Nom de la série : Cheyenne
Scénario : Patrick PRUGNE
Dessin : Patrick PRUGNE
Couleur : Patrick PRUGNE
Maison d'édition : Daniel Maghen
Avec Cheyenne, Patrick Prugne s’empare d’un épisode sombre de l’histoire américaine en adaptant l’autobiographie de George Bent. Le récit, maîtrisé et fluide, alterne entre fresque historique et trajectoires intimes, tout en mettant en lumière les contradictions d’une époque marquée par la violence et les promesses trahies.
Juin 1864. Alors que les pionniers traversent les grandes plaines de l’Ouest américain, deux soldats confédérés, deux frères faits prisonniers par les Unionistes, sont rendus à la vie civile et à leur père, fou de joie de les retrouver. Pourtant, les effusions sont de courte durée, car le paternel évoque rapidement leur avenir. Charley veut tenter sa chance à Denver, contre l’avis de sa famille. En effet, il reste un ennemi pour les Yankees. Pire encore, métis, il est devenu une cible pour beaucoup. George, lui, souhaite rejoindre sa mère. Il retrouve donc sa tribu, son jeune cousin, presque devenu un homme, ainsi que sa bien-aimée, Magpie. Il constate que le grand chef Black Kettle est favorable à un accord de paix avec les Blancs et prêt à négocier avec le major Winkoop. Mais, au retour d’une chasse, George, qui a repris son nom de Black Bird, découvre son frère à demi-mort. Celui-ci a été passé à tabac en vertu d’un décret du gouverneur du Colorado. Malgré les promesses et les partisans de la paix, les tensions s’intensifient chaque jour. Les extrémistes de tous bords semblent bel et bien engagés sur le sentier de la guerre…
Si vous vous êtes déjà promené dans le rayon bande dessinée d’une librairie, vous n’avez pas pu passer à côté des albums de Patrick Prugne. Il faut dire que leurs couvertures sont toujours sublimes et que leur thématique est à la fois exotique et familière. Ce nouvel album s’intitule Cheyenne, un titre qui donne immédiatement le ton. Quant à sa couverture, mêlant atmosphère lourde et précision remarquable, elle est, une fois encore, magnifique. Après un prologue succinct mais pertinent, qui pose clairement le contexte, on découvre les grandes plaines américaines en compagnie d’une famille normande venue tenter une nouvelle vie dans ce « Nouveau Monde ». Très vite, le récit change de point de vue et rappelle que ces terres ont été conquises violemment aux Amérindiens. C’est alors qu’apparaissent les deux héros, les frères Bent. On apprend en postface que l’album est l’adaptation de l’autobiographie de George, l’aîné. Métis, engagés dans l’armée sudiste, ils sont libérés par les Unionistes à condition de ne plus reprendre les armes. Résolus à tenir leur parole, ils retrouvent leur père avec une immense joie. Pourtant, leurs chemins se séparent rapidement : George souhaite rejoindre sa tribu, tandis que Charley, plus désabusé, envisage de commencer une nouvelle vie comme épicier à Denver. Ce que George découvre va profondément le bouleverser. Les tribus indiennes sont au bord de la guerre, malgré les efforts pacifistes de leur chef. Le cœur du récit réside dans les événements qui suivent : accords fragiles, trahisons et violences s’enchaînent dans une progression dont l’issue est connue. Pourtant, Patrick Prugne a l’élégance de proposer une fin ouverte, laissant le lecteur hésiter entre optimisme et fatalisme. Côté dessin, en revanche, aucun doute possible : c’est tout simplement somptueux. Le trait, d’une grande finesse, s’accompagne de cadrages très maîtrisés. Mais c’est surtout la colorisation directe à l’aquarelle qui impressionne : elle est d’une beauté saisissante. L’ensemble est à la fois vivant, immersif et captivant, au point de susciter une légère frustration une fois la lecture achevée : on en voudrait encore.
Avec ce nouvel album, Patrick Prugne nous régale une fois de plus en partageant sa passion pour les sociétés et l’histoire amérindiennes. Cheyenne est de ces œuvres que l’on prend un immense plaisir à lire, qui bouleversent sur l’instant et qui laissent une empreinte durable.