Nom de la série : Les hautes herbes
Scénario : Laurine CLIN
Dessin : GRUN
Couleur : GRUN
Maison d'édition : Daniel Maghen
Une quête initiatique, une tribu maudite d’hommes qui ne peut engendrer qu’un descendance mâle, un paria pourchassé par toute une cité et un dessin absolument magnifique : l’héroic-fantasy comme on l’aime !
Dans le monde créé par le Grand Kholo, un homme et son fils mènent une vie simple. S’ils chassent, ce n’est que pour se nourrir. Il faut dire que la légende des Ichors, qui tuaient pour le plaisir, et des hommes qu’ils ont façonnés, est l’une des histoires que la mère disparue racontait à son fils. Et puis il y a une règle vitale : « jamais plus de trois nuits au même endroit, car les animaux sont sauvages et les hommes sont pires ». Pourtant, le père a promis à son fils de lui offrir un couteau pour son passage à l’âge adulte. Aidés par Arcimbald et son baveux, ils gagnent donc la ville de Montenalo. La cité est en crise et les gardes sont sur les dents. Plusieurs femmes ont été enlevées par des barbares ichoromes. Outre leur sang noir, ces hommes ont la particularité de ne pouvoir engendrer qu’une descendance mâle. Une fois entrés dans la ville, le père et son fils vendent des dents de crocale. Sauf que le vendeur aimerait bien récupérer son argent. La bagarre et la fuite qui s’ensuivent ne laissent aucun doute : les mystérieux chasseurs étaient des ichoromes. Et le prédateur devient une proie…
Dans le registre de l’heroic fantasy, il est une chose éminemment compliquée : créer un univers en partant de rien ! Un véritable défi, même si la maison d’édition vous accorde une centaine de pages. C’est dire la pression que s’est imposée Laurine Clin. La scénariste s’amuse à brouiller la chronologie. Elle ouvre ce roman graphique sur une histoire du soir racontée à un jeune garçon. Cette mère aimante narre la création du monde par le Grand Kholo, autour de quelques grands animaux. Une fois le décor planté, on découvre les véritables héros de l’histoire. Grâce à un dialogue suggéré entre les lignes, on comprend que cette famille est hors norme. C’est alors que survient le drame… Puis, changement de chapitre : une ellipse nous projette auprès du père et du fils, désormais en situation de chasseurs-cueilleurs. Là encore, l’exposition prend son temps. Pourtant, le temps passe vite, tant pour les protagonistes que pour le lecteur. On s’attache immédiatement à cette famille monoparentale. Ce père surprotecteur, qui n’a rien de plus précieux que son fils, le guide vers l’âge adulte : découverte des animaux, des dangers de la nature, mais surtout des hommes. C’est d’ailleurs un homme qui viendra rompre cette belle harmonie et déclencher les événements. Pour autant, ce pur récit d’initiation a tout pour plaire : des personnages attachants (je l’ai dit) et charismatiques, une intrigue bien menée et des rebondissements efficaces, ainsi qu’une ode à la protection de la nature et au respect de l’autre. Autant de thèmes qui s’inscrivent parfaitement dans l’heroic fantasy, tout en résonnant avec notre époque actuelle. Le rythme, lui aussi, est maîtrisé : il sait ralentir pour poser le contexte, puis accélérer franchement lorsque l’action devient primordiale. Construite en trois parties, l’histoire réserve, dans sa dernière section, une révélation totalement renversante. Côté dessin, le trait de Grun est une pure merveille. L’univers créé offre un subtil mélange entre réalité et fiction. Les personnages reflètent leur caractère, même s’il ne faut jamais se fier aux apparences. L’ensemble est parfaitement exécuté, tout en restant frais et vivant, notamment grâce à une colorisation pastel digne des plus grands aquarellistes.
De façon générale, cet album se place d’emblée parmi les classiques du genre, tant par son intrigue que par son dessin, avec peut-être le risque de lasser les inconditionnels en quête de renouvellement. Pour ma part, je me suis littéralement régalé !