Nom de la série : Au temps pour elle
Scénario : Christophe CAZENOVE
Dessin : Céline THERAULAZ
Scénario : Stéphanie MULLIE
Maison d'édition : Grand Angle
Au sommet de sa gloire, la pianiste Giovanna Rose est soudain incapable de jouer la moindre note. Derrière ce blocage se cache une profonde remise en question. Avec Au temps pour elle, Christophe Cazenove, Stéphanie Mullié et Céline Théraulaz signent un album sensible et lumineux sur le burn-out, la passion et la quête du bonheur.
Giovanna Rose est une pianiste de renommée internationale. Avec son orchestre, la virtuose achève une tournée triomphale par un concert dans le mythique théâtre Braxon. Tout s’annonce grandiose et tout est fin prêt. Sauf qu’à l’arrivée des musiciens, la star est paralysée, totalement incapable de jouer la moindre note. Elle n’arrive même plus à poser ses doigts sur le clavier. Le premier sentiment est bien évidemment la stupéfaction, puis vient l’incompréhension. Elle à qui la vie souriait, elle qui parcourait le monde, comment a-t-elle pu en arriver là ? Est-ce seulement passager ? Il y a urgence : des centaines de spectateurs ont payé pour la voir et surtout pour l’entendre. Pourtant, il faut peu à peu se rendre à l’évidence : le mal est plus profond, plus ancien. Le contrebassiste se souvient même d’un épisode similaire. Lorsqu’elle était étudiante, un de ses professeurs l’avait durement malmenée, jusqu’à la faire craquer. Chaque musicien y va alors de son conseil, de sa ritournelle, de son remède. Et, contre toute attente, Giovanna Rose reprend goût à la musique… enfin, à une musique quelque peu différente.
Un feel good album dans l’univers ultra-concurrentiel de la musique classique : telle est l’idée d’Au temps pour elle. Et l’album démarre pied au plancher. On fait la connaissance des trois musiciens qui accompagnent Giovanna Rose. Dès les premières pages, on comprend que, s’ils ne sont pas en haut de l’affiche, ils possèdent un sacré tempérament. Tout laisse penser que, pour mener une telle équipe, il faut une femme de poigne, une véritable guerrière. Pourtant, c’est tout le contraire que nous découvrons. Au lieu d’une star sûre d’elle, nous faisons la rencontre d’une femme éteinte, qui ne sait plus ce qu’elle fait là ni pourquoi elle joue. Ce sont alors ses musiciens qui donnent le tempo, posent les questions, formulent les réponses et avancent toutes sortes d’hypothèses. Car toute l’intrigue imaginée par Christophe Cazenove et Stéphanie Mullié repose sur une interrogation simple : comment peut-on ne plus être heureux lorsque l’on a tout pour réussir… et que l’on a réussi ? La question pourrait sembler purement philosophique (qu’est-ce que le bonheur ?) Pourtant, le duo de scénaristes multiplie les rebondissements afin de maintenir le lecteur en haleine. Tout est bon pour remettre Giovanna Rose sur les rails, quel que soit le chemin qu’elle choisira finalement d’emprunter. Pour la mise en images, Céline Théraulaz opte pour un trait simple, légèrement naïf, mais particulièrement efficace. La dessinatrice d’AVC croque ces scènes de vie avec douceur et bienveillance. Même Elvina, la rabat-joie de service, finit par se montrer touchante. Les émotions sont parfaitement lisibles et le huis clos est remarquablement maîtrisé. Le rideau rouge, élément central du décor, devient progressivement le symbole oppressant du blocage de la virtuose. La colorisation accompagne avec finesse la psychologie des personnages tout en ouvrant les portes des souvenirs. Enfin, puisque l’album parle de prison dorée et de quête de liberté, la mise en page se met elle aussi au diapason des sentiments de l’héroïne.
Nombreux sont les Français qui ne s’estiment pas épanouis dans leur travail. Nul doute que Au temps pour elle leur permettra de porter un autre regard sur leur quotidien, d’identifier ce qui mérite d’être préservé comme ce qui peut évoluer, sans jamais céder au découragement ni croire qu’il faut tout révolutionner.