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Coup de coeur

Goetz

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Nom de la série : Goetz
Scénario : Fane
Dessin : Cassegrain
Couleur : Cassegrain
Maison d'édition : Glenat collection comix buro

Avec Goetz, publié chez Comics Buro, Fane et Cassegrain livrent une œuvre de fantasy SF brutale, viscérale et ambitieuse, à mi-chemin entre le récit médiéval, la science-fiction post-coloniale et la tragédie humaine.

 
   L’humanité, après avoir consumé son propre monde, a fini par chercher un nouveau départ ailleurs dans les étoiles. Forte de ses progrès technologiques, persuadée d’avoir appris de ses erreurs, elle s’est installée sur un nouvel astre : D'Elda galdae. Un monde rude et encore sauvage, où la vie côtoie constamment la mort, une terre jeune que les hommes considèrent comme une nouvelle chance. Mais comme souvent, ils oublient rapidement que cette terre appartient déjà à un autre peuple.
Pendant trente ans, les colons terriens prospèrent sur cette planète trop petite pour accueillir deux civilisations. Jusqu’au jour où les peuples autochtones décident de reprendre ce qui leur appartient. Menés par Erlendur, fils d’Eldagaldaï et roi des rois, les clans se soulèvent et marchent contre les envahisseurs humains dans une guerre totale. C’est dans ce conflit qu’émerge une figure terrifiante : le Bâtard.
Un guerrier dont le nom seul inspire la peur. Là où il passe, il ne laisse derrière lui que douleur, haine et destruction. Comparable à un Attila futuriste, il sème l’agonie sans le moindre remords. Mais derrière cette réputation monstrueuse se cache Goetz, personnage bien plus complexe qu’il n’y paraît.
Ambitieux, manipulateur et profondément violent, il ne se contente pas de combattre les colons : il cherche aussi le pouvoir. Il retient captive une femme humaine devenue son esclave et n’hésite pas à trahir les siens pour espérer accéder au trône. Goetz est un personnage ambigu, constamment tiraillé entre barbarie, grandeur et soif de domination.

 
   Ce qui frappe immédiatement dans Goetz, c’est sa capacité à mélanger les genres. On navigue entre fantasy médiévale, science-fiction et fresque guerrière, dans un univers où les armes blanches côtoient les vestiges d’une technologie avancée. Le récit de Fane surprend particulièrement lorsqu’on connaît ses travaux précédents, souvent plus ancrés dans l’univers mécanique et urbain. Ici, il change totalement de registre et propose une histoire bien plus sombre, dense et tragique. Le tout est librement inspiré de Le Diable et le Bon Dieu, écrite en 1951 par Jean-Paul Sartre. Et cette influence se ressent dans la manière dont le récit questionne constamment la violence, le pouvoir et la nature humaine.
  Graphiquement, Cassegrain livre ici un travail tout simplement impressionnant.
Le dessin est virtuose. Chaque planche déborde de matière, de détails et d’intensité. Les armures, les visages, les décors et les scènes de bataille possèdent une puissance visuelle incroyable. Son trait apporte énormément de poids aux personnages et renforce cette sensation de brutalité permanente.
L’univers graphique oscille entre heroic fantasy et science-fiction crépusculaire, avec une identité visuelle extrêmement forte. On pense parfois à Thorgal pour le souffle épique, ou encore à Conan le Barbare pour la sauvagerie du protagoniste.
   Goetz est une BD dense, violente et profondément habitée. Derrière ses affrontements sanglants et son univers brutal, se cache une vraie réflexion sur la répétition des erreurs humaines, le colonialisme et la corruption du pouvoir.
Mais c’est aussi une aventure épique menée tambour battant, portée par un personnage principal fascinant dans toute sa noirceur. Une œuvre singulière, puissante et magistralement illustrée. Pour ma part, un véritable coup de cœur.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : bibione

Nombre de chroniques publiées : 109