Espace membre Me connecter
lamontagne lamontagne
Le gibier Le gibier

Les danses des furies

Acheter sur BD Fugue

Nom de la série : Les danses des furies
Titre du Tome: Le gibier
Scénario : Callixte
Dessin : Callixte
Couleur : Callixte
Adapté du roman de : Nicolas LEBEL
Maison d'édition : PAQUET

Une enquête sous haute tension pour le commissaire Starski, qui pourrait bien y laisser quelques plumes ! Avec cette adaptation très réussie du roman noir de Nicolas Lebel, Callixte livre un polar tendu et efficace.
Mauvaise journée pour le commissaire Paul Starski. « Oui, comme dans la série Starsky et Hutch, mais avec un i : c’est d’origine polonaise ». Sa femme est partie, ses filles sont en vacances et le chien familial est mourant. Comme si cela ne suffisait pas, il est appelé sur une prise d’otage à proximité d’une clinique vétérinaire. Sur place, accompagné de sa coéquipière, la glaciale et pragmatique lieutenante Yvonne Chen, il découvre une scène de crime pour le moins étrange : un commissaire marseillais en plein délire complotiste et un industriel sud-africain semblent s’être suicidés. L’hypothèse ne tient pourtant pas longtemps et les soupçons se tournent rapidement vers Chloé de Talence, brillante biochimiste licenciée quelques mois plus tôt par l’industriel. Sauf que Chloé est l’amour de jeunesse du commissaire, et il est incapable d’envisager sa culpabilité. Il décide donc de s’impliquer au maximum dans l’enquête. Pourtant, les morts se multiplient et il devient de plus en plus évident que la chasseuse est en réalité la proie. Starski doit se rendre à l’évidence : rien ne semble pouvoir arrêter
Dès les premières pages, l’album surprend par sa construction. Le récit s’ouvre en effet sur la « phase 2 », indiquée en tête de certaines planches par des intitulés aussi laconiques qu’énigmatiques. Exemple : « Le leurre : pâture visant à tromper le gibier. » Ce vocabulaire cynégétique donne évidemment son sens au titre de cette adaptation du roman noir de Nicolas Lebel. Mais il installe surtout une mécanique narrative fondée sur la traque et la manipulation. La scène d’ouverture pose immédiatement l’atmosphère : un vieil homme suit une femme dans les rues sombres de Paris, jusqu’à son appartement… avant qu’une ombre n’apparaisse derrière lui. Coupure brutale : nous voilà plongés dans un entretien d’embauche. Quelques pages plus loin, nouveau décor et nouveaux personnages : le commissaire Starski et la lieutenante Chen entrent en scène. Cette succession de situations, bien rythmée, permet d’introduire rapidement les protagonistes tout en maintenant une part d’opacité. Le lecteur avance ainsi dans l’histoire avec la sensation d’être volontairement maintenu à distance, comme si l’on lui présentait des alibis avant même qu’il ne pense à les demander. À plusieurs reprises, Callixte insère des flashbacks en référence aux pages d’ouverture. Si le premier perturbe quelque peu la compréhension (nouveau lieu et personnages difficilement identifiables), on finit par comprendre leur rôle et tout rentre rapidement dans l’ordre. S’ensuit une enquête au rythme agréable, faite d’interrogatoires tendus, de courses-poursuites et de fusillades. À cela, les auteurs ajoutent même une pointe d’amour et de charme. Indéniablement, cette intrigue ravira les amateurs du genre.  Callixte assure également le dessin et la mise en couleur. On s’amuse à chercher les clins d’œil à ses précédentes collaborations. Il reste fidèle à un style franco-belge classique, clair et lisible. Ce choix s’avère particulièrement adapté à ce polar où la narration visuelle privilégie l’efficacité. La mise en page, dynamique, accompagne bien la tension de l’intrigue. On pourrait regretter la confusion entre certains personnages, mais celle-ci semble totalement volontaire afin de brouiller les pistes. À l’inverse, certains protagonistes marquent immédiatement les esprits, à commencer par la lieutenante Chen, silhouette froide et impassible derrière ses lunettes noires. L’album se conclut par un dossier bonus intéressant, qui revient notamment sur certaines retouches apportées par Callixte à ses planches. Un jeu amusant consiste alors à parcourir l’album à rebours pour tenter de repérer les modifications… même si une vignette semble avoir échappé à ces fourches caudines.
Au final, Gibier propose une adaptation solide et efficace du roman de Nicolas Lebel. L’album séduit par son rythme maîtrisé, sa narration bien construite et son ambiance tendue. Une lecture recommandée aux amateurs de thrillers, mais aussi à ceux qui apprécient les polars bien menés.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : boil

Nombre de chroniques publiées : 137