Nom de la série : Les enfants de Chatom
Scénario : Cyrille Pomès
Dessin : Cyrille Pomès
Couleur : Cyrille Pomès
Maison d'édition : Rue de Sèvres
Alabama, 1920. Dans le petit village de Chatom, Stumpy déambule pieds nus en sifflotant dans les rues, sous le regard décontenancé des passants. Il est joyeux, car il prépare sa retraite annuelle : s’enfermer tout l’hiver. Une habitude qui intrigue autant qu’elle attendrit. Tout le monde y va de son petit mot pour le bûcheron ermite : les enfants, le curé, l’épicier, l’institutrice… Mais derrière cette routine, une vraie question persiste : que fait Stumpy pendant ces longs mois d’isolement ?
Le jeune Sam, courageux ou inconscient, décide d’en avoir le cœur net. Planqué dans un arbre avec son pot de miel (idée simple mais redoutablement efficace), il tente de percer le mystère. Sauf que comme souvent dans ce genre d’histoire, la réponse ne va pas être celle qu’il attendait… et va même ouvrir la porte à quelque chose de bien plus grand.
Quelques jours plus tard, Sam revient à l’école et se confie à Alice. Et là, le récit bascule doucement. Parce que pendant que les enfants enquêtent sur Stumpy, un autre événement vient troubler le quotidien : un enfant est retrouvé, abandonné sur le pas de la porte de Mrs Ruffo, l’institutrice. Un gamin affamé, épuisé… et surtout pas comme les autres.
Cette BD, « Les enfants de Chatom », est l’adaptation du roman de Thomas Lavachery (paru en 2024), un auteur reconnu pour ses récits mêlant aventure, humour et personnages hauts en couleur. Ici, Cyrille Pomès s’approprie l’univers avec beaucoup de fluidité, dans une adaptation fidèle mais vivante, pensée pour la BD.
Ce qui est intéressant, c’est que le contexte historique — l’Amérique des années 1920, en pleine période de récession et de tensions sociales — est bien présent, mais jamais pesant. On est plus dans l’évocation que dans la démonstration. Le décor sert surtout à renforcer cette ambiance de village rural, un peu hors du temps, où la solidarité fait loi, et cette idée que même dans un coin paumé, il peut se passer des choses extraordinaires.
Et justement, c’est là que la BD fonctionne très bien : dans sa dimension “chronique de village”. Chatom, c’est un microcosme. Tout le monde se connaît, tout le monde s’observe, et surtout tout le monde finit par agir ensemble. L’institutrice, Mrs Ruffo, en est le cœur : une figure atypique, presque hors norme (elle fume la pipe, soigne les gens, enseigne autrement), mais profondément humaine.
L’arrivée de Tom vient casser cet équilibre. Parce que derrière son apparence fragile se cache quelque chose de plus troublant : des capacités hors du commun… et surtout un passé dangereux. Dans certaines scènes, on comprend même qu’il a été exploité comme une curiosité, presque un phénomène de foire, ce qui ajoute une vraie dimension sociale au récit.
Et c’est là que la BD devient plus intéressante qu’elle n’en a l’air au départ. On commence avec une petite enquête d’enfants à la “Tom Sawyer”, et on glisse progressivement vers un récit collectif : un village entier qui va devoir protéger l’un des siens face à une menace extérieure.
Côté personnages, c’est clairement un point fort. Sam et Alice fonctionnent très bien en duo d’enquêteurs improvisés, Stumpy garde son aura mystérieuse, et Mrs Ruffo vole presque la vedette par son humanité.
Au niveau du dessin, Cyrille Pomès reste fidèle à son style : souple, expressif, très vivant. Son trait apporte une vraie énergie au récit et colle parfaitement à cette ambiance rurale un peu brute. Le découpage est efficace, la narration claire, et on sent une vraie maîtrise dans la mise en scène. Petit bémol (et ça reste personnel) : la mise en couleur. Là où le trait est nerveux et dynamique, la couleur vient parfois lisser l’ensemble et atténuer cette énergie. Ça ne gâche pas la lecture, mais ça peut freiner un peu l’impact visuel sur certaines planches.
Au final, « Les enfants de Chatom », c’est une BD qui avance tranquillement, sans en avoir l’air, mais qui installe une vraie ambiance et des personnages qu’on retient. Une histoire à hauteur d’enfants, mais avec un vrai fond, qui parle de solidarité, d’accueil de l’autre et de protection face à l’injustice.
Une lecture fluide, accessible, mais loin d’être anodine. Le genre d’album qu’on ouvre par curiosité… et qu’on referme avec le sentiment d’avoir passé un très bon moment.
Nom d'utilisateur : LABANDEDU9
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