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Mai 68 Mai 68

Les vents Ovales - Tome 3

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Nom de la série : Les vents Ovales
Tome : 3
Titre du Tome: Mai 68
Scénario : Aude Mermilliod et Jean Louis Tripp
Dessin : Horne
Couleur : Jerome Maffre
Maison d'édition : DUPUIS

Après avoir exploré les tensions familiales, rurales et sportives dans les deux premiers tomes, Les Vents ovales plonge cette fois-ci au cœur d’un événement qui a profondément transformé la société française : Mai 68. Avec ce troisième volume, intitulé Mai 68, Horne, Aude Mermilliod et Jean-Louis Tripp déplacent leur fresque du terrain intime vers celui de l’Histoire collective, sans jamais perdre de vue l’identité profondément humaine de leur série.

1er mai 1968. Alors que le traditionnel défilé syndical traverse les rues de Paris, des affrontements éclatent entre le service d’ordre de la CGT et des militants d’extrême droite. Le lendemain, un incendie se déclare à la Sorbonne tandis qu’une croix celtique apparaît sur un mur, symbole d’une radicalisation politique qui ne cesse de gagner du terrain. À Nanterre, les étudiants s’organisent, les slogans fusent, les barricades se préparent, et certains envisagent déjà l’affrontement direct avec les forces de l’ordre.

Pendant ce temps, à plusieurs centaines de kilomètres de la capitale, Larroque et Castelnau-sur-Garonne observent ces bouleversements avec un mélange d’incompréhension, de fascination et d’inquiétude. Chez Monsieur Amadieu, les événements sont regardés à la télévision comme le caprice d’une jeunesse « gauchiste » en rupture avec les valeurs traditionnelles. À l’inverse, Éric et Monique — qui attendent d’ailleurs un heureux événement — y voient les prémices d’une société plus libre, moins figée, plus égalitaire. Mais à mesure que les jours passent, les images de Paris deviennent plus dures : barricades, arrestations, violences policières, grèves massives. Une question commence alors à émerger jusque dans les villages du Sud-Ouest : comment rejoindre le mouvement lorsque l’on vit loin de la capitale ? Et si, ici, la contestation passait par ce qui unit tout le monde : le rugby ? Entre idée d’occupation du terrain municipal et volonté de faire entendre une autre voix, les deux clubs locaux deviennent peu à peu le miroir des tensions qui traversent le pays.

Avec ce troisième tome, les auteurs opèrent un léger déplacement narratif. Là où les précédents volumes s’attachaient davantage aux trajectoires personnelles des protagonistes, Mai 68 choisit de mettre l’événement historique au premier plan. Les personnages principaux s’effacent légèrement pour laisser place à une chronique collective, presque chorale, où le village devient un microcosme de la France en mutation. Un choix qui pourra surprendre certains lecteurs, tant les figures centrales semblaient jusque-là porter le récit, mais qui s’inscrit avec cohérence dans l’ambition plus large de la série : raconter une époque autant que des individus.

Car Les Vents ovales ne parle pas seulement de rugby ou de campagne française. Cette série interroge les fractures sociales, générationnelles et idéologiques qui traversent le pays. À travers le prisme de Mai 68, Horne, Mermilliod et Tripp montrent avec finesse l’opposition entre une France rurale attachée aux traditions et une jeunesse qui aspire à davantage de liberté. Les débats autour de l’autorité, de l’émancipation féminine, du rapport au travail ou encore des hiérarchies sociales irriguent subtilement le récit. Ici, les slogans parisiens trouvent un écho particulier dans les cafés de village, les exploitations agricoles ou les vestiaires des clubs de rugby.

Le choix du rugby comme élément central du récit demeure d’ailleurs particulièrement pertinent. Dans le Sud-Ouest des années 1960, ce sport dépasse largement le cadre du simple divertissement : il est une institution sociale, un marqueur identitaire et parfois même un espace politique. En faisant du terrain municipal un lieu possible de contestation, les auteurs proposent une lecture originale de Mai 68, loin du cliché exclusivement étudiant et parisien. Le mouvement devient ici provincial, populaire, enraciné dans les réalités locales.

On pourra toutefois ressentir une certaine lenteur dans le rythme du récit. Mais cette temporalité étirée constitue précisément l’ADN de Les Vents ovales. Les auteurs prennent le temps d’installer les ambiances, de faire exister les silences, les regards, les conversations du quotidien. Une approche contemplative qui demande de ralentir sa lecture pour mieux s’imprégner des lieux, des personnages et des tensions souterraines. Plus qu’une narration spectaculaire, l’album privilégie l’observation et la nuance.

Graphiquement, Horne continue de livrer un travail particulièrement immersif. Son trait semi-réaliste, précis sans être figé, retranscrit avec beaucoup de chaleur les paysages du Sud-Ouest, les villages, les visages burinés et les terrains boueux qui façonnent l’identité de la série. Les scènes collectives sont particulièrement réussies, notamment lorsqu’il s’agit de faire vivre les discussions de groupe ou les tensions politiques naissantes. Les couleurs, douces et légèrement patinées, participent pleinement à cette impression de mémoire vivante, comme si l’on feuilletait un album de souvenirs d’une France en train de basculer.

Avec Mai 68, Les Vents ovales poursuit son ambition de grande fresque humaine et sociale. Peut-être moins centré sur ses héros habituels et parfois plus contemplatif, ce troisième tome n’en demeure pas moins passionnant par sa manière d’ancrer un événement historique majeur dans le quotidien d’un village du Sud-Ouest. Une façon originale et pertinente de rappeler que Mai 68 ne s’est pas joué uniquement à Paris, mais aussi dans ces territoires ruraux où le changement semblait, à première vue, moins évident — jusqu’à ce qu’il s’invite, lui aussi, au bord des terrains de rugby.
 
 

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : LABANDEDU9

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