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Lejeune Lejeune

Frankenwood

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Nom de la série : Frankenwood
Scénario : Darko Macan
Dessin : Igor Kordey
Couleur : Igor Kordey, Anubis
Maison d'édition : dupuis

   Avec Frankenwood, Darko Macan et Igor Kordey livrent chez Dupuis un récit atypique, à mi-chemin entre polar noir, satire hollywoodienne et délire fantastique.

 

   Les premières pages donnent le ton. Un homme est enchaîné à des rails de train, encerclé par quatre malfrats qui lui reprochent de s’être approché de “la môme”. Cet homme, c’est George Reeves, acteur connu pour avoir incarné Superman. Il parvient à se libérer… trop tard. Le train le fauche.
Changement de décor. Nous voilà à Los Angeles, dans le bureau de Sam Marlowe, détective privé un peu paumé, qui peine même à se souvenir de son propre nom. Au téléphone, son agent l’appelle “Bogie”. Et pour cause : il est le portrait craché de Humphrey Bogart.
Le coup de fil est abrégé par quelqu'un frappant à son bureau. Alors qu’il pense voir débarquer son ex, Slim, c’est en réalité un sosie parfait de Marilyn Monroe qui franchit la porte. Elle lui confie une enquête : faire la lumière sur la mort de George Reeves.
Très vite, l’affaire prend une tournure étrange. La piste du crime le conduit vers un étrange établissement baptisé " the castle", une sorte de  morgue, où on lui explique que Reeves sera bientôt “remis sur pied”. Les visages familiers s’enchaînent : Oliver Hardy, Jack Nicholson, ou encore Boris Karloff, ici dans un rôle inquiétant. Mais à sa sortie de l'établissement, l’enquête tourne mal. Dans la rue, Marlowe est violemment passé à tabac par les hommes liés au meurtre de Reeves. À l’hôpital, Slim, qui l'a rejoint, lui révèle une vérité troublante : il n’est pas Marlowe… Mais Humphrey Bogart, ramené à la vie.
Dès lors, tout bascule. Marlowe (ou Bogart) décide malgré tout de poursuivre son enquête. Entre rencontres improbables, figures mythiques du cinéma et révélations progressives, il remonte la piste d’un système bien plus vaste. Une mécanique obscure, liée à cette capacité troublante : ramener les stars à la vie.
Mais pourquoi ? Et surtout… à quel prix ?

 
   Avec Frankenwood, Darko Macan nous propose une comédie noire où le scénario joue clairement la carte du décalage. Entre polar, fantastique et satire, le récit enchaîne les situations absurdes avec une certaine jubilation. L’idée centrale, ressusciter les icônes hollywoodiennes pour continuer à les exploiter, est forte et pleine de potentiel. Elle permet aux auteurs de questionner le star-system, la mémoire, et cette machine à fabriquer du rêve qui refuse de laisser mourir ses légendes.
Mais en avançant, le récit devient volontairement abracadabrant, multipliant les pistes et les révélations jusqu’à parfois perdre en lisibilité. C’est un choix assumé, mais qui peut laisser une impression de trop-plein. Un casting fantôme parfaitement incarné.
   Graphiquement, Igor Kordey s’en sort très bien. Son dessin réaliste permet de reconnaître immédiatement les figures emblématiques du cinéma. Les visages sont marqués, crédibles, et participent pleinement à l’immersion. Les couleurs, quant à elles, installent une ambiance typique de l’Amérique des années 60, entre glamour et décrépitude. On navigue dans un Hollywood fantasmé, où le rêve se fissure peu à peu pour laisser apparaître quelque chose de beaucoup plus sombre.
   Frankenwood est une BD à part. Une œuvre étrange, parfois brillante dans ses idées, mais aussi déroutante dans son exécution. Une comédie noire façon grand guignol, qui joue avec les mythes du cinéma et leur immortalité, mais qui peut perdre le lecteur en chemin. Un récit qui reste néanmoins une proposition originale, marquante, et suffisamment atypique pour sortir du lot.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : bibione

Nombre de chroniques publiées : 94