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ZAGHI ZAGHI

Minigatari

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Nom de la série : Minigatari
Scénario : Daniela Martin del Campo
Dessin : Daniela Martin del Campo
Couleur : Daniela Martin del Campo
Maison d'édition : casterman

Avec Minigatari, les éditions Casterman nous proposent un album en one-shot, intégralement réalisé par Daniela Martin del Campo. Un récit de voyage au cœur du Japon qui va très vite se transformer en véritable récit initiatique, entre découverte d'une culture fascinante et voyage intérieur.


   Le titre "Minigatari" est une contraction du préfixe « mini » et du mot japonais monogatari, qui signifie conte ou récit. Et c'est finalement exactement ce que nous propose Daniela : une sorte de carnet de voyage dans lequel elle nous fait découvrir le Japon à travers ses rencontres, sa gastronomie, ses coutumes, mais aussi et surtout sa langue, qui la passionne depuis toujours.
L'album commence par un joli prologue dans lequel Daniela revient sur l'un de ses premiers souvenirs d'enfance. Elle se rappelle avoir entendu ses parents parler sans comprendre leurs mots, mais en étant fascinée par ce qui sortait de leur bouche. Pour elle, les mots avaient quelque chose de presque magique. Ils pouvaient transmettre des sentiments, des pensées, des besoins, et chaque langue semblait porter en elle une partie de la culture et des émotions de ceux qui la parlent.
Puis, avant même son départ pour le Japon, un petit détail va attirer notre attention. Alors que Daniela prépare sa valise, un petit lézard rouge s'y glisse discrètement. On ne comprend pas encore véritablement ce qu'il représente, mais sa présence n'est évidemment pas anodine. Il va l'accompagner tout au long de son voyage et prendra progressivement une importance particulière dans le récit. Il est, en quelque sorte, cette petite voix intérieure qui nous accompagne tous, celle qui accumule nos frustrations, nos doutes, nos ressentiments, nos mauvaises habitudes et qui, parfois, nous murmure : « Ne fais pas ça, tu vas le regretter. » Une présence discrète au départ, mais qui va prendre de plus en plus de place au fil des événements.
Quelques années plus tard, Daniela part pour son deuxième voyage au Japon. Elle n'y était pas retournée depuis l'âge de quinze ans et attendait ce moment depuis douze ans. Elle rassemble ses économies et décide cette fois de vivre une véritable immersion en faisant du bénévolat pendant un mois chez l'habitant, à Osaka.
À Osaka, elle fait la connaissance de Monsieur K, qui loue des chambres d'hôtes et accueille des bénévoles étrangers. Les règles sont strictes : commencer à huit heures, préparer les petits-déjeuners, s'occuper des plantes, donner des cours d'anglais aux voisins et, surtout, parler anglais avec lui. Daniela découvre ainsi une autre facette du Japon, celle du travail et des relations entre les Japonais et les étrangers, les fameux gaijin.
Elle va également multiplier les rencontres. Un voisin surnommé Grand-père lui conseille notamment un petit restaurant de takoyaki très authentique où elle risque fort d'être la seule étrangère. L'accueil est d'abord un peu froid, mais son caractère bien trempé et quelques verres vont rapidement délier les langues. Au fil des rencontres, elle découvre aussi la signification des noms japonais à travers les kanji, l'écriture, l'origami, la gastronomie et quantité de petites particularités de cette culture qui la fascine.
Son périple va ensuite la conduire vers Tokyo et d'autres villes japonaises. Mais plus elle avance, plus ce petit lézard refait surface. Et l'on comprend alors progressivement qu'il représente bien plus qu'un simple compagnon de voyage. Même à l'autre bout du monde, il est impossible d'échapper complètement à ce que l'on porte en soi. Ses frustrations, ses non-dits, ses habitudes et certaines blessures vont venir perturber son voyage et l'obliger à regarder en face une partie d'elle-même qu'elle aurait peut-être préféré laisser derrière elle.
   J'ai beaucoup aimé cette façon de mélanger le carnet de voyage et l'introspection. On apprend énormément de choses sur le Japon, notamment sur la langue, les kanji, les coutumes, la gastronomie ou encore les relations sociales, mais sans jamais avoir l'impression de lire un simple guide touristique.
Daniela ne nous présente d'ailleurs pas un Japon idéalisé. Elle montre aussi les différences culturelles, les difficultés à s'intégrer et les incompréhensions qui peuvent parfois apparaître entre les Japonais et les étrangers.
Mais ce qui m'a surtout plu, c'est cette dimension personnelle. Le Japon devient finalement un miroir dans lequel Daniela va devoir se regarder. Elle comprend qu'elle ne peut pas simplement partir à l'autre bout du monde pour laisser ses problèmes derrière elle. Il faut parfois accepter de faire la paix avec soi-même, pardonner, renoncer à certaines choses et apprendre à avancer.
   Le dessin est très caricatural et possède une identité immédiatement reconnaissable. Les personnages sont presque non genrés et il m'est arrivé de trouver certaines silhouettes ou certains visages assez proches, notamment au niveau de la mâchoire.
Mais ce qui frappe surtout, ce sont les couleurs. L'album est extrêmement coloré, avec beaucoup de jaune, de rouge rosé, de fuchsia et de bleu. L'ensemble possède une esthétique très pop qui donne beaucoup de dynamisme aux pages.
J'aime également le choix de ne pas représenter le Japon de manière réaliste. Daniela nous montre plutôt le pays à travers son propre regard, avec un dessin plein de fantaisie et de personnalité.
   Minigatari est une jolie découverte. Je pensais trouver principalement un récit de voyage consacré au Japon et à sa culture, et j'ai finalement trouvé quelque chose de beaucoup plus personnel.
Car derrière les découvertes, les rencontres et toutes les petites choses que Daniela nous apprend sur le Japon, c'est finalement un travail sur soi qui se joue. Le petit lézard rouge devient alors une belle représentation de cette conscience qui nous accompagne, de nos doutes, de nos frustrations et de tout ce que nous essayons parfois de mettre de côté.
Un voyage dépaysant, instructif et finalement très humain, dans lequel chacun pourra retrouver une petite part de lui-même. Une belle façon de nous rappeler qu'avant de vouloir changer de décor, il faut parfois apprendre à faire la paix avec ce que l'on porte en soi.
Une œuvre initiatique qui nous invite finalement à dresser le dragon qui est en nous.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : bibione

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