Nom de la série : Le journal des chats
Scénario : Junji Ito
Dessin : Junji Ito
Couleur : Junji Ito
Maison d'édition : Delcourt Tonkam
Avec Le Journal des chats, publié chez Delcourt dans le label Tonkam, Junji Ito délaisse momentanément l’horreur cosmique et les cauchemars organiques pour livrer une œuvre totalement atypique dans sa bibliographie : un récit autobiographique… Consacré à ses chats. Enfin, autobiographique, oui, mais passé à travers le prisme totalement dérangé de son imagination.
Tout commence lorsque Junji Ito emménage avec sa compagne, grande amoureuse des félins. Très vite, deux nouveaux pensionnaires débarquent dans leur quotidien : Mu, adorable petite boule de poils, et surtout Yon, un chat à l’apparence inquiétante, affublé d’une étrange marque en forme de tête-de-mort sur le dos.
Et pour Junji Ito, déjà maître incontesté du malaise, impossible de voir en cet animal une simple créature domestique.
Dans son esprit, Yon devient une sorte de démon silencieux, une entité tapie dans l’ombre, prête à le tourmenter psychologiquement au moindre instant.
À partir de là, chaque scène banale du quotidien se transforme en séquence d’horreur absurde : un regard fixe dans un couloir devient terrifiant, un miaulement en pleine nuit prend des allures d’apparition surnaturelle, et le moindre comportement félin vire à la paranoïa totale.
Le génie du manga repose justement sur ce contraste permanent entre la banalité des situations et la manière dont elles sont mises en scène avec le sérieux d’un véritable récit d'épouvante . Ce qui surprend énormément ici, c’est de voir à quel point Junji Ito ne change absolument pas sa façon de dessiner malgré le ton humoristique du récit.
On retrouve : ses visages déformés, ses regards vides, ses ombres inquiétantes, et cette capacité unique à faire naître un malaise constant. Sauf qu’ici, tout est détourné au profit de la comédie.
Le mangaka se met lui-même en scène comme un homme totalement dépassé par deux chats qui, dans la réalité, ne font probablement rien d’extraordinaire. Mais dans sa tête, ils deviennent de véritables forces maléfiques cherchant à le faire sombrer dans la folie. Et honnêtement, c’est extrêmement drôle.
Quand on connaît des titres comme Spirale, Gyo ou Tomié, on pourrait croire à une simple parenthèse humoristique sans grand intérêt.
Mais Le Journal des chats fonctionne justement parce qu’il conserve toute l’identité graphique et narrative de l’auteur. C’est presque une autoparodie.
Junji Ito tourne en dérision sa propre réputation d’auteur horrifique en appliquant son style ultra sérieux à des scènes du quotidien complètement absurdes.
Une édition prestige idéale pour découvrir l’œuvre
Cette nouvelle édition prestige proposée par Delcourt/Tonkam remet parfaitement en valeur cette œuvre devenue culte au fil des années.
Grand format, fabrication soignée, bonus et interview viennent enrichir ce récit atypique qui reste probablement l’un des mangas les plus accessibles de Junji Ito pour découvrir son univers.
Derrière son humour absurde et son ambiance volontairement grotesque, Le Journal des chats parle aussi très bien de cette relation étrange qui finit toujours par se créer entre un humain et ses animaux.
Même lorsqu’il prétend les craindre, on sent très vite tout l’attachement que Junji Ito développe pour eux.
Un manga aussi drôle que dérangeant par moments. Une œuvre atypique et extrêmement rafraîchissante dans la bibliographie du maître de l’horreur japonais.