Nom de la série : Eldorado
Scénario : Marcello Quintanilha
Dessin : Marcello Quintanilha
Couleur : Marcello Quintanilha
Maison d'édition : Le Lombard
Eldorado nous plonge dans le Brésil des années 1950 à 1970, à Duque de Caxias, une ville populaire marquée par la pauvreté, la violence et les rêves d’ascension sociale. La famille d’Hélcio vit modestement et tente de passer entre les mailles du filet des truands ou des représentants officiels de la dictature qui ne valent pas forcément mieux... Une chronique sociale intéressant malgré quelques longueurs.
La famille d’Helcio vit donc dignement grâce à une petite épicerie, pilier fragile de l’équilibre économique et familial constamment menacé... La fratrie est composée de deux frères et d’une sœur.
Les deux jeunes garçons incarnent alors des voies opposées : Luiz Alberto, attiré par la rue, les bandes et une criminalité de plus en plus assumée, alors qu’Hélcio est animé par un objectif clair : devenir footballeur professionnel !
Pour lui, le football représente plus qu’un sport, c’est un véritable « eldorado » pour sortir de la misère et obtenir de la reconnaissance.
Inspiré librement de la vie du père de Marcello Quintanilha, l’album déploie son intrigue sur près de vingt ans, usant (et abusant ?) de flashbacks, mêlant trajectoires individuelles et l’histoire du Brésil. Peu à peu, les tensions sociales, la corruption et la violence viennent fissurer la famille d’Hélcio, jusqu’au drame...
Marcello Quintanilha propose avec Eldorado un récit dense, construit comme un « polar social à tiroirs », pour reprendre les termes de l’éditeur. Le scénario repose sur une alternance constante entre différentes périodes, ce qui permet d’observer l’évolution des personnages sur le long terme, mais aussi les transformations d’un Brésil en pleine mutation. Cette construction fragmentée donne parfois une impression de dispersion : le lecteur peut se sentir désorienté, notamment dans les premières parties, tant les temporalités s’entrecroisent sans toujours être clairement balisées.
Ce que j’ai préféré personnellement, c’est le parcours de jeune footballeur, tiraillé entre son ambition personnelle et sa loyauté familiale. En parallèle, la descente progressive de Luiz Alberto dans la criminalité apporte une tension dramatique constante. Si l’album peut sembler un peu long par moments, on peut reconnaitre que cette ampleur permet aussi à Quintanilha de donner de l’épaisseur à ses personnages et d’ancrer leur trajectoire dans une réalité sociale crédible.
Au dessin, le trait nerveux de l’auteur sert parfaitement le climat du récit. Les visages, marqués, expressifs, racontent autant que les dialogues, la fatigue, la colère, ou la résignation des personnages. La mise en scène est également particulièrement efficace dans les scènes de tension, qu’il s’agisse de confrontations familiales ou de matchs de football.
Pour conclure, Eldorado est donc un roman graphique plaisant, parfois déroutant dans sa construction, qui dresse un portrait du Brésil populaire du milieu du XXème siècle. A découvrir !