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Lune artificielle Lune artificielle

Lune artificielle

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Nom de la série : Lune artificielle
Scénario : Coke NAVARRO
Dessin : Coke NAVARRO
Couleur : Coke NAVARRO
Maison d'édition : Glénat

La nuit est le royaume des ninjas. Mais lorsque Bucket Boy et Bobby Shinobi découvrent qu’une start-up veut lancer une lune artificielle, leur terrain de jeu risque de disparaître. Entre ninjutsu, fake news et réflexion sur notre société, Coke Navarro signe avec Lune artificielle un ovni bédéphile aussi étrange que fascinant.
La nuit est tombée sur la cité. C’est l’heure où les ados sortent se ravitailler en produits à la mode, où les employés de bureau partent en virées très alcoolisées au volant de leurs bolides rutilants et où les petites frappes vérifient que personne n’a oublié les clés sur le contact. Mais la nuit appartient surtout à Bucket Boy et Bobby Shinobi. Pour eux, les heures sombres sont synonymes de défis urbains, de ninjutsu et de parkour sauvage au-dessus des toits. Seulement voilà : ce soir, une mystérieuse start-up annonce un projet complètement fou. Elle veut lancer en orbite une lune artificielle pour éclairer la ville lorsque le soleil disparaît. Aussitôt, les réseaux s’enflamment. Vérités, fake news, fantasmes et théories en tous genres s’entremêlent, chacun projetant ses peurs, ses rêves et ses obsessions sur cet incroyable défi technologique. Bobby se passionne pour le projet. Bucket Boy, lui, se sent relégué au second plan. Entre l’envie de participer aux destinées du monde et celle de poursuivre sa voie dans le ninjutsu, le jeune homme va devoir choisir. Car après tout, si la nuit disparaît, que deviendra le Ninja ?
La rentrée littéraire réserve parfois de sacrées surprises. Lune artificielle de Coke Navarro est clairement de celles-là. Un album difficile à enfermer dans une case, qui semble avancer au gré des idées de son auteur et qui assume pleinement ses digressions. Si l’on en croit les remerciements, sa genèse remonte à 2021, dans une période compliquée pour l’artiste. Le projet devait « prendre forme au fur et à mesure du processus ». Et cela se ressent : le récit part dans plusieurs directions, accélère, bifurque et revient sur ses pas, sans jamais perdre son identité. Au premier abord, on pourrait simplement suivre deux adolescents adeptes du ninjutsu, virevoltant au-dessus des toits d’une mégalopole inquiétante. Mais Coke Navarro ne s’arrête évidemment pas là. Avec cette lune artificielle censée remplacer le soleil une fois couché, il installe progressivement une réflexion sur les médias, les fake news et notre fascination pour les prouesses technologiques. Et derrière cette apparente idée de génie se cache une métaphore particulièrement stimulante : une société constamment éclairée est aussi une société où plus rien ne peut être dissimulé. Simple dystopie ou pure anticipation ? Peu importe, finalement. L’essentiel est que l’idée fonctionne et qu’elle continue de trotter dans la tête une fois l’album refermé. Côté dessin, l’artiste espagnol joue à fond la carte du mystère. Les deux héros restent presque insaisissables. Après tout, les ninjas ne sont-ils pas avant tout des ombres ? Le noir et blanc devient alors bien plus qu’un simple choix esthétique : il constitue une véritable composante du récit. Les cadrages sont audacieux, les compositions dynamiques et les jeux de lumière particulièrement travaillés. Ici, le noir raconte autant que les dialogues, parfois même davantage. Il y a quelque chose d’hypnotique dans ces planches. Une fascination qui vient autant de l’énergie des personnages que de cette ville oppressante, toujours à la frontière entre réalisme et imaginaire. Coke Navarro ne cherche pas à livrer une démonstration graphique spectaculaire : il construit plutôt une atmosphère, puis laisse le lecteur s’y perdre. Et c’est probablement là que réside la grande force de Lune artificielle. L’album ne cherche pas à donner toutes les réponses. Il préfère semer des idées, multiplier les pistes et laisser le lecteur faire son propre chemin.
Lune artificielle est donc un véritable ovni dans le paysage bédéphile de la rentrée. Un album à l’élégance brute, aussi étrange que fascinant, qui réussit surtout une chose rare : divertir tout en donnant matière à réfléchir. Une belle découverte.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : boil

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