Nom de la série : La Nouvelle Arcadie
Scénario : Juanjo Rodriguez J
Dessin : Juanjo Rodriguez J
Couleur : Juanjo Rodriguez J
Maison d'édition : Grand Angle
À Chagrin-sur-Mer, le soleil brille… mais les légendes ne meurent jamais. Prométhée Foiemangé pensait apporter richesse et modernité ; il va découvrir qu’on ne défie pas impunément les traditions; et qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Entre satire mordante, quiproquos savoureux et parfum de Dolce Vita, Juanjo Rodriguez livre une comédie irrésistible, aussi drôle qu’attachante, dans la plus pure tradition des grands classiques des années 60.
En cette fin des années 60, la vie s’écoule paisiblement à Chagrin-sur-Mer, charmante bourgade écrasée de soleil, bercée par la chaleur méditerranéenne. C’est ce paisible village que Titan Universal Entreprise a choisi pour implanter la station balnéaire la plus moderne et la plus ambitieuse du moment : la Nouvelle Arcadie. Pour mener à bien le projet, la société envoie sur place l’un de ses jeunes cadres prometteurs, Prométhée Foiemangé, chargé d’acquérir les terrains destinés à accueillir le complexe touristique. Convaincre les habitants des bienfaits, et surtout de la manne financière, du tourisme de masse ne lui pose guère de difficulté. Mais les parcelles convoitées appartiennent à une famille pour le moins singulière : les Nomdedieu. Le supérieur de Prométhée lui intime alors un ordre clair : briser l’unité familiale pour obtenir les terres. Diviser pour mieux régner. Les travaux doivent commencer au plus vite. Prométhée s’installe donc à la pension tenue par les Nomdedieu. Sa voiture est réparée par le fils aîné ; l’épouse lui adresse des regards appuyés ; il se régale des plats concoctés par la mère. Peu à peu, il gagne la confiance de chacun et distille son poison avec méthode. Mais à mesure qu’il se rapproche d’eux, quelque chose vacille. Plus il découvre cette famille excessive, explosive, fascinante et atypique, plus il s’y attache. Et plus le temps passe, plus le chargé d’expulsion comprend que son entreprise s’apprête à détruire bien davantage qu’un vieux domaine en ruine…
Si, comme moi, le terme « Arcadie » ne vous évoque rien, tant mieux : vous pourrez savourer cette histoire en toute innocence. L’album s’ouvre d’ailleurs comme une comédie à la manière de Gérard Oury. Un jeune cadre ambitieux, très urbain, débarque dans un village méditerranéen avec la ferme intention de vendre le progrès. Mais rien ne se passe comme prévu : panne de voiture, détour improvisé à travers bois, galerie de personnages locaux hauts en couleur… Une fois arrivé au village, un quiproquo savoureux donne le véritable coup d’envoi de l’intrigue. Les terrains que convoite la multinationale appartiennent à une famille de « drôles » au sens le plus pittoresque du terme. Fidèle aux consignes de son directeur, Prométhée adopte la stratégie du « diviser pour mieux régner » et infiltre la pension familiale. Pourtant, quelque chose cloche. Le lecteur le sent instinctivement : une pièce du puzzle manque. On cherche, on s’interroge, on tente de deviner… en vain. Mon conseil : laissez-vous porter par le charme des rencontres et le rythme enlevé du récit. Le moment venu, Juanjo Rodriguez dévoilera la clé. Certes, certaines ellipses , notamment dans le dernier quart de l’album, se révèlent un peu abruptes et nuisent légèrement à la lisibilité de la psychologie des personnages et de l’intrigue. Rien toutefois de rédhibitoire : il suffit de se laisser emporter par le dessin semi-réaliste de Juanjo Rodriguez. Les décors offrent un dépaysement total, somptueux mélange de Dolce Vita et de rythmes andalous. Les personnages, délicieusement exubérants, dégagent une impression de déjà-vu qui les rend immédiatement attachants. La mise en page privilégie de petites vignettes dynamiques qui insufflent une grande vitalité aux dialogues, tout en laissant place à de larges cases maîtrisées lorsque l’émotion l’exige. La colorisation, baignée de teintes dorées et jaunâtres, fait du soleil un personnage à part entière. Quant au casting final, il apporte les ultimes éclaircissements avec efficacité.
Comment recycler une histoire vieille comme le monde ? Juanjo Rodriguez relève le défi en la transformant en une comédie solaire aux accents des années 60. Succès garanti ! Un dernier conseil toutefois : révisez votre mythologie. On ne sait jamais…