Nom de la série : Le nom de la rose
Tome : 2
Scénario : Milo Manara
Dessin : Milo Manara
d'après l'oeuvre de : Umberto Eco
Maison d'édition : GLENAT
Deuxième volet de l’adaptation en BD du célèbre roman d’Umberto Eco. Une enquête médiévale au suspense insoutenable.
Désormais devenu un vieux moine sage dans le monastère de Melk, Adso se souvient de cette nuit de l’an 1327, dans les cuisines de cette abbaye bénédictine du nord de l’Italie. Cette belle rousse l’envoûta, lui fit connaître ses premiers émois, son premier baiser et sa première relation charnelle, sur les dalles, devant l’âtre. Mais tout cela semble n’avoir été qu’un songe, une vision sortie tout droit de l’imagination du jeune homme, car à son réveil, la jeune fille avait disparu, laissant derrière elle un simple paquet contenant un cœur encore sanglant.
Adso revient à lui quelque temps plus tard, tiré de sa torpeur par Guillaume de Baskerville, qui le remet rapidement d’aplomb pour poursuivre leur enquête après le décès inexpliqué de plusieurs moines. Le dernier en date, nommé Bérenger, a été retrouvé noyé dans les bains, présentant toujours cette étrange coïncidence : la langue noire et certains doigts recouverts d’une substance brunâtre.
Avec ce second volume, Milo Manara livre la conclusion de son adaptation en bande dessinée du célèbre roman d’Umberto Eco, refermant une transposition en deux tomes d’un texte réputé dense et foisonnant. L’album poursuit l’enquête menée en 1327 par Guillaume de Baskerville et son novice Adso dans une abbaye bénédictine où les morts mystérieuses se multiplient, tandis que plane la menace de l’Inquisition. Cette adaptation était un réel défi pour Manara à savoir transformer un « polar philosophique médiéval » aux multiples niveaux de lecture en récit graphique lisible sans en perdre la profondeur. L’intrigue policière reste l’ossature, mais la BD conserve les interrogations majeures du livre — la place du savoir, la censure, la peur de l’hérésie et le rapport entre foi et raison. Le tome 2 accentue l’un des thèmes centraux de l’œuvre : l’idée que la connaissance peut être perçue comme une menace plus grave encore que le péché. Derrière les crimes se cache en effet une lutte idéologique autour des livres, du rire, et de la transmission du savoir, enjeux symbolisés par la bibliothèque labyrinthique, véritable cœur du mystère. L’enquête devient alors moins une simple recherche du coupable qu’une réflexion sur le pouvoir des idées et sur les mécanismes d’exclusion face à la différence ou à la dissidence, thèmes que l’adaptation met en avant. L’album maintient cet équilibre entre récit initiatique et enquête intellectuelle, où la vérité importe autant que la manière dont elle est recherchée.
Graphiquement, Manara adopte un dispositif ambitieux mêlant plusieurs registres visuels avec un noir et blanc classique pour certaines séquences, un lavis très travaillé pour restituer la matérialité des lieux et des visages et des images inspirées des enluminures médiévales rappelant le rôle essentiel des manuscrits dans l’intrigue.
Ce second tome confirme la réussite d’une adaptation ambitieuse : respecter l’esprit d’Umberto Eco tout en exploitant les ressources propres de la bande dessinée. Dense mais accessible, érudit sans être aride, Le Nom de la rose version Manara transforme le roman en expérience visuelle où l’image prolonge la réflexion philosophique. Une conclusion solide pour une œuvre qui rappelle que, du Moyen Âge à aujourd’hui, la quête du savoir demeure une aventure aussi dangereuse que nécessaire.