Nom de la série : Je suis la dernière elfe
Scénario : Martin Quenehen
Dessin : Marion Mousse
Couleur : Marion Mousse
Maison d'édition : Casterman
Avec "Je suis la dernière elfe", Marion Mousse et Martin Kenning proposent chez Casterman un récit de fantasy urbaine teinté de mélancolie, où mythologie nordique, fin du monde et errance existentielle se croisent dans une ambiance sombre et désabusée.
Liff, dernière représentante de son espèce, a 1534 ans. Fatiguée par les siècles, rongée par les regrets et hantée par la peur, elle sent que la prophétie approche inexorablement de son accomplissement. Selon les anciens textes, le dernier âge touche bientôt à sa fin et le monde disparaîtra dans les flammes. Depuis longtemps, Liff cherche une échappatoire. Elle rêve de rejoindre le Bifrost ou les enfers avant que tout ne s’effondre, mais jamais elle n’a réussi à trouver le passage. Épuisée par une existence interminable, elle survit désormais discrètement parmi les humains en vendant une drogue elfique appelée le Lembas, un pain magique dont les effets font fureur. Elle partage son appartement avec Wafa, une jeune femme issue des quartiers populaires, fraîchement sortie de prison, qui l’aide notamment dans ses livraisons. Mais un soir, Wafa assiste avec horreur à une scène incompréhensible : Liff se jette par la fenêtre. Pourtant, quelques instants plus tard, elle remonte comme si de rien n’était. Elle explique simplement qu’elle essayait de rejoindre quelqu’un qu’elle a aimé autrefois. Bouleversée, Wafa se réfugie dans le Lembas pour oublier, mais se brûle gravement la main, la rendant incapable d’assurer les livraisons. Liff doit alors reprendre le travail elle-même et se rendre chez un nouveau client répondant au nom de Skuld. Une rencontre loin d’être anodine. La livraison la conduit au sein d’une riche famille nommée France, dans une soirée mondaine où elle fait la connaissance de la jeune France, qui décide de lui présenter son père. C’est là que tout bascule. Liff découvre une antique épée nommée Tyr, capable d’ouvrir des passages vers le monde des esprits et peut-être vers les enfers eux-mêmes. Dès lors, une véritable course s’engage autour de cette relique, car le père de France semble prêt à tout pour ouvrir les portes de l’au-delà avant l’arrivée de la fin du monde.
Le récit mélange fantasy nordique et ambiance urbaine contemporaine avec une certaine efficacité. Sans révolutionner le genre, il propose une lecture fluide portée avant tout par son héroïne, personnage fatigué du monde, profondément mélancolique et marqué par les siècles.
Liff n’est pas une héroïne triomphante. Elle erre plus qu’elle ne combat réellement, cherchant surtout une manière d’échapper à sa propre existence. Cette lassitude permanente donne une tonalité assez particulière au récit. L’univers fonctionne bien grâce à ce contraste entre le quotidien moderne, scooters, appartements, drogue, soirées mondaines et les éléments mythologiques plus anciens qui viennent s’y greffer progressivement.
Graphiquement, l’album adopte une approche plutôt sombre et désaturée. Les couleurs restent majoritairement ternes, presque froides, ce qui renforce cette impression de fin du monde imminente et de fatigue généralisée. Quelques teintes plus vives viennent ponctuellement dynamiser certaines scènes, notamment lors des moments liés au surnaturel ou aux visions. Le dessin accompagne correctement le récit, avec un univers visuel cohérent, même si l’ensemble reste davantage au service de l’ambiance que de la démonstration technique.
Je suis la dernière elfe propose une lecture agréable, portée par une ambiance mélancolique et une héroïne atypique. Le scénario reste relativement classique dans sa construction et ne cherche pas forcément à surprendre à tout prix, mais l’univers et le mélange des genres suffisent à maintenir l’intérêt tout au long de l’album. Une BD sympathique, sombre et fluide, qui mélange fantasy et modernité dans une aventure portée par le poids du temps et l’approche de la fin.