Nom de la série : Calvitie
Scénario : Florence Dupré la Tour
Dessin : Florence Dupré la Tour
Couleur : Florence Dupré la Tour
Maison d'édition : Glénat
Si, depuis tout petit, Emmanuel a tout pour plaire — il en est persuadé —, c’est grâce à sa magnifique tignasse blonde ! Mais lorsqu’un jeune stagiaire arrogant lui assène l’odieuse vérité : il perd ses cheveux !, c’est tout l’univers d’Emmanuel qui s’effondre. Le nouvel album de Florence Dupré La Tour évoque un sujet brûlant qui touche un Français sur deux, mais qui parlera à tous !
Déjà tout petit, Emmanuel avait une incroyable confiance en lui. Il avançait dans la vie sans trop se poser de questions. Pourtant, une chose l’intriguait : que ce soit son grand-père ou les vieux moines des monastères qu’il visitait avec sa mère, les hommes âgés lui apparaissaient comme des Sanson auxquels Dalila aurait coupé les cheveux. Devenu adulte, Emmanuel a tout pour plaire : un travail sympa, des collègues sous le charme et un physique attrayant qui lui permet de multiplier les conquêtes. Sauf qu’un jour, un stagiaire arrogant lui assène la terrible vérité : Emmanuel perd ses cheveux ! Cette révélation fait l’effet d’une bombe ! Sous son crâne désormais pelé, Emmanuel cogite : perdre ses cheveux, c’est vieillir d’un coup ; c’est perdre en virilité et en séduction ! Le trentenaire va dès lors se lancer à corps perdu à la recherche de la solution miracle : lotion, casque, moumoute et même voyages improbables ! Tous les moyens sont bons pour conserver son capital capillaire et son mojo…
Il y a des titres plus frappants que d’autres. Avec ce Calvitie, Florence Dupré La Tour frappe un très grand coup. Vous me direz qu’elle est habituée aux titres chocs, et vous aurez raison. La créatrice de Pucelle parle ici d’un phénomène qui touche presque un Français sur deux (dont je fais partie) ; elle est donc particulièrement attendue au tournant. Elle ouvre son album sur l’enfance d’Emmanuel, son héros. Pour autant, la présentation n’a rien à voir avec une consultation chez le docteur Freud. Pour qu’un enfant ait confiance en lui, il faut qu’il se sente en confiance et que son environnement soit propice à cette confiance. C’est ainsi qu’Emmanuel est devenu un homme épanoui. Et puis, un jour, patatras ! Un seul cheveu vous manque et votre crâne est dépeuplé ! Et votre confiance en vous se fait la malle ! C’est alors que le talent de conteuse de Florence Dupré La Tour prend tout son sens. Le lecteur va assister à la lente dégradation psychologique du héros. À travers ses pensées, on comprend que l’esthétique est secondaire et qu’il s’agit bien d’un mal-être. Mais l’artiste préfère traiter cela sur le ton de la bonne humeur. Emmanuel va tenter par tous les moyens de retrouver une chevelure digne de Raiponce. Si certaines solutions fonctionnent, parfois temporairement, ce sont surtout les échecs qui font rire. Et que dire du dernier ? Totalement inconcevable… quoique ! Et donc complètement hilarant. Côté dessin, on retrouve le trait faussement simple et naïf de la dessinatrice. Le personnage principal est l’archétype de la personne qu’on aime détester, ou l’inverse. L’absence de cadre apporte une liberté intense et permet d’entrer directement dans sa tête. La construction, tantôt en bande unique, tantôt en deux ou trois cases, apporte une vraie vivacité, très agréable. La colorisation en camaïeu de bleu et de vert fait ressortir la tignasse blonde (à moins qu’elle ne soit réellement blanche : peut-être une future intrigue ?) d’Emmanuel.
Nous n’existons que par le regard d’autrui. Sauf que lorsque l’on pense que ce regard se pose sur une partie de notre anatomie que l’on juge imparfaite, c’est tout notre univers qui s’effondre. Une seule solution : s’accepter ! C’est ce long cheminement, parfois triste, souvent drôle, que nous raconte Florence Dupré La Tour dans son dernier ouvrage, particulièrement réussi.