Espace membre Me connecter
Liotti Liotti

La fille au blouson léopard

Acheter sur BD Fugue

Nom de la série : La fille au blouson léopard
Scénario : James Tynion IV
Dessin : Elsa Charretier
Couleur : Jordie Bellaire
Maison d'édition : Delcourt collection contrebande


   La Fille au blouson léopard, de James Tynion IV au scénario et Elsa Charretier au dessin, avec les couleurs de Jordie Bellaire, paraît chez Delcourt dans la collection Contrebande. Ce comics venu des États-Unis mélange romance, thriller et action dans un récit où deux femmes que tout oppose vont voir leurs destins se croiser de manière pour le moins inattendue.
 

 D’un côté, il y a Zara, une jeune écrivaine plutôt réservée, intelligente et réfléchie, qui mène une existence assez ordinaire. Son succès reste modeste et elle traverse surtout une période de panne d’inspiration, avec un roman à terminer si elle veut continuer à vivre de son écriture. De l’autre, Jasper Jayne vit à cent à l’heure. Espiègle, énergique, séduisante et toujours en mouvement, elle semble à l’opposé de Zara. Mais derrière cette apparence légère se cache une tueuse à gages travaillant pour une organisation secrète. Elle fait équipe avec Lise, une femme aussi grande qu’impressionnante, vêtue d’un costume de nonne gothique et qui représente la force brute du duo. Après une mission qui tourne malgré tout à son avantage, Jasper se retrouve blessée par balle au bras. C’est en prenant la fuite qu’elle croise Zara. Inquiète de la voir couverte de sang, celle-ci lui propose de l’aider et accepte finalement de la conduire chez elle. Une fois arrivées dans l’appartement de Jasper, quelques soins, un peu de vin et une attirance réciproque vont rapprocher les deux jeunes femmes. Une relation va alors naître entre elles, aussi improbable que fragile. Mais Lise ne tarde pas à intervenir et ordonne à Zara de disparaître de la vie de Jasper. Zara obéit, sans pour autant parvenir à l’oublier. Jasper devient peu à peu pour elle une parenthèse de douceur, une source d'inspiration et une sorte de guérison dans une existence jusque-là assez monotone. Cette histoire d’amour va même nourrir son écriture et donner naissance au roman qui fera son succès : La Femme au blouson léopard. Mais lorsque le patron de l’organisation pour laquelle travaille Jasper découvre, dans le livre de Zara, des éléments susceptibles de compromettre ses activités, le passé de Jasper et l’existence de Zara vont une nouvelle fois se retrouver dangereusement liés. À partir de là, leur histoire prend une tout autre dimension.
   James Tynion IV construit son récit autour d’un contraste très efficace entre ses deux héroïnes. Zara et Jasper semblent appartenir à deux mondes qui n’auraient jamais dû se rencontrer. L’une vit dans les livres et cherche désespérément une histoire à raconter, l’autre passe son existence à tuer et à fuir, tout en affichant une légèreté presque enfantine.
   C’est justement cette opposition qui donne son intérêt au récit. Leur rencontre n’est pas seulement celle de deux personnages que tout sépare : chacune apporte à l’autre quelque chose qui lui manque. Jasper fait entrer le désordre et l’aventure dans la vie de Zara, tandis que Zara représente pour Jasper une forme de normalité et de tendresse qu’elle ne connaît pratiquement pas.
La relation entre les deux femmes constitue donc le véritable cœur de l’album. Elle évolue par intermittence, avec des retrouvailles espacées et une histoire qui se construit davantage dans les souvenirs et les non-dits que dans une relation classique. Le roman écrit par Zara devient alors une sorte de miroir de cette histoire, avec tout ce que cela peut entraîner de conséquences lorsque la fiction rejoint dangereusement la réalité.
Le scénario mélange ainsi romance, action et thriller sans chercher à choisir définitivement entre les trois. L’histoire est bien construite, les personnages sont rapidement attachants et le récit possède suffisamment de rebondissements pour maintenir l’intérêt jusqu’au bout.
Le dessin d’Elsa Charretier est particulièrement réussi. Son style très illustratif possède quelque chose de pop, avec parfois une véritable influence du pop art. Les personnages sont immédiatement identifiables et les expressions participent beaucoup à leur personnalité, notamment dans les échanges entre Zara et Jasper.
La colorisation de Jordie Bellaire joue énormément sur l’ambiance. L’album utilise régulièrement des camaïeux dominés par des teintes plutôt froides, ce qui donne une identité visuelle très marquée à l’ensemble. Les couleurs ne sont pas simplement là pour habiller les planches : elles contribuent véritablement à installer l'atmosphère des différentes séquences.
Le découpage est lui aussi très travaillé. Elsa Charretier alterne les grandes illustrations en pleine page, les gros plans et les découpages plus classiques en vignettes. Ces variations fonctionnent particulièrement bien dans les passages où Zara raconte son histoire et où le récit prend parfois une dimension presque romanesque. Le résultat est très fluide et donne au comics une vraie personnalité graphique.
   J’ai passé un bon moment avec La Fille au blouson léopard. L’histoire est distrayante, les personnages sont attachants et le contraste entre Zara et Jasper fonctionne particulièrement bien. Leur relation donne au récit une dimension plus humaine derrière toute la partie thriller et action.
Ce n’est pas forcément le genre de comics auquel je suis le plus habitué. J’ai davantage en tête des récits comme The Nice House on the Lake, qui correspondent davantage à mon goût pour les histoires teintées d’horreur et de science-fiction. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait penser, La Fille au blouson léopard est sans doute plus accessible à un grand public. On est ici dans un tout autre registre, plus romanesque, davantage tourné vers le thriller, avec une approche moins marquée par l’horreur et la science-fiction.
Mais l’ensemble est bien fait, le dessin d’Elsa Charretier apporte énormément à l’album et l’histoire se lit avec plaisir. Ce n’est peut-être pas un coup de cœur pour moi, mais c’est une lecture distrayante et originale qui mérite largement qu’on s’y attarde.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : bibione

Nombre de chroniques publiées : 133