Nom de la série : Koralia
Tome : 1
Titre du Tome: Le lac des eaux vertes
Scénario : Jean-Luc MASBOU
Dessin : Jean-Luc MASBOU
Couleur : Jean-Luc MASBOU
Storyboard et dialogues : Alain AYROLES
Maison d'édition : Delcourt
Le braquage d’une forteresse orque tourne au fiasco et menace de déclencher une guerre entre les peuples ! Pourchassée par toutes les tribus, une bande d’aventuriers aussi improbables que maladroits doit sauver sa peau. Orques, elfes et nains n’ont qu’à bien se tenir : Jean-Luc Masbou dynamite les codes de l’heroic fantasy dans une aventure déjantée où rien ne se passe comme prévu !
Lorsque Roco arrive en ville, l’accueil n’est pas franchement chaleureux. Les humains n’aiment pas trop les orques ! C’est un semi-homme qui lui propose de s’allier à une demi-elfe pour réaliser un gros coup. Il faut néanmoins recruter un nain des roches et un humain pour compléter l’équipe. Leur objectif : une place forte orque ! Leur but : dérober le Trésor royal aux voleurs qui les ont précédés. Les préparatifs se déroulent sans accroc et le voyage est rythmé par les bruits de la nature et les confidences des uns et des autres. Une fois sur place, la petite équipe découvre un changement de taille : le Kr’ounach, le guide spirituel des orques, est présent. Plus qu’un obstacle, sa présence semble être une aubaine. Du moins, jusqu’à ce que le demi-dieu soit mortellement touché par une flèche d’origine inconnue. Pour la communauté des voleurs, c’est le début de la fin. Les voilà bientôt pourchassés par toutes les tribus, devenus des parias sur leurs propres terres. La paix n’était peut-être pas aussi solide qu’on le croyait dans le royaume…
Bien qu’il n’en soit pas fait mention sur la couverture, cet album marque la reformation d’un duo mythique de la bande dessinée : Jean-Luc Masbou et Alain Ayroles. Si les aficionados ont déjà les yeux qui pétillent, précisons pour les novices que ces deux-là sont les heureux papas de la série De Cape et de Crocs. Pour leur retour, les deux compères ont choisi d’investir un nouvel univers : celui du donjon et du dragon. Dès la première planche, le lecteur est plongé dans un univers de jeu de rôle, mais l’ouverture reste volontairement énigmatique. Nul doute qu’elle prendra tout son sens par la suite ! On la met toutefois rapidement de côté pour faire connaissance avec nos héros. Dans cet univers médiéval, au pied d’une citadelle qui n’est pas sans rappeler Carcassonne, un orque déambule. Face à la haine des humains, il se console en assistant au tournoi qui oppose les meilleurs archers du royaume. Une nouvelle fois, l’occasion est donnée de souligner les tensions entre les espèces, puisque les elfes ne sont pas les bienvenus. À la taverne, un semi-homme rassemble tous ces exclus pour monter le casse du siècle. Mais chez Masbou, rien n’est jamais aussi simple ! La discussion se transforme en un véritable concert de nains complètement antisociaux, donnant lieu à une scène aussi inattendue que réjouissante. À cette exposition ultra-dynamique succède le voyage vers le lieu de l’opération. L’occasion d’approfondir les personnages, mais aussi de laisser apparaître leurs zones d’ombre. Le récit prend alors le temps de respirer avant de basculer dans le chaos. Après le fiasco du braquage vient l’heure d’une chasse aux renégats des plus jouissives. À l’image de De Cape et de Crocs, l’intrigue ne se prend jamais au sérieux. Mêlant parodie et véritable récit d’heroic fantasy, l’album détourne les grands codes de Tolkien pour construire une aventure parfaitement rythmée, totalement déjantée et souvent hilarante, tant les personnages brillent par leur bêtise autant que par leurs contradictions. Et c’est précisément là que le dessin de Masbou fait merveille. Son trait expressif, ses personnages caricaturaux et ses cadrages inventifs prolongent l’humour du scénario et donnent corps à cette galerie de marginaux hauts en couleur. En multipliant les petites vignettes, les changements d’angle et les variations de rythme, le dessinateur transforme les dialogues en véritables scènes de comédie. Mais son travail ne se limite pas à l’humour : ses décors médiévaux, riches et généreux, installent un univers crédible, qui donne toute son ampleur à l’aventure. Le contraste entre la beauté des lieux et la bêtise des protagonistes renforce encore le décalage comique. Même les scènes d’action profitent de cette mise en scène dynamique, qui rend les péripéties aussi lisibles que spectaculaires. Enfin, les teintes pastel de la colorisation adoucissent l’ensemble et s’accordent parfaitement au ton léger du récit.
L’alchimie entre le scénario et le dessin fonctionne donc à plein régime : l’un multiplie les situations absurdes et les rebondissements, tandis que l’autre leur donne vie avec une énergie communicative. Humour parodique, concert métal, quête et chasse à l’homme : voilà le programme de ces retrouvailles réjouissantes avec un Jean-Luc Masbou plus imaginatif et déjanté que jamais !