Nom de la série : Lee Horn
Scénario : Philippe Thirault
Dessin : Gilles Mezzomo
Couleur : Céline Labriet
Maison d'édition : GLENAT
Décembre 1890, à Wounded Knee. Quelques instants avant le terrible massacre, un jeune garçon blanc, surnommé « Cri de l’Aigle », orphelin élevé par les Sioux, s’entraîne à chasser les oies sauvages. Son grand-père vient le chercher : au camp, les tambours résonnent et l’agitation grandit. Et pour cause, les soldats ont encerclé le camp et commencent à demander aux hommes de déposer leurs armes dans un chariot.
Impatient de constater le faible nombre d’armes remises, le colonel ordonne de fouiller les tentes et de faire cesser les tambours. Le ton monte, les esprits s’échauffent et un premier coup de feu, parti accidentellement, déclenche le massacre. Les soldats tirent à tout-va, sans distinction, sur les hommes, les femmes et les enfants. Tous tentent de fuir à pied, poursuivis par les soldats à cheval.
Cri de l’Aigle court aux côtés de son grand-père, de sa mère et des autres membres de sa famille. Le jeune garçon parvient à décocher une flèche en direction d’un soldat, mais cela ne suffit pas à arrêter le suivant. Un officier plante alors son sabre dans le cœur d’un autre enfant, avant de s’en prendre au grand-père, puis à la mère du jeune garçon. Si Cri de l’Aigle survit, il ne le doit qu’à la couleur de sa peau : l’officier estime que vivre avec cette culpabilité sera encore plus difficile pour lui que de mourir. De son côté, Cri de l’Aigle n’oubliera jamais le visage de cet homme, nommé Ben Norton.
Après cette introduction fracassante, Philippe Thirault et Gilles Mezzomo nous invitent à suivre le parcours de Cri de l’Aigle, rebaptisé Lee Horn. Personnage de fiction solidement ancré dans un contexte historique bien réel, il va traverser plusieurs épisodes qui permettent aux auteurs d’explorer différentes pages de l’histoire des États-Unis.
Le jeune garçon est d’abord recueilli par une famille noire, sur les rives du Mississippi, ce qui permet d’aborder les difficultés d’intégration et les tensions raciales de l’époque. Vient ensuite, à l’âge adulte, le grand départ vers le Wyoming, où il espère retrouver son grand amour. Son parcours le conduira finalement à s’engager dans l’armée et à partir pour les Philippines, ouvrant ainsi un chapitre moins connu de l’histoire des interventions militaires américaines en Asie.
Cet album se révèle être un véritable ouvrage de vulgarisation historique, qui parvient à dérouler la grande Histoire à travers le destin d’un jeune homme auquel on s’attache rapidement. Son désir de vengeance et sa quête de vérité suscitent naturellement l’empathie, mais son parcours est loin d’être un long fleuve tranquille. Les auteurs parsèment sa route de difficultés et de rebondissements qui viennent nourrir son évolution et donner du relief à son histoire.
Au dessin, Gilles Mezzomo, déjà remarqué pour la réussite d’Hacendado, récidive avec le même talent. Il donne vie à un personnage habité, qui vit les événements avec ses tripes. Son trait précis et ses cases riches en détails contribuent à l’immersion, chaque élément participant à la crédibilité du récit et à la reconstitution de son époque.
Un album particulièrement intéressant dans sa construction, porté par un personnage en quête d’identité : blanc parmi les Indiens, Indien au sein de la communauté noire, soldat presque malgré lui et profondément antimilitariste. Lee Horn reste animé par un esprit de vengeance du début à la fin, au risque de devenir parfois presque aussi violent que ceux qu’il combat.
Une lecture à conseiller aux amateurs de fresques historiques, qui mêlent destin individuel, quête de justice et grandes pages de l’Histoire.
Nom d'utilisateur : LABANDEDU9
Nombre de chroniques publiées : 3448