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Hysteria Hysteria

Hysteria

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Nom de la série : Hysteria
Scénario : Elisabeth HOLLEVILLE
Dessin : Elisabeth HOLLEVILLE
Couleur : Elisabeth HOLLEVILLE
Maison d'édition : Glénat

Une rupture, un logement introuvable et un retour inattendu dans le manoir familial : pour Garance, rien ne se passe comme prévu. Entre cauchemars, rituels et secrets de famille, son quotidien bascule peu à peu dans l’angoisse. Avec Hysteria, Élisabeth Holleville mêle horreur, sorcellerie et critique sociale dans un récit aussi inquiétant qu’original, porté par un dessin hypnotique et une ambiance savamment distillée.
Garance est surveillante au musée d’Orsay. Pourtant, ses études de cinéma ont fait d’elle une scénariste en devenir. Avec sa copine de promo, Caroline, elles présentent leur nouveau court métrage, The Baby, sous le regard aiguisé d’une productrice. C’est pourtant les réactions de son compagnon Joachim que scrute Garance et, comme à son accoutumée, il dénigre ! C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et qui décide Garance à le plaquer. Une séparation douloureuse, tant l’amoureux éconduit s’accroche. Refusant de tenir la chandelle chez Caroline, Garance cherche rapidement un logement, en vain. En désespoir de cause, elle reprend contact avec ses grands-parents, qu’elle avait perdus de vue depuis de longues années. Dans le manoir familial décrépit, entouré d’un silence pesant et d’objets figés dans le temps, Garance sent la pression familiale se faire chaque jour plus lourde. À travers des cérémonies matinées de rituels et des rêves déments, la jeune femme sent bien que les murs de la demeure réclament quelque chose de plus ancien, de plus profond…
Impossible de commencer cette chronique sans évoquer les faits d’armes de l’autrice. En effet, Hysteria fait suite au remarquable thriller éco-fantastique Immonde !. Malgré la publication de L’Été fantôme en 2024, la genèse de cet album remonte à la fin d’Immonde !. Difficile de quitter l’univers horrifique si facilement ! D’ailleurs, avant même l’ouverture du livre, la couverture nous met dans l’ambiance. Comment ne pas éprouver un malaise face à ce manoir inséré dans un utérus et entouré de sortes de nymphes ? Rappelons au passage qu’utérus et hystérie ont la même racine. Pourtant, si l’intrigue s’ouvre sur une jubilatoire mise en abyme grâce à un intrigant film d’horreur, la tension redescend un peu. Il faut dire qu’Élisabeth Holleville connaît ses classiques et qu’elle est bien décidée à faire monter très doucement la tension. La présentation s’effectue presque tout en douceur, car on assiste d’abord à une rupture assez compliquée. C’est ainsi que Garance vient squatter chez sa pote et accessoirement réalisatrice, Caroline. Sauf qu’elle ne souhaite pas tenir la chandelle indéfiniment et que, dans le Paris actuel, les logements ne courent pas les rues. La situation arrive à un point où Garance doit accepter l’idée d’aller vivre chez ses grands-parents. Bien que précédé par quelques cauchemars, c’est le véritable moment de bascule. Tout doucement, la situation va devenir étrange, puis totalement angoissante. La cause ? Un héritage familial ultra-pesant qui fait la part belle à la sorcellerie. Attention cependant, Élisabeth Holleville se garde bien de sombrer dans le manichéisme. Elle analyse plutôt notre société actuelle et utilise certaines déviances pour structurer son propos. Côté dessin, l’inspiration se veut réaliste. Le manoir familial et le musée d’Orsay sont tout simplement magnifiques. Personnellement, je suis tombé amoureux de l’extraordinaire bibliothèque. Il faut bien cela pour planter un décor aussi crédible que possible afin de distiller les indices de l’horreur. Dans cet univers, on sent le plaisir qu’a dû éprouver la dessinatrice à croquer cette fantastique palette de personnages féminins. Et puis, il y a une multitude de petits détails, à commencer par les traits dont la couleur lie-de-vin donne le ton, sans même qu’on s’en rende compte. La colorisation fait la part belle au violet, couleur du deuil, ainsi qu’à toutes les nuances de rouge. Une nouvelle fois, l’ambiance devient tout doucement pesante, jusqu’à une résolution des plus inattendues.
Je trouve très courageux les auteurs qui se lancent dans la bande dessinée d’horreur, car le challenge est conséquent. Élisabeth Holleville maîtrise à la perfection son sujet avec cette histoire de sorcellerie familiale aux forts accents de critique sociale et sociétale. Un ouvrage qui plaira à tous ceux qui oseront l’ouvrir.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : boil

Nombre de chroniques publiées : 174