Nom de la série : Marcel Pagnol
Titre du Tome: Naïs
Scénario : Eric Stoffel
Dessin : David Ratte
Couleur : Atomix
Maison d'édition : GRAND ANGLE
Dans les faubourgs de Marseille, à l'usine de tuilerie, Toine s'attelle à sa tâche lorsqu'un camarade lui signale que l'ingénieur souhaite le voir. Peu concerné, il préfère attendre la sirène annonçant la fin de la journée avant de quitter son poste pour rentrer chez lui. Sur le chemin du retour, il est rattrapé par l'ingénieur qui, tout sourire, lui annonce son prochain mariage avec la fille du patron. Il en profite également pour rassurer Toine au sujet de l'intérêt qu'il porte à Naïs : selon lui, il ne s'agit que d'une excellente ouvrière à qui il accorde naturellement toute son attention. Toine se sent rassuré, mais il sait qu'il n'a que très peu de chances de conquérir le cœur de la jeune femme. Bossu, discret et sans prétention, il mesure l'écart qui les sépare, d'autant que Naïs partage son temps entre l'usine et la ferme de son père. Ce dernier, d'une possessivité maladive, n'est pas près de laisser partir sa fille, pas même pour le fils des propriétaires de la ferme, un beau parti pour lequel Naïs éprouve pourtant des sentiments.
Naïs est à l'origine une œuvre littéraire d'Émile Zola que Marcel Pagnol a adaptée au cinéma en 1945, avec Raymond Pellegrin, Jacqueline Pagnol et Fernandel. Réalisé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le film bénéficie de moyens plus modestes, Pagnol ayant perdu ses studios durant le conflit.
L'histoire reste néanmoins profondément ancrée dans l'univers de Pagnol : la Provence en toile de fond, un drame familial, une jeune paysanne qui tombe amoureuse d'un jeune bourgeois promis à un brillant avenir. Autant dire que tout les oppose. À cela s'ajoute un troisième protagoniste, éperdument amoureux de la jeune femme mais conscient qu'il n'a pratiquement aucune chance de voir ses sentiments partagés.
Pour cette adaptation en bande dessinée, Éric Stoffel respecte scrupuleusement l'œuvre originale et son ambiance. Grâce à un découpage efficace, il insuffle un véritable dynamisme au récit et fait progressivement monter la tension jusqu'à flirter avec le thriller. La lecture est captivante du début à la fin, les véritables intentions des protagonistes — qu'il s'agisse de Toine, de Frédéric, le jeune bourgeois, ou de Micoulin, le père de Naïs — ne se révélant que progressivement autour de la jeune héroïne. Mention spéciale à Toine, qui partage ici le premier rôle et s'impose immédiatement comme un personnage profondément attachant. Bien au-delà de son infirmité, c'est la sincérité de son amour pour Naïs qui touche. Sa lucidité et son abnégation le conduisent à accomplir, souvent à contre-cœur, des actes difficiles dans le seul but de rendre celle qu'il aime heureuse.
David Ratte, au dessin, se montre lui aussi particulièrement inspiré par cette adaptation. Son trait déborde d'émotion, ses personnages sont d'une grande expressivité et les décors provençaux s'accordent parfaitement à l'atmosphère du récit. Les paysages, les odeurs et les sons semblent presque prendre vie, immergeant le lecteur de la première à la dernière page.
Une très belle réussite. La collection consacrée à Marcel Pagnol chez Grand Angle n'en finit plus de nous séduire et confirme, album après album, toute la pertinence de ces adaptations en bande dessinée.
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