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l'écoute

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Nom de la série : l'écoute
Scénario : Aleksi Cavaillez
Dessin : Aleksi Cavaillez
Maison d'édition : DARGAUD

À travers Victor, Aleksi Cavaillez retrace, avec une grande sensibilité, un parcours intime inspiré de sa propre expérience : celle de l’acceptation du handicap et des difficultés à trouver sa place dans un monde peu adapté à la différence.

À Paris, dans les jardins du Palais-Royal, une violoncelliste joue entre les célèbres colonnes. Autour d’elle, les passants s’arrêtent, captivés par la musique. Tous, sauf un petit garçon. Lui ne l’écoute pas : il l’observe. Fasciné, il suit chacun de ses gestes, la danse de ses mains sur l’instrument, les mouvements de son corps, les lèvres qui accompagnent les notes. Ce comportement pourrait sembler étrange, mais Victor n’est pas distrait : il est malentendant et appréhende le monde autrement.

Un an plus tôt, Maïté, une jeune étudiante espagnole, revient à Paris et trouve un emploi comme fille au pair au sein d’une famille. C’est là qu’elle rencontre Victor, un enfant pas tout à fait comme les autres. Progressivement devenu sourd profond, le garçon vit de plus en plus difficilement son quotidien. Bien qu’il parvienne à lire sur les lèvres, la communication avec les autres enfants devient compliquée. À l’école comme dans sa vie sociale, il se sent à part. Peu à peu, il se replie sur lui-même, s’isole, incapable de trouver les mots ou les codes pour exprimer ce qu’il ressent. La rencontre avec Maïté pourrait alors bouleverser son existence, même si les premiers échanges se révèlent hésitants, parfois maladroits.

Cette histoire résonne avec une force particulière puisque son auteur, Aleksi Cavaillez, partage lui-même une trajectoire similaire : devenu sourd à l’âge de cinq ans, il puise largement dans son vécu pour nourrir cette fiction. Si Victor demeure un roman graphique, il porte en lui une dimension profondément autobiographique. Les émotions traversées par le jeune héros — frustration, solitude, colère, incompréhension mais aussi désir d’intégration — gagnent ainsi en authenticité. Le lecteur est progressivement plongé dans la perception du monde de Victor, confronté aux silences, aux malentendus et aux barrières invisibles qui façonnent son quotidien.

L’écriture adopte d’ailleurs une approche particulièrement immersive. Aleksi Cavaillez ne cherche pas à surdramatiser la situation, mais plutôt à montrer avec justesse les traumatismes silencieux liés au handicap : l’impression d’être différent, les difficultés à créer du lien, le sentiment de décalage permanent dans une société encore mal à l’aise face aux singularités. L’écoute interroge avec finesse notre rapport à la norme, à la communication et à l’inclusion.

Graphiquement, l’ouvrage surprend tout autant. Son format souple, son découpage parfois dénué de cases clairement délimitées et son trait proche du storyboard lui confèrent une identité visuelle singulière. Le noir et blanc domine sans concession, comme pour traduire une forme d’absence ou de manque difficile à définir. Un choix artistique fort, presque sensoriel, qui peut faire écho à la surdité elle-même : un monde perçu différemment, où certains repères semblent volontairement atténués. Le dessin, brut et spontané, accompagne avec intelligence le propos sans jamais l’alourdir.

À la fois touchant, accessible et pédagogique, L’écoute aborde avec délicatesse un sujet encore peu représenté en bande dessinée : la surdité infantile et le parcours d’acceptation qui l’accompagne. Une œuvre sensible qui rappelle combien la différence peut isoler, mais aussi combien une rencontre, une écoute — même silencieuse — peut parfois tout changer.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : LABANDEDU9

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