Nom de la série : Le dépisteur
Tome : 2
Titre du Tome: Sous terre
Scénario : Antoine OZANAM
Dessin : Marco VENANZI
Couleur : Marco VENANZI et NATLEG
Maison d'édition : Glénat
Le 8 mai 1945 marque la fin de la guerre… mais pas celle des combats. Car les batailles les plus violentes sont parfois intérieures. Dans cet ultime épisode, Samuel, le dépisteur, plonge au cœur de l’intime et des secrets les mieux enfouis. Un final explosif au rythme haletant, riche en révélations et en bouleversements
Alors qu’il regagne son hôtel, Samuel est interpellé par deux policiers en civil. Alors qu’ils l’interrogent dans leur voiture, il simule une crise d’épilepsie et parvient à s’échapper. Les forces de l’ordre mobilisent alors tout le petit village pour retrouver le fuyard. Pendant que son subordonné organise la traque, le commissaire découvre le « journal » de Samuel, où ce dernier raconte en détail sa précédente mission. À Ezterenzubi, Samuel a été abandonné pour mort par une population déterminée à ne pas voir son passé ressurgir. Fidèle à ses valeurs, il a pourtant persisté, quitte à frôler l’illégalité, jusqu’à découvrir la vérité. C’est à ce moment-là que tout a basculé. À Saint-Cirq-Lapopie aussi, il suscite des vocations, surtout depuis qu’il a percé à jour l’identité de La Tondue. Désireux de protéger celle qu’il aime, Valentin, le facteur, accepte de prendre les choses en main… L’heure des révélations semble avoir sonné.
Cet album s’ouvre exactement là où le précédent s’était achevé. Dès la première page, comme dans le tome d’ouverture, le lecteur est plongé dans une double intrigue : d’un côté, le présent de 1951 à Saint-Cirq-Lapopie ; de l’autre, le passé, quelques mois plus tôt, dans le village basque d’Ezterenzubi. C’est sur ces événements que les enquêteurs interrogent Samuel. Si ses premières réponses sont directes, le dépisteur trouve rapidement le moyen de s’échapper. Les autres révélations se feront donc par des flashbacks, à travers la lecture du journal que Samuel a commencé à rédiger. Ce passé douloureux est aussi au cœur des recherches de Samuel. Il resurgit par le biais d’un récit emboîté, d’un flash-back particulièrement émouvant. Antoine Ozanam réussit avec brio à nous faire comprendre que la guerre a brisé les individus et qu’il fallait se méfier des apparences. Dans ces circonstances, le Mal peut se cacher partout. Heureusement, il existe des hommes capables de voir au-delà des apparences, un message fort qui résonne avec notre société actuelle. Côté graphisme, Marco Venanzi est toujours aux commandes. Son trait nerveux, typique du dessinateur italien, épouse parfaitement la tension des intrigues. Bien que classique dans sa mise en page, son style immerge le lecteur dans les années 1950. Les décors ruraux sont réalistes, et les rares scènes d’action, bien que sobres, sont efficaces et crédibles. Les dialogues, bien que parfois statiques, restent fluides et agréables à suivre. Dans un récit aux multiples temporalités, le risque est de perdre le lecteur. Il n’en est rien ici : une colorisation subtile et sans ambiguïté, signée Marco Venanzi et Natleg, guide le lecteur avec justesse.
Il est toujours utile de rappeler l’Histoire, et particulièrement le sinistre épisode de la Shoah. À travers ce diptyque, les artistes rendent hommage à celles et ceux qui ont caché des enfants, à celles et ceux qui ont résisté sans compter les risques, y compris à long terme. Une histoire qui rappelle que la Justice et l’Humanité ont parfois été bafouées, même après la guerre.