Espace membre Me connecter
Jurdi Jurdi
La fragilité des Hommes La fragilité des Hommes

La fragilité des Hommes

Acheter sur BD Fugue

Nom de la série : La fragilité des Hommes
Scénario : ZABUS
Dessin : NICOBY
Couleur : NICOBY
Maison d'édition : Dargaud

Pour réveiller la petite ville de Mouais, rien de tel que le théâtre ! Mais attention : textes et acteurs viennent directement des villageois, et ce qu’ils ont à dire risque de faire du bruit ! La Fragilité des hommes est un roman graphique attachant et élégant, qui explore la société post-industrielle et les difficultés des hommes à s’ouvrir aux autres.
La vie s’écoule paisiblement dans la petite ville de Mouais. Très paisiblement. Le seul endroit un peu animé dans ces ruelles désertes, c’est le café. C’est là que Michel, retraité, fait part de son ras-le-bol à son ami François. Non seulement il exprime son malaise d’avoir passé toute son existence dans cette ville paumée, mais il a également élaboré un plan pour lui redonner un semblant de vie : le théâtre ! Et il compte bien sur le soutien ;  peu enthousiaste, il est vrai ; de son vieux copain, qui lui promet de l’aider. Seulement, quelques jours plus tard, Michel décède à la suite d’un banal accident domestique, laissant le projet à peine lancé : il avait contacté Fanny afin d’animer un atelier. Contre toute attente, et pour lui rendre hommage, François reprend le flambeau et accompagne Fanny. L’objectif de l’animatrice est d’écouter ce que les habitants ont à raconter de leur vie et de transformer leurs paroles en théâtre, de faire des anonymes des acteurs. Et ça marche ! Les villageois, et surtout les villageoises, répondent à l’appel. Et ce que les Mouaisiens ont à dire risque bien de faire du bruit !!!
Cet album s’ouvre sur les rues désertes et enneigées d’une petite ville comme il en existe tant. Très vite, on comprend que s’il ne s’y passe rien, c’est parce que le principal employeur de la région , une usine de portes, a fermé… ses portes ! Si les amateurs de Ken Loach peuvent s’en réjouir, on pourrait penser que la désindustrialisation n’est pas le sujet le plus glamour qui soit. Pourtant, Zabus a l’idée brillante de faire raconter cette aventure par la ville elle-même. Une personnification qui permet des allers-retours dans le temps particulièrement originaux. Aussi importante soit-elle, Mouais n’est pas le personnage principal. Il s’agit de François, grand échalas voûté d’une quarantaine bien entamée, qui a la fâcheuse manie de ne jamais terminer ses phrases. Par un concours de circonstances, c’est lui qui va porter le projet théâtral. Et la comédie sociale glisse peu à peu vers une comédie romantique douce-amère. Sans trop s’expliquer, le scénariste nous immerge dans le glanage théâtral, une manière de donner la parole aux habitants. Pour certains, c’est l’occasion de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas depuis longtemps. D’autres, en revanche, peinent davantage à se livrer. Une façon d’évoquer, avec beaucoup de pudeur, les difficultés qu’ont certains à s’ouvrir aux autres et à exprimer leurs émotions. Bien sûr, celui qui a le plus de mal est aussi celui qui a le plus à dire. Si les choix graphiques de Nicoby peuvent sembler, à première vue, assez classiques, ils s’accordent parfaitement avec la narration. Comme l’album repose largement sur les échanges oraux, les cases sont souvent resserrées afin de donner du rythme. Elles s’élargissent lorsque le contexte l’exige. Lorsqu’il est question de Michel, de ses états d’âme ou de ses tourments, le dessinateur déploie de superbes pleines pages, tour à tour émouvantes et drôles. L’objectif reste le même : montrer que, même dans une bourgade isolée où tout semble figé, la vie est bel et bien présente à travers ses habitants, leurs histoires et leurs voix.
À travers cet album, Zabus partage l’une de ses passions : le glanage théâtral. Mais ce n’est qu’un prétexte pour aborder la désindustrialisation, ses conséquences, et surtout rappeler que la vie, elle, continue et mérite d’être racontée à voix haute.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : boil

Nombre de chroniques publiées : 154