Nom de la série : Le soleil va se lever
Titre du Tome: Un reportage dessiné sur le deuil
Scénario : L'homme étoilé
Dessin : L'homme étoilé
Couleur : Hélia
Maison d'édition : Le Lombard
Chez lui, à Metz, Xavier, plus connu dans le milieu de la bande dessinée sous son nom d’artiste, L’Homme étoilé, donne le repas à sa fille tandis que sa femme revient d’un enterrement. Ce genre d’événement est rarement joyeux et, habituellement, il n’est pas nécessaire de s’y attarder. Pourtant, sa femme a une anecdote particulière à raconter.
Lors de cet enterrement, une petite dame chantait, à l’écart de la famille. Une fois la cérémonie terminée, elle est repartie discrètement. Elle était simplement venue donner de son temps et de sa voix pour soutenir une famille dans un moment douloureux.
Cette anecdote va trotter dans la tête de Xavier toute la nuit. Il se met alors à énumérer toutes ces personnes qui, d’une manière ou d’une autre, jouent un rôle dans l’accompagnement du deuil. Une liste de métiers, de profils et de rencontres qu’il aimerait découvrir. Et pourquoi ne pas en faire un livre ?
Direction Bruxelles et les éditions du Lombard pour présenter à son éditeur l’idée de son prochain album : un reportage dessiné sur le deuil, construit autour d’une succession de rencontres. Mais l’éditeur fait part de ses réticences. Et si l’album était trop triste ? Trop glauque ? Et si, finalement, le projet était un échec ?
Xavier, lui, a une toute autre vision de la mort et du deuil. Il souhaite proposer une approche humaine, sensible et lumineuse, capable de tordre le cou à ceux qui pensent que l’on ne peut aborder ces sujets autrement que dans la tristesse.
Il faut dire que L’Homme étoilé n’en est pas à son premier voyage autour de la fin de vie et de la fragilité humaine. Infirmier en soins palliatifs, il a déjà raconté son quotidien dans À la vie ! et Je serai là !, avant de poursuivre son travail avec Constellation, Je suis au-delà de la mort ou encore Tu ne marcheras jamais seule. Son expérience professionnelle nourrit naturellement son regard d’auteur : chez lui, la mort n’est jamais uniquement synonyme de fin. Elle est aussi l’occasion de parler d’amour, de transmission, de liens et de ceux qui restent.
Avec Le soleil va se lever, L’Homme étoilé décide donc d’élargir son regard. Il part à la rencontre de celles et ceux qui gravitent autour du deuil et qui, chacun à leur manière, contribuent à accompagner les personnes confrontées à la perte.
L’album possède d’ailleurs une construction originale. L’auteur ne se contente pas de présenter ses différents interlocuteurs : il se met lui-même en scène et raconte la naissance du projet, ses interrogations, ses rencontres et les anecdotes qui ont progressivement construit le livre. Le lecteur découvre ainsi non seulement les témoignages recueillis, mais également le cheminement de l’auteur. Une manière de rester à ses côtés de la première à la dernière page et de transformer ce reportage en véritable aventure humaine.
Au fil des pages, nous allons ainsi rencontrer un psychiatre, une thanatopractrice, la fondatrice de Happy End, une doula de fin de vie ou encore une médium. Des profils parfois surprenants, des métiers parfois méconnus, mais qui ont tous un point commun : accompagner, écouter, comprendre ou simplement être présents lorsque la mort bouleverse une existence.
Ce sont eux les véritables héros de cet album. L’Homme étoilé leur donne la parole et accepte de rester en retrait pour mieux mettre en lumière leurs parcours. Il ne cherche pas à imposer une vision unique du deuil. Au contraire, il montre qu’il existe autant de manières de vivre une perte que de personnes confrontées à celle-ci.
C’est sans doute là que réside toute la force du livre. Le deuil n’est pas présenté comme un parcours parfaitement balisé, avec un début et une fin clairement définis. Il apparaît plutôt comme un cheminement irrégulier, intime et profondément humain. Un processus de cicatrisation qui n’avance jamais de la même manière pour tout le monde.
Et surtout, Le soleil va se lever refuse le pathos.
L’album ne tombe ni dans le voyeurisme, ni dans l’exagération, ni dans le mélodrame. L’Homme étoilé préfère la simplicité, l’écoute et les petits moments de vie. Son dessin, comme son écriture, accompagne cette volonté : raconter des choses difficiles sans jamais les alourdir inutilement.
Cette lumière traverse également les personnages rencontrés. Tous exercent leur métier avec passion, bienveillance et conviction. Ils ont fait un choix, parfois une vocation, et consacrent une partie de leur existence à accompagner celle des autres. Leur présence permet de découvrir une multitude de façons d’aider à traverser l’épreuve du deuil.
L’Homme étoilé réussit ainsi un exercice délicat : parler de la mort sans faire un album sur la tristesse. Le soleil va se lever parle finalement davantage de la vie que de la mort. De ceux qui restent, de ceux qui accompagnent et de cette capacité qu’ont les êtres humains à apporter de la lumière dans les moments les plus sombres.
Avec ses 248 pages, ce reportage dessiné prend le temps de rencontrer, d’écouter et de raconter. Et si le titre peut sembler annoncer une promesse un peu naïve, l’album démontre qu’il n’y a rien de naïf à chercher la lumière au cœur du deuil.
Le soleil va se lever est un album profondément humain, sensible et lumineux, qui nous invite à changer notre regard sur la mort et, surtout, sur ceux qui doivent continuer à vivre après elle.
Et lorsque L’Homme étoilé annonce déjà vouloir poursuivre son exploration de ces « inconnus » qui méritent leur heure de lumière, une chose est certaine : on sera au rendez-vous.
Nom d'utilisateur : LABANDEDU9
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