Nom de la série : C est où le plus loin d'ici
Tome : 3
Titre du Tome: Volume 3
Scénario : Matthew ROSENBERG
Dessin : Tyler BOSS
Couleur : Roman TITOV
Maison d'édition : Casterman
D’un côté, Sid, toujours lancée dans sa quête de la Ville et de la vérité. De l’autre, ce qu’il reste de ses camarades du Collège, déterminés à la retrouver. Dans une trilogie, rien n’est jamais acquis : tout ce que l’on croyait savoir vole en éclats. Sid, les autres… et les lecteurs vont découvrir que la vérité est ailleurs. Une conclusion explosive pour une trilogie totalement inclassable.
Enceinte et en fuite, Sid débarque dans une nouvelle famille. Affublés de masques d’Halloween, ses membres en adoptent tous les codes : « Farce ou festin ? ». Affamée, Sid choisit le festin, mais la nourriture proposée est entièrement glanée par les Gosses Flippants. Très vite, Sid se laisse entraîner dans un sacré trip psychédélique. Lorsqu’elle reprend ses esprits, ses hôtes lui proposent de les accompagner au cimetière pour rencontrer les Gisants. Entre réalité et hallucination, elle finit par comprendre qu’il s’agit de cannibales… et qu’elle est leur repas. Pendant ce temps, ce qu’il reste du Collège cherche un abri pour la nuit. Toujours menés par Prufrack, ils errent pendant des jours, puis des mois entiers. Finalement, ils arrivent sur un quai. De l’autre côté, Prufrack en est sûr, se trouve la Ville. C’est alors qu’apparaissent Sid, son bébé et Oberon…
Cet album est annoncé comme la conclusion d’une première trilogie. Dans ce contexte, il faut accepter d’oublier tout ce que l’on croyait savoir, tout ce que l’on pensait acquis : la vérité est ailleurs. Et de fait, ce troisième opus rebat totalement les cartes. Il apporte son lot de réponses et de révélations grâce à des rebondissements aussi nombreux que bien construits. Matthew Rosenberg confirme ici son statut de maître du suspense. Chaque chapitre s’ouvre sur un groupe, une époque, une action ; au lecteur de recomposer cette narration volontairement déstructurée mais incroyablement rythmée. Difficile de ne pas penser à The Walking Dead ou à Twin Peaks, mais ce mélange de fantastique adolescent renvoie plus directement à Stranger Things. À la différence près que Rosenberg est résolument ancré dans son époque. Son univers est marqué par la violence : la domination des adultes n’est justifiée que par leur propre volonté, et les castes adolescentes semblent devoir être séparées par des murs infranchissables. Toute ressemblance avec l’actualité est ici totalement volontaire et assumée. Quant à la surveillance généralisée censée protéger les plus faibles, la référence à certains régimes plus ou moins autoritaires est évidente. Sans oublier notre propre autosurveillance, par écrans interposés, via les réseaux sociaux. Derrière cette fiction complètement barrée, le scénariste livre ainsi une critique au vitriol de nos sociétés contemporaines. Côté dessin, on retrouve le trait toujours aussi déjanté de Tyler Boss. Difficile d’être purement dithyrambique, tant les aspects dérangeants, bizarres et déroutants se mêlent au génie du cadrage et au dynamisme de la mise en scène. Le découpage, ultra soigné, n’a d’égal que l’inégale qualité des personnages et surtout de leurs émotions. Pourtant, les premières pages s’annonçaient explosives : les trips de Sid installent une ambiance psychédélique renforcée par la colorisation de Roman Titov. Cette richesse visuelle se retrouve dans les scènes de guérilla, aussi sanguinolentes que réjouissantes. Là encore, la palette sombre rehaussée de touches vives fait merveille.
Avec cet album se clôt une trilogie totalement inclassable. Reste à savoir si les artistes sauront transformer l’essai avec une éventuelle suite, qui devra à la fois assumer cet héritage et tracer sa propre voie. Affaire à suivre.