Nom de la série : Jusqu'à la nuit tombée
Scénario : Philippe Lahbari
Dessin : Quentin Heroguer
Maison d'édition : DELCOURT - Une case en moins
À son arrivée dans le petit village d’Orpierre, David se gare sur un parking désert. Il prend le temps d’allumer une cigarette avant de consulter le message d’Émilie, sa petite amie, qui l’encourage et espère qu’il trouvera ce qu’il est venu chercher. Il s’engage ensuite dans le dédale des ruelles étroites, bordées de maisons closes ou vieillissantes, jusqu’à s’arrêter devant une grande porte en bois. Les souvenirs affluent : il se revoit enfant, arrivant chez sa tante Myriam, accompagné de sa mère Samia et de sa sœur jumelle Axelle. Nous sommes à l’été 1997. David est alors un adolescent insouciant, uniquement préoccupé par les jeux et les moments partagés avec sa sœur et ses cousins.
Tiré de ses pensées, il pénètre dans la maison. Rien n’a changé : les meubles, les outils, tout est resté en place… sauf la vie, désormais absente. David oscille entre réminiscences, flashbacks, nostalgie et tristesse. Sa promenade jusqu’à l’épicerie ne parvient pas à apaiser son spleen, d’autant que la conversation avec l’épicière se conclut sur une phrase lourde de sous-entendus : « C’est terrible ce qui est arrivé… ça nous a tous… »
Dès les premières pages, le décor est posé et le lecteur est immédiatement embarqué aux côtés de David. S’il n’est pas revenu à Orpierre par simple nostalgie, c’est bien pour affronter un passé resté en suspens et tenter de comprendre là où, selon lui, tout a commencé. Le personnage principal connaît déjà les contours de sa quête, tandis que le scénariste, Philippe Lahbari, distille habilement les informations, maintenant un suspense constant. À travers les flashbacks et les rencontres, les raisons de ce retour se dévoilent progressivement.
Ce décalage entre le savoir du personnage et celui du lecteur renforce l’immersion et souligne avec justesse le passage de l’innocence à la brutalité des événements. Le lecteur se retrouve ainsi plongé dans la peau du jeune David, ressentant pleinement la bascule entre insouciance et drame.
Bien que ce roman graphique ne revendique pas une dimension autobiographique, son récit profondément humain et émouvant fait écho à des expériences universelles : l’absence d’êtres chers, le poids du temps qui passe sans eux, et les souvenirs qui persistent. L’histoire de David se distingue toutefois par l’intensité de la culpabilité et des regrets qui l’habitent, l’écrasant comme une chape de plomb. Ce retour aux sources apparaît alors comme une tentative nécessaire pour se libérer de ce fardeau psychologique.
Le dessin de Quentin Heroguer, lauréat du concours Découvertes Jeunes Talents 2018 de Quai des Bulles, accompagne parfaitement le récit. Son trait épuré va à l’essentiel, évitant toute surcharge graphique inutile. Il parvient avec justesse à articuler les allers-retours entre passé et présent sans jamais perturber la lecture, un exercice délicat ici parfaitement maîtrisé.
Au final, cette œuvre propose une intrigue dense, chargée de questionnements, où seul David pourra, au terme de son parcours, espérer trouver des réponses — et peut-être une forme d’apaisement.
Nom d'utilisateur : LABANDEDU9
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