Nom de la série : Dina et le millimonde
Tome : 1
Titre du Tome: Le peuple du grenier
Scénario : Stéphane LAPUSS'
Dessin : Antonello DALENA
Couleur : Cécilia GUIMENTO
Maison d'édition : DUPUIS
Pas facile d’être une ado… surtout quand on ne mesure plus que quelques millimètres ! Entre L’Homme qui rétrécit et Arthur et les Minimoys, Dina s’impose comme une héroïne miniature promise à conquérir le cœur des jeunes lecteurs et lectrices.
Les relations entre Dina et sa mère Alba sont pour le moins compliquées. Certes, à l’adolescence, la communication mère-fille est souvent tendue, mais cette difficulté est renforcée par la disparition du père de famille. Si la police pense qu’il a refait sa vie ailleurs, sa fille est persuadée qu’il lui est arrivé quelque chose. Elle fait alors vivre un véritable enfer à sa mère, qui se démène sur tous les fronts. Heureusement, toutes les deux vont pouvoir se ressourcer durant les vacances : trois semaines dans la maison familiale de la grand-mère. Profitant d’une soirée où sa mère, épuisée, est allée se coucher, Nonna raconte à la fillette l’histoire de la famille. Un beau jour de fête de village, alors qu’elle était enceinte, tout le village s’est volatilisé, y compris son époux. Ce souvenir donne d’ailleurs envie à la vieille dame de refaire l’excellent gâteau qui lui avait permis de remporter le concours de pâtisserie. Seulement, seule Dina goûtera la succulente préparation, car sa mère est rappelée d’urgence à son travail. Quelques heures plus tard, Dina se réveille en sursaut, nue comme un ver. Après avoir repris ses esprits, elle comprend qu’elle a rétréci et ne mesure plus que quelques millimètres. Elle découvre également qu’elle partage ce sort avec les disparus du village et, parmi eux, son grand-père. Commence alors une lutte pour retrouver sa taille originale…
Il est évident que cet album s’inscrit dans une filiation bien connue, d’Arthur et les Minimoys au récent L’Homme qui rétrécit, en passant par Chérie, j’ai rétréci les gosses. Pour autant, Stéphane Lapuss insère de nombreux ingrédients sociaux dans son intrigue fantastique. Ainsi, l’album s’ouvre sur le trajet de vacances d’une famille monoparentale, et la jeune fille reproche à sa mère son manque de disponibilité, elle qui travaille pour deux afin que sa fille ne manque de rien. Une situation explosive qui parlera à beaucoup. L’arbitre de cette lutte sera la grand-mère. Pourtant, elle aussi possède un lourd passif, qu’elle va raconter dans un flash-back aussi instructif qu’émouvant. Néanmoins, il s'agit d'un grand-mère et comme toutes les grands-mères, elle sait se montrer drole et attentionnée. Une fois rapetissée, Dina va devoir appréhender le monde de l’infiniment petit. Mais le scénariste introduit alors des questions de démocratie et de bien-être collectif. Parfaitement intégrée, cette réflexion permettra aux jeunes lecteurs de se familiariser avec des problématiques politiques au cœur des débats actuels. Pour autant, l’album reste avant tout une aventure, et celle-ci est parfaitement maîtrisée. Devenue minuscule, Dina se rend compte que la vie miniature n’est pas de tout repos et qu’il n’y a pas que les araignées dont il faut se méfier. Les dernières péripéties introduisent d’ailleurs avec brio le prochain opus, qui s’annonce d’ores et déjà explosif. Côté dessin, Antonello Dalena est bien dans l’air du temps : les personnages forment un mélange abouti et savoureux de bande dessinée franco-belge, de manga et de Dolce Vita. Le petit village est un pur régal pour les yeux et la mise en page, à la fois classique et très dynamique, fonctionne parfaitement. À cela s’ajoute la colorisation vive de Cécilia Guimento, qui parvient à créer des atmosphères variées selon la narration et les lieux visités par la jeune héroïne.
Même si l’idée de départ peut sembler réchauffée, Dina et le Millimonde prouve qu’il est encore possible d’imaginer des intrigues de rétrécissement bien construites, astucieuses et audacieuses. Il ne nous reste plus qu’à attendre la suite avec beaucoup d’impatience.