Nom de la série : Bleu de chauffe
Scénario : Lionel Chouin
Dessin : Lionel Chouin
Couleur : Lionel Chouin
Maison d'édition : Glénat
1983, ça chauffe en France... Le PS au pouvoir prend un virage budgétaire vers l’austérité, les entreprises licencient à tour de bras et donc les mouvements se mettent en branle... Ajoutez à ça la mouvance punk qui apparait et qui s’affrontent plus que régulièrement avec les fachos ! Cette fiction aussi réussie que plaisante nous plonge dans cette France là !
Karima est une jeune fille d’origine marocaine. Pleine de colère contre un système, qu’elle juge aussi sexiste que raciste, et surtout contre les mouvements d’extrême droite et des skinheads, elle a intégré la mouvance punk, écoute les Bérus et n’hésite pas à donner du poing contre les fachos et leurs idées... Faut dire, qu’elle maitrise puisqu’elle prépare des championnats amateurs dans le noble art...
Lassé de la voir succomber à ses actes de violence après avoir abandonné le lycée, son père, Ahmed, lui a trouvé un boulot de soudeuse à l’usine Citroën d’Aulnay-sous-Bois. Syndicaliste à la CGT, il est persuadé que la victoire passe par le combat moral et non pas physique. Lorsqu’une grève éclate, il compte bien en profiter pour sensibiliser le gouvernement et les médias aux conditions des travailleurs !
Mais tout le monde ne souhaite pas que ce mouvement social soit réussi et un groupe d’extrême droite, qui compte bien gagner en puissance et émerger dans le jeu politique, va tout faire pour que la grève dégénère et qu’elle donne une mauvaise image des travailleurs immigrés ! C’est là que Karima et son père croisent à nouveau certains skinheads et que la situation va encore davantage dégénérer : Ahmed est grièvement blessé par un skin infiltré dans la sécurité du cortège ! Tandis que la police classe l’affaire sans suite, Karima décide de mener sa propre enquête mais cela n’est pas sans risque...
Le scénario de Lionel Chouin est vraiment très plaisant. Bien construit, il nous plonge dans une France fracturée et en pleine transformation que ce soit dans les quartiers, dans les usines ou tout simplement dans l’esprit des gens. On y découvre aussi bien la solidarité ouvrière que la montée des extrêmes ! On découvre d’ailleurs comment un certain parti politique d’extrême-droite, aujourd’hui bien connu, s’est acoquiné avec des groupes peu recommandables et a utilisé des combines répréhensibles pour obtenir ses premières victoires.
On s’attache surtout au personnage de Karima, coincée entre l’envie de faire plaisir à son père en travaillant à l’usine ou en aidant le syndicat, et celle de se battre pour ses idées, on découvre un personnage et ses failles dans une époque compliquée.
J’ai également apprécié que Lionel Chouin évite de tomber dans le piège du côté manichéen de ce type de récit et que l’on voit certains personnages évoluer.
Au dessin, là encore, c’est une réussite ! L’auteur utilise un style assez brut totalement adapté au récit qui dépeint la réalité sociale difficile de l’époque, et qui n’est pas sans rappeler parfois la nôtre malheureusement...
Bleu de chauffe est donc une fiction sociale réussie et à découvrir !