Nom de la série : Légende des Stryges
Tome : 2
Titre du Tome: Les eaux du chaos
Scénario : Eric Corbeyran
Dessin : Nicolas Begue
Couleur : Lucie Fabbro
Couverture : Richard Guerineau
Maison d'édition : DELCOURT
À bord d’un train traversant la Bavière, Sardin et Bernat reviennent sur leur étonnante découverte et, plus particulièrement, sur ce mystérieux liquide noir retrouvé dans les sarcophages. Les interrogations s’accumulent : quelle est la véritable nature de cette substance ? Quels sont ses pouvoirs ? Et surtout, quel rôle joue Sandor G. Weltman dans cette affaire ? En attendant d’obtenir des réponses, leur voyage les conduit jusqu’à Kaspar Von Harbow, un personnage aussi énigmatique que fascinant. Versé dans l’occultisme, adepte de la démonolâtrie, des messes noires, des sacrifices humains et d’autres pratiques interdites, il apparaît rapidement comme un acteur incontournable de cette quête. Ennemi déclaré de Weltman, il détient également une impressionnante collection d’ouvrages anciens susceptibles de lever le voile sur les origines de ce liquide aux propriétés extraordinaires.
L’enjeu est limpide : découvrir le secret de cette substance noire qui semble être au cœur de tous les événements. Éric Corbeyran construit son récit avec méthode et maîtrise, en distillant les informations au compte-gouttes afin de maintenir une tension constante. L’ouverture de l’album, particulièrement réussie, bénéficie d’un découpage très cinématographique qui installe immédiatement une atmosphère mystérieuse et oppressante. La rencontre avec Kaspar Von Harbow permet ensuite d’élargir le champ narratif en réintroduisant plusieurs éléments emblématiques de la mythologie des Stryges. Les amateurs de longue date apprécieront les nombreuses références à l’univers développé depuis la fin des années 1990, tandis que les nouveaux lecteurs y trouveront suffisamment de matière pour nourrir leur curiosité.
L’un des points forts de ce second tome réside dans son ambiance. Corbeyran privilégie ici le mystère, l’ésotérisme et les jeux d’influence plutôt que l’action pure. Les révélations progressent lentement, laissant planer de nombreuses zones d’ombre autour des protagonistes et de leurs véritables motivations. Cette approche contribue à renforcer le sentiment d’immersion dans un monde où les frontières entre histoire, légendes et occultisme semblent constamment se brouiller.
Cependant, ce choix narratif pourra également surprendre certains lecteurs. Après un premier volume riche en promesses, notamment autour des momies pharaoniques et de ce liquide aux pouvoirs encore mal définis, on pouvait s’attendre à une présence plus marquée des stryges eux-mêmes ou à l’apparition d’autres créatures issues de la mythologie de la série. Or, ce tome adopte davantage les codes du thriller ésotérique et de l’enquête que ceux du fantastique spectaculaire. Ce parti pris n’est pas dénué d’intérêt, mais il pourra laisser une partie du lectorat dans l’attente d’un développement plus ambitieux de la dimension mythologique.
À l’issue de la lecture, le sentiment est donc contrasté. D’un côté, le scénario demeure particulièrement solide, porté par une narration fluide et une intrigue suffisamment captivante pour maintenir l’intérêt jusqu’à la dernière page. De l’autre, cette conclusion ouverte laisse volontairement plusieurs questions sans réponse et donne parfois l’impression que ce volume agit davantage comme un chapitre de transition que comme une véritable étape décisive de la saga. Une frustration qui pourrait toutefois se transformer en qualité si une suite venait à voir le jour.
Sur le plan graphique, Nicolas Bègue confirme tout le bien que l’on pouvait penser de son travail. Son trait détaillé, ses jeux d’ombres omniprésents et son sens de la mise en scène participent pleinement à l’identité de l’album. Les décors sont particulièrement soignés et contribuent à renforcer cette atmosphère pesante qui imprègne l’ensemble du récit. Les visages expressifs, les compositions de planches dynamiques et le traitement des séquences occultes témoignent également d’une réelle maîtrise narrative. Le dessinateur réussit ainsi à insuffler une dimension visuelle forte à cet univers où le mystère et l’étrange occupent une place centrale.
Avec ce deuxième tome, La Légende des Stryges poursuit donc son entreprise de réappropriation d’un univers culte de la bande dessinée fantastique française. Plus orienté vers l’enquête et les secrets enfouis que vers l’action spectaculaire, cet album enrichit progressivement sa mythologie tout en laissant entrevoir des développements prometteurs. Reste désormais à espérer que les lecteurs répondront présents afin que cette nouvelle branche de la saga puisse bénéficier d’une suite et permettre à Éric Corbeyran et Nicolas Bègue d’explorer pleinement toutes les pistes qu’ils ont commencé à dessiner.
Nom d'utilisateur : LABANDEDU9
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