Nom de la série : Cauchon
Titre du Tome: ou l'homme qui tua Jeanne d'Arc
Scénario : Xavier DORISON
Dessin : Joel PARNOTTE
Couleur : Joel PARNOTTE
Scénario : Louis-David DELAHAYE
Maison d'édition : Dargaud
Sur Jeanne d’Arc, tout semble avoir été dit : sa vie, ses batailles, ses compagnons d’armes, son procès, sa mort… Pourtant, si chacun retient que les Anglais l’ont brûlée, on oublie souvent qu’elle fut jugée par un évêque français.Avec cette fresque historique magistrale, Xavier Dorison et Joël Parnotte livrent à la fois un grand récit historique et un captivant huis clos judiciaire. Un album d’une rare intensité, qui s’impose d’ores et déjà comme l’un des incontournables de l’année.
1439. La France est à feu et à sang. Déchiré entre les Armagnacs de Charles VII et les Bourguignons soutenant Henri VI, le royaume vacille lorsqu’une jeune fille d’à peine dix-huit ans prend la tête des armées françaises. Après une série de victoires aussi éclatantes qu’inattendues, Jeanne d’Arc parvient à faire sacrer Charles VII à Reims. Peu de temps après, elle est blessée puis capturée par Jean de Luxembourg. Pour les Anglais, l’occasion est trop belle. Afin de parachever leur vengeance, ils chargent leur conseiller et prélat, Pierre Cauchon, de récupérer la Pucelle. Sur ses conseils, un procès est organisé afin de discréditer à la fois Jeanne et « son » roi. Présidé par Cauchon lui-même et fort de soixante-dix jurés, le procès s’ouvre sur le refus de Jeanne de prêter serment. Peu à peu, ce qui ne devait être qu’une formalité se transforme en une véritable bataille intellectuelle et spirituelle. Lentement, l’évêque commence à douter. Mais comment résister à la soif de vengeance anglaise ?
S’il est une figure historique connue de tous les Français, c’est bien Jeanne d’Arc. Depuis le XVe siècle, tout, et parfois son contraire, a été dit sur la Pucelle de Domrémy. C’est précisément ce qui rend le pari de Xavier Dorison si audacieux : plutôt que de consacrer son récit à Jeanne elle-même, il choisit de déplacer le projecteur sur son bourreau, Pierre Cauchon. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le scénariste ouvre son album avec panache. Dès les premières pages, une voix off accompagne le portrait… d’un cochon. On découvre alors que l’évêque est un fervent éleveur de porcs autant qu’un excellent boucher. Ce décalage savoureux, porté par la plume du plus jeune de ses secrétaires, donne immédiatement le ton. Loin d’être anecdotique, cet humour discret renvoie à une forme de malice très médiévale. Le récit suit ensuite, avec une rigueur quasi documentaire, l’annonce de la capture de Jeanne puis les tractations menées pour obtenir sa charge. Mais c’est bien le procès qui occupe le cœur de l’album. Pourquoi juger Jeanne ? Qui désigner comme jurés ? Quelles peines envisager ? Bien sûr, nous connaissons tous l’issue. Pourtant, Xavier Dorison parvient à maintenir une tension remarquable en explorant les préjugés des juges, leurs hésitations et leurs évolutions, sans jamais oublier la pression constante exercée par les Anglais. Cette plongée dans le cheminement intellectuel et spirituel de celui qui deviendra l’un des hommes les plus détestés du royaume trouve en Joël Parnotte un interprète graphique exceptionnel. Déjà complice de Dorison sur Aristophania et Le Bourreau, le dessinateur livre ici une prestation remarquable. Son trait d’une précision rare magnifie l’expressivité des visages, notamment à travers un travail fascinant sur les regards. La mise en scène impressionne par sa variété, son dynamisme et la richesse de ses cadrages. Les décors, foisonnants de détails, transportent instantanément le lecteur au cœur du Moyen Âge. Cette immersion est encore sublimée par une colorisation directe somptueuse. Et même une fois refermé, l’album continue de fasciner : sa couverture rugueuse et ses motifs évoquent à merveille un manuscrit ancien.
Tant sur le fond que sur la forme, cet album est un véritable petit bijou. Une œuvre puissante, érudite et bouleversante, qui confirme une nouvelle fois tout le talent de Xavier Dorison et Joël Parnotte.