Nom de la série : L'odysée
Tome : 1
Titre du Tome: Ulysse
Scénario : Maxe L'HERMENIER
Dessin : Thomas LABOUROT
Couleur : Thomas LABOUROT
Maison d'édition : Nootilus
Vingt ans après son départ pour la guerre de Troie, Ulysse n’est toujours pas rentré à Ithaque. Maxe L’Hermenier et Thomas Labourot revisitent le chef-d’œuvre d’Homère dans une adaptation moderne, rythmée et spectaculaire, qui fait la part belle à l’aventure et constitue une excellente porte d’entrée vers ce monument de la littérature.
En Ithaque, en l’absence du roi Ulysse, parti depuis vingt ans à la guerre de Troie, les soupirants de la reine Pénélope se font de plus en plus pressants. Pourtant, la souveraine ne perd pas espoir et use d’un stratagème pour repousser l’inéluctable. C’est cette scène particulièrement touchante que la déesse Athéna présente à son père, Zeus. Ému, le roi des dieux accepte d’aider Ulysse. Par l’intermédiaire d’Hermès, il ordonne à Calypso de libérer le héros grec. Après quelques jours de navigation sans encombre, Ulysse doit de nouveau faire face à la colère de Poséidon. Il ne doit la vie qu’à sa témérité et à l’intervention de la nymphe Leucothée. Naufragé sur une île, il fait la rencontre de Nausicaa, princesse des Phéaciens. Celle-ci le conduit auprès de son père afin qu’il bénéficie de sa protection. Au cours d’un banquet, un troubadour raconte la terrible guerre entre Grecs et Troyens. Profondément ému, Ulysse finit par révéler son identité et accepte de conter son incroyable périple…
Comment raconter une histoire vieille de près de trois millénaires avec un souffle nouveau ? Cette question a certainement hanté tous ceux qui se sont frottés à l’adaptation des récits d’Homère, l’Iliade et surtout l’Odyssée. Maxe L’Hermenier fait un choix pour le moins audacieux : il respecte la trame narrative de l’œuvre originelle. Ainsi, cet album d’ouverture, intitulé Ulysse, s’ouvre sur un royaume privé de son roi. Plus encore que Télémaque, c’est Pénélope qui mène la résistance face à des prétendants toujours plus envahissants. Ce sont les dieux, et plus particulièrement Athéna, qui permettent de renouer le fil avec le souverain d’Ithaque. Là où cette adaptation se distingue, c’est dans son ton. Fini le style antique parfois solennel : place à un récit beaucoup plus nerveux. Le travail d’élagage du texte original est particulièrement réussi. Il donne l’impression d’une synthèse de l’œuvre d’Homère, débarrassée de certaines longueurs, tout en proposant une lecture à travers le prisme de nos sensibilités contemporaines. On a le sentiment de retrouver un vieil ami après de longues années : il est toujours le même, mais quelque chose a changé. Les amateurs d’Homère ne seront cependant pas dépaysés, car les grandes étapes du voyage sont bien présentes. En revanche, elles s’enchaînent à un rythme soutenu et certains développements passent volontairement au second plan. Le dessin de Thomas Labourot apporte une énergie supplémentaire à l’ensemble. Fidèle à son style, le dessinateur rémois insuffle une grande modernité à sa mise en scène. Variété des angles de vue, des cadrages et du découpage des planches : l’influence du cinéma est omniprésente. La lecture s’en trouve particulièrement fluide et immersive, le regard étant constamment attiré par des détails qu’un lecteur trop pressé pourrait manquer. Enfin, le trio de coloristes, emmené par Thomas Labourot, signe un travail remarquable. Tantôt sombres, tantôt éclatantes, les couleurs traduisent avec finesse les humeurs changeantes de la Méditerranée autant que les soubresauts épiques du destin d’Ulysse.
Il est toujours délicat de revisiter un monument universel de la littérature. Pourtant, Maxe L’Hermenier et Thomas Labourot relèvent brillamment le défi en livrant une adaptation de l’Odyssée résolument moderne. Plus rythmée, plus dynamique et centrée sur l’aventure que sur les considérations philosophiques, elle constitue une excellente porte d’entrée vers ce chef-d’œuvre intemporel.