Nom de la série : Ce monde n'existe pas
Scénario : Martin Quenehen
Dessin : Antoine Cossé
Couleur : Antoine Cossé
Maison d'édition : Casterman
Un roman graphique aussi brutal que poétique, dressant le portrait d’un paria en quête de liberté, d’aventure et d’identité. Un dessin qui rend hommage aux aquarellistes du XIXe siècle et aux estampes japonaises : un album à découvrir absolument !
« Tout est perdu d’avance ! » Mais certains ne le savent pas, car ils n’ont rien à perdre. Parmi eux, il y a Shizuka, courtisane. Et surtout Jules, un Français devenu paria. En 1857, à Belfort, il est victime d’une erreur judiciaire. Condamné pour un crime qu’il n’a pas commis, il n’a d’autre choix que de s’engager dans l’armée. Envoyé au Mexique par Napoléon III, il devient un artilleur reconnu, puis capitaine. De retour à Paris, il tombe amoureux, mais l’amour se révèle cruel. Pour oublier, il accepte de partir soutenir le grand Mikado. Désireux d’en finir avec la vie, il déserte et se jette dans l’océan. Il ne doit sa survie qu’à l’intervention de Toshiz? Hijikata, un commandant du camp adverse. C’est lui qui lui ouvre l’esprit. C’est alors qu’il rencontre Shizuka, celle qui va bouleverser son existence.
Dès la couverture, cet album intrigue. Que fait cet individu répondant aux stéréotypes écossais, armé qui plus est, sur fond de drapeau du Japon impérial ? L’ouverture de l’album n’apporte aucune réponse. Une courtisane observe un héron par la fenêtre tandis qu’au loin, un navire de guerre menace. Pourtant, c’est bien ce héron qui va nous faire remonter le temps et changer de continent. C’est la geisha qui nous raconte l’histoire de Jules. Fils d’un vétérinaire de Belfort, il est né et a grandi avec les cheveux roux. En ce milieu du XIXe siècle, cela suffit à faire de lui la cible de moqueries et de violences. Puisqu’on le traite comme un démon, Jules décide de le devenir. Il s’introduit dans une maison bourgeoise, mais tombe nez à nez avec la maîtresse des lieux, qui met fin à son intrusion. Tout naturellement, Jules est accusé et condamné pour assassinat. Pour éviter l’échafaud, il s’engage dans l’armée de Napoléon III. C’est ainsi qu’il découvre le monde… et lui-même. Le récit d’initiation est parfaitement construit, avec ce qu’il faut de flashbacks, de souvenirs hantés et de prolepses. C’est la biographie d’un homme différent, marqué par le regard des autres, jusqu’à parvenir à se définir lui-même. Le portrait d’un homme qui aime les femmes, même lorsqu’elles le mènent à sa perte… jusqu’à ce que le hasard le mette sur le chemin de celle à qui rien ne le prédestinait, mais qui saura l’aimer tel qu’il est ; et qu’il aimera en retour. Si cette histoire touche au plus profond de nous, c’est sans doute grâce aux dessins d’Antoine Cossé. Le dessinateur travaille à la manière des grands aquarellistes : chaque vignette devient une œuvre à part entière. À l’image des artistes du XIXe siècle, il mêle avec maestria romantisme et violence, poésie et brutalité du monde. Le résultat, à la fois original et puissant, ne laisse pas le lecteur indifférent.
Ce monde n’existe pas est ainsi un roman graphique brutal autant que poétique, qui dresse le portrait d’un paria en quête de liberté, d’aventure et d’identité. Un récit qui marque durablement le lecteur.