pour qui il deviendra rapidement aide de camp et protégé.
Esther Gil, scénariste de cette histoire, a choisi un tout autre angle pour raconter une histoire dans l’Histoire. Et c’est là tout le charme de cet album intitulé « Amériques », illustré par Laurent Paturaud.
Le personnage principal est le chevalier Du Buysson, issu d’une famille noble, proche du marquis de Lafayette et promis à un bel avenir militaire. Mais la réorganisation de l’armée royale va le pousser à s’embarquer sur « La Victoire » pour prêter main-forte aux insurgés en Amérique.
Et c’est là que les lecteurs vont être surpris. Vu le contexte, on pourrait s’attendre à partir sur des champs de bataille, avec des combats, du sang et des épées qui s’entrechoquent. Eh bien, il n’en est rien.
Le récit d’Esther Gil va suivre ce chevalier de sa plage d’embarquement jusqu’à son décès, au fil de multiples aventures, accompagné d’une voix off qui vient renforcer la véracité des faits. Il ne faut pas oublier que cette histoire est authentique : une aventure historique basée à 100 % sur des faits réels, rendue possible notamment grâce à un descendant du chevalier qui a ouvert ses archives familiales et personnelles.
La première surprise vient donc de ce personnage, mais également du découpage de l’histoire. Les lecteurs vont vivre cette aventure à ses côtés et découvrir pleinement les conditions du voyage, la nature et son hostilité, mais aussi les contextes politiques et sociaux de l’époque, notamment autour de l’esclavage, ainsi que quelques scènes de conflit sur terre et en mer. Sans oublier une petite touche de romance, cette fois-ci avec un personnage de fiction, Gabrielle de Souvigny.
Cette jeune femme, illustrée par Laurent Paturaud, est à elle seule un véritable chef-d’œuvre de représentation physique. Son visage est tellement impressionnant que l’on a du mal à croire qu’il s’agit d’une représentation graphique.
Bien entendu, cette jeune femme n’est qu’une infime partie du talent de l’auteur, notamment au regard du niveau de détail qu’il apporte aux costumes, aux décors, aux bateaux ou encore aux chevaux, qui font toute la force de son travail. Sans oublier la maîtrise de la couleur directe, parfaitement utilisée dans les jeux de lumière et les expressions des personnages.
Normalement, je ne suis pas particulièrement sensible à ce genre d’histoire, ni suffisamment connaisseur de cette période historique pour en apprécier toute la valeur. Mais là, avec « Amériques », je dois avouer avoir été bluffé et complètement embarqué par cette aventure.
Je n’ai pas réussi à décrocher de la première à la dernière page, principalement grâce à son découpage, à ce personnage et à toutes ces conditions de vie et situations qui permettent de découvrir et d’apprendre énormément sur cette période.
Merci aux auteurs pour ce beau partage.
Nom d'utilisateur : LABANDEDU9
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