Nom de la série : La légende de Salomé
Scénario : Jean DUFAUX
Dessin : Eduard TORRENTS
Couleur : Bertrand DENOULET
Maison d'édition : Delcourt
Pour son grand retour au péplum, Jean Dufaux s’associe à Eduard Torrents afin de revisiter un épisode quelque peu oublié des Évangiles. À travers le destin de la jeune et fascinante Salomé, dont la danse légendaire conduisit à la décapitation de Jean le Baptiste, les auteurs livrent un récit captivant, porté par une mise en images somptueuse et une atmosphère digne des plus grands péplums.
Au balcon de la citadelle de Machaerous, le tétrarque Hérode Antipas contemple l’horizon avec inquiétude. Au loin, il aperçoit les lueurs du camp d’Arétas : l’émir de Pétra veut se venger de l’humiliation subie par sa fille répudiée. Pourtant, il reste relativement confiant, car il a demandé l’aide de Rome et une légion menée par Vitellius et son fils fait une entrée triomphale dans la cité. Mais les ennuis du tétrarque ne s’arrêtent pas là. Depuis qu’il s’est uni à l’épouse de son frère, la population est particulièrement réceptive aux discours des prédicateurs de tout poil. Parmi eux, c’est Jean-Baptiste, dit Iaokomann, qui se montre le plus virulent. Même emprisonné, il conserve une telle aura que son geôlier n’ose le faire exécuter. Et puis Hérodias, l’épouse pour laquelle il a humilié son ancienne femme, a fait revenir près d’elle sa fille Salomé, dont les charmes légendaires ne laissent pas son beau-père indifférent. Rebelle et fascinante, la jeune femme s’éprend rapidement du prophète. Il semblerait bien que le tétrarque Hérode Antipas ne soit qu’au début de ses ennuis…
Comme annoncé à grand renfort de publicité, le maître du péplum, alias Jean Dufaux, est de retour. Il faut dire qu’aucun amateur de BD ne peut ignorer son œuvre. De Djinn à La Complainte des Landes perdues, de Barracuda à Murena, le scénariste belge demeure l’un des auteurs les plus prolifiques de notre époque. Cette fois, il revisite un épisode du Nouveau Testament : la danse de Salomé réclamant la tête de Jean le Baptiste. Si ce n’est pas le passage le plus célèbre de l’Évangile selon saint Marc, il n’en reste pas moins l’un des plus marquants. Bien qu’il s’intitule Salomé, l’album s’ouvre avant tout sur la solitude d’un homme. Depuis sa citadelle, Hérode Antipas contemple l’horizon. Inquiet. Au loin, il distingue le camp d’Arétas, son ancien beau-père, qui a juré de venger le déshonneur infligé à sa fille après son divorce. Inquiet également, car il espérait déjà voir arriver les légions de Vitellius dont il a sollicité le soutien. Voilà pour le contexte international. À l’échelle de la cité, le remariage du tétrarque avec la veuve de son frère provoque également un profond scandale, et son plus virulent détracteur n’est autre qu’un fidèle de Jésus : Jean-Baptiste. Cette longue exposition se révèle indispensable, tant les protagonistes et le contexte historique sont peu familiers au lecteur contemporain. Pour autant, Jean Dufaux parvient à maintenir un récit suffisamment dynamique pour que l’on s’instruise sans jamais ressentir de lourdeur. L’arrivée de Salomé, fille d’Hérodias, va alors précipiter les événements. Tentatives de meurtre, règlements de comptes et jeux de séduction se succèdent rapidement. Mais Jean Dufaux aime ménager ses effets. Il insère ainsi flashbacks et prolepses afin d’éclairer progressivement le passé et les motivations des principaux personnages. Certains esprits chagrins ont parfois reproché au scénariste son goût pour un érotisme appuyé. Pourtant, difficile d’imaginer un péplum sans muscles saillants ni toges voluptueuses et échancrées. Ici, la nudité n’est jamais gratuite, d’autant qu’elle est sublimée par un Eduard Torrents en grande forme. Le trait du dessinateur espagnol est vif, précis et plein de charme. Bien sûr, il met l’accent sur la sensualité, mais sans jamais tomber dans l’excès. Les décors antiques, magnifiés par de grandes cases spectaculaires, renforcent pleinement l’ampleur du récit et inscrivent l’album dans la grande tradition des péplums hollywoodiens.
En éclairant un épisode biblique quelque peu oublié tout en jouant habilement avec les codes du péplum, La Légende de Salomé s’impose comme un excellent album de genre et confirme, s’il en était encore besoin, tout le talent de ses auteurs.