Nom de la série : L'évasion de Colditz
Scénario : Salva Rubio
Dessin : Alejandro Gonzalez
Couleur : Alejandro Gonzalez
Maison d'édition : Glénat
Colditz est la prison dont personne n’est censé pouvoir s’évader. C’est pourquoi l’Allemagne nazie y regroupe les officiers alliés les plus récalcitrants et les plus épris de liberté. À l’arrivée du capitaine Bonaventure, une véritable partie d’échecs grandeur nature s’engage avec le lieutenant Wagner, responsable de la sécurité du camp. Avec ce premier tome captivant, Rubio et Jandro nous plongent dans le quotidien d’un stalag pas comme les autres, où chaque tentative d’évasion devient un coup joué contre l’ennemi.
Printemps 1940. La campagne de France fait rage. Dans les rangs de la RAF, le capitaine Bonaventure fait sensation. Français, tête brûlée et excellent pilote, il est pourtant abattu par la Flak nazie. Capturé, il refuse de déposer les armes et tente immédiatement de s’évader. Repris, il est considéré comme « deutschfeindlich », c’est-à-dire « hostile à la patrie allemande ». À ce titre, il est envoyé au camp d’officiers de Colditz, un château médiéval transformé en prison parfaite dont personne ne s’évade. Jamais. Dès son arrivée, le pilote croit apercevoir une opportunité et s’en empare. Malheureusement, il s’agit d’un piège, une sorte de bizutage réservé aux nouveaux venus, qui lui vaut trois semaines d’isolement. Surtout, il attire l’attention du lieutenant Wagner, responsable de la sécurité du camp, qui lui propose une partie d’échecs grandeur nature. Dans sa quête de liberté, Bonaventure est rejoint par les autres détenus britanniques, belges, polonais et surtout français. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui déplacent le premier pion. Risquant le tout pour le tout, l’audacieux Dubois tente une évasion aussi culottée qu’improbable... et réussit. Pour ses camarades restés derrière les murs, la riposte allemande s’annonce sévère. Pourtant, rien ne semble pouvoir entamer le désir de liberté des Alliés.
Du château de Colditz, les Français ne savent finalement pas grand-chose. Hormis quelques spécialistes de la Seconde Guerre mondiale, le nom de cette prison est longtemps resté relativement méconnu dans l’Hexagone. C’est donc au neuvième art, et à un duo d’artistes espagnols, qu’il revient de nous faire découvrir ce lieu hors du commun et les incroyables efforts déployés par les officiers alliés pour s’en échapper. Tout commence en 1940, au cours d’un combat aérien dans le ciel des Pays-Bas. C’est l’occasion de faire la connaissance du plus français des pilotes de la RAF : le capitaine Bonaventure. Quelques cases suffisent à comprendre qu’il est à la fois un as de l’aviation et un homme viscéralement attaché à sa liberté. Abattu puis capturé par les nazis, cette obsession va devenir son moteur. À force de tentatives d’évasion, il finit par être classé parmi les « deutschfeindlich » et bénéficie ainsi d’un traitement particulier : direction Colditz. Dans cette forteresse-prison, l’ambiance évoque davantage La Grande Évasion que Papa Schultz, avec toutefois une nuance importante : les conventions de Genève y sont globalement respectées. Les prisonniers disposent donc d’une marge de manœuvre suffisante pour imaginer des plans toujours plus audacieux. Afin d’éviter l’effet répétitif qu’aurait pu engendrer l’enchaînement des tentatives d’évasion, le scénariste développe une passionnante rivalité entre Bonaventure et le lieutenant Wagner. Une confrontation intellectuelle qui prend la forme d’une gigantesque partie d’échecs. C’est alors que l’on comprend que, dans l’univers de Colditz, le temps n’a plus la même valeur. Chaque déplacement de pion, chaque erreur, chaque succès ou échec entraîne une cascade de conséquences. Derrière chaque tentative se cachent des semaines, voire des mois d’observation, de préparation et de calculs minutieux. Si la première moitié de l’album prend parfois son temps pour installer les enjeux, elle finit par captiver totalement le lecteur. À mesure que les plans se précisent et que les risques augmentent, la tension devient presque palpable. Lorsqu’arrive la dernière page, on se surprend à regretter de ne pas avoir immédiatement la suite entre les mains. Les récits de guerre ne sont pas une nouveauté pour Jandro González, qui s’était déjà illustré en mettant en images une biographie de Marcel Cerdan. Le dessinateur espagnol opte ici pour un trait réaliste particulièrement efficace. Les personnages dégagent une véritable présence, tandis que la forteresse de Colditz s’impose comme un protagoniste à part entière. Imposante, menaçante et labyrinthique, elle fascine autant qu’elle oppresse. La mise en page accompagne parfaitement cette dualité. Rigoureuse lorsqu’elle met en scène l’architecture carcérale, elle devient plus souple et chaleureuse dans les moments de complicité entre prisonniers. Car au-delà des évasions, l’album parle aussi de solidarité, d’humour et de résistance morale. La colorisation participe pleinement à cette opposition. Dominée par des gris froids et austères dans l’univers des geôliers, elle gagne progressivement en chaleur lorsqu’elle se concentre sur les détenus et leurs espoirs.
Par des choix narratifs particulièrement audacieux, Rubio et Jandro González nous plongent dans le quotidien d’un stalag nazi pas comme les autres. Une immersion captivante dont il est impossible de s’évader et dont on attend déjà la suite avec une impatience non dissimulée.