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Guérillero Guérillero

Guérillero

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Nom de la série : Guérillero
Scénario : Maria Isabel OSPINA
Dessin : Jean-Emmanuel VERMOT-DESROCHES
Couleur : Jean-Emmanuel VERMOT-DESROCHES
Maison d'édition : Dargaud

L’histoire bouleversante d’un enfant de 11 ans arraché à son enfance et jeté dans la violence de la guerre civile, avant d’affronter le combat le plus dur : réapprendre à vivre. Un album puissant, sincère et indispensable.
 
À seulement 11 ans, la vie d’Alberto, jeune Colombien des hauts plateaux, est déjà un combat. Élevé avec son petit frère et ses trois sœurs par une mère courageuse et débrouillarde, il subit l’autorité d’un père violent, journalier dans les exploitations agricoles de la région. Son quotidien se résume à de longues marches sous le soleil pour aller à l’école ou chercher de l’eau, à la pauvreté, aux humiliations et aux moqueries. Une enfance volée, marquée par la fatigue et la peur. Alors, lorsque des guérilleros des FARC s’installent dans les environs, Alberto et sa sœur Francy croient entrevoir une échappatoire. Ils s’enrôlent. Changent de nom. Apprennent à marcher, obéir, survivre. Guidé par Mauricio, Alberto s’intègre peu à peu, mais la nostalgie le ronge. Sa mère lui manque. Le paquetage est lourd, la jungle impitoyable, les journées interminables. Ce qui le fait tenir ? La promesse de deux repas par jour et d’un semblant de sécurité. Jusqu’au jour où il se retrouve sous les balles de l’armée régulière. Livré à lui-même, oscillant entre courage et panique, il tire, survit, rentre au camp. Une fierté fragile, vite effacée par l’épuisement et la dureté croissante de la vie. Lorsqu’il apprend que sa sœur risque le conseil de guerre, Alberto, Francy et Mauricio prennent une décision radicale : déserter. Fuir. Recommencer. Mais comment se réinventer quand on n’a connu que la misère et la guerre ?
Guérillero se déploie en trois temps : l’enfance brisée, la plongée dans la guérilla, puis la lente reconstruction. Mais cette structure n’est qu’un prétexte : le récit avance surtout par fragments de vie, par saynètes intimes, parfois drôles, souvent bouleversantes, toujours d’une sincérité désarmante. On ne lit pas l’histoire d’Alberto : on la traverse avec lui. Le lecteur partage ses peurs, ses espoirs, ses contradictions. On grandit à ses côtés, au cœur d’une « famille » de combattants qui remplace l’enfance. On regarde le monde à travers ses yeux, jusque dans le moment le plus difficile : déposer les armes. Cette puissance émotionnelle tient au fait que Maria Isabel Ospina s’appuie sur le témoignage réel d’Alberto, donnant naissance à une œuvre d’une justesse rare, profondément humaine et marquée par la résilience. Le dessin de Jean-Emmanuel Vermot-Desroches accompagne ce récit avec une grande sobriété. Les cartouches, nombreux, enrichissent la narration sans l’alourdir. Les personnages centraux, très expressifs, évoluent sous nos yeux avec une crédibilité saisissante. Les planches, dominées par un magnifique camaïeu de bleus ponctué de touches de couleur symboliques, créent une atmosphère à la fois poétique et oppressante. Visuellement, c’est fort, élégant et immédiatement reconnaissable.
Guérillero s’inscrit dans la grande tradition des récits autobiographiques d’enfants broyés par la violence du monde, mais il s’en distingue par son humanité et sa finesse. Un roman graphique bouleversant, lumineux malgré l’ombre, qui rappelle que la reconstruction est possible, même après l’impensable.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : boil

Nombre de chroniques publiées : 127