Nom de la série : Le blanc du drapeau
Scénario : Julie Scheibling
Dessin : Clara Chotil
Maison d'édition : Albin Michel
Le Blanc du drapeau met en scène Mathilde, une jeune enseignante qui se retrouve confrontée, presque malgré elle, aux différentes expressions de la mouvance d’extrême droite contemporaine. Bien que personnage de fiction, Mathilde entretient des similitudes évidentes avec l’auteure, Julie Scheibling, qui s’appuie sur son expérience professionnelle pour nourrir le récit. La bande dessinée s’inscrit ainsi dans une volonté claire : analyser et dénoncer la montée de l’extrême droite en France à travers des situations du quotidien.
Le récit débute en septembre, jour de rentrée scolaire. Mathilde, qui aspire à une carrière de comédienne, occupe provisoirement un poste de professeure d’histoire-géographie dans un lycée privé. Sur le trajet qui la mène à son établissement, situé à proximité de son domicile, elle est témoin des conséquences d’un attentat visant un restaurant kebab. Cet événement inaugural donne le ton de l’ouvrage et inscrit immédiatement l’histoire dans une réalité sociale et politique marquée par les tensions identitaires.
Au sein du lycée, Mathilde découvre un environnement contrasté. Les élèves se montrent investis et bienveillants, tandis que l’équipe enseignante apparaît globalement accueillante. Un collègue cependant, Christophe, professeur de philosophie, se distingue par des prises de position idéologiques affirmées, suscitant chez Mathilde interrogations et inquiétudes. Ce personnage devient progressivement une porte d’entrée vers l’exploration des réseaux et discours d’extrême droite.
Julie Scheibling, scénariste de l’ouvrage, a suivi un parcours en sciences politiques et en théâtre, tout en exerçant comme enseignante en histoire-géographie. Cette double formation se ressent dans la construction du récit, à la fois pédagogique et narrative. L’auteure utilise son héroïne comme un vecteur pour exposer différentes facettes de l’extrême droite française, qu’il s’agisse de ses stratégies d’influence ou de ses modes d’action. Le travail repose sur une documentation issue de médias reconnus tels que StreetPress, Libération ou L’Humanité, ce qui confère à l’ensemble une base factuelle solide.
L’ouvrage aborde successivement plusieurs thématiques : l’infiltration idéologique dans le milieu éducatif, les liens entre certaines formes de militantisme religieux et les discours réactionnaires, les violences ciblant la population musulmane, ainsi que les phénomènes complotistes liés à la santé et aux campagnes antivaccins. Une attention particulière est également portée au rôle des réseaux sociaux et de collectifs militants comme Némésis ou Athéna, présentés comme des acteurs majeurs de la diffusion de ces idées. Chaque chapitre s’accompagne d’éléments explicatifs, de rappels historiques et de références nominatives.
Cette approche confère à Le Blanc du drapeau une dimension quasi documentaire. Toutefois, si la rigueur des sources est indéniable, le positionnement idéologique de l’ouvrage est très marqué. Le récit adopte un point de vue résolument engagé, laissant parfois peu de place à la distance critique ou à la complexité des débats. Cette orientation peut renforcer l’impact du propos auprès d’un lectorat déjà sensibilisé, mais elle risque également de limiter la portée de l’analyse auprès de lecteurs en quête d’un regard plus nuancé.
En définitive, Le Blanc du drapeau s’impose comme une bande dessinée engagée, dont l’objectif principal est d’alerter et d’informer sur les mécanismes et les dangers de l’extrême droite contemporaine. Selon les attentes et la sensibilité du lecteur, cette prise de position affirmée pourra être perçue comme une force ou comme une limite, mais elle ne laisse en tout cas pas indifférent.
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