Nom de la série : Mona
Scénario : Eric Savoldelli
Dessin : Eric Savoldelli
Maison d'édition : Les étages éditions
Février 1938, dans le nord de l’Italie. Melchior assiste son père dans l’écurie où une jument est en train de mettre bas. Malheureusement, elle ne survivra pas, laissant derrière elle une petite pouliche du nom de Mona. Le jeune garçon s’approche alors d’elle et lui souffle sur les naseaux afin qu’elle s’imprègne de son odeur. À partir de ce jour, une complicité naît entre eux.
Quatre ans plus tard, Mona a grandi, Melchior aussi. Dans la forêt, ils retrouvent Andrea, son meilleur ami, et ensemble décident d’aller couper du bois dans la forêt de Spinelli. Sa mère, alors enceinte, s’inquiète pour Melchior, encore très jeune, qui doit déjà prendre la relève lorsque son père est absent. Alors qu’ils s’activent, un homme s’approche d’eux pour leur annoncer une terrible nouvelle : leurs pères, tous deux bûcherons, ont trouvé la mort dans un accident survenu lors d’une coupe à Presolana. De retour à la maison, la mère de Melchior comprend, à travers son regard, qu’il ne tardera pas à quitter le foyer aux côtés de Mona pour tenter de construire sa vie.
Pendant que certains font la guerre, les civils peinent à subvenir à leurs besoins. C’est le cas de la famille de Melchior. Alors âgé de seulement quatorze ans, le jeune garçon décide de traverser les Alpes pour rejoindre la France.
Cette histoire n’a rien de commun. Bien qu’elle se déroule durant la Seconde Guerre mondiale, il n’est ici ni question de combats ni de conflits armés, mais plutôt de la dure condition de l’immigration et des déplacements de populations. L’histoire de Melchior possède une résonance toute particulière pour l’auteur Éric Savoldelli, puisqu’il raconte tout simplement celle de Mechissedecco, son grand-père, à laquelle il associe également certains traits de personnalité de son père et de son frère, notamment dans les ressemblances physiques.
Au-delà du récit familial, l’auteur s’attache à raconter le quotidien de toute une profession, celle des bûcherons, et ses conditions de vie particulièrement difficiles : le froid, les intempéries, les mains usées par le travail. Au fil des pages et des années qui passent, le lecteur découvre également l’évolution du métier, de ses outils et de ses techniques, sans jamais oublier ce qui en fut longtemps le point de départ : les chevaux de trait.
Ce roman graphique est aussi une invitation au voyage. L’auteur s’attelle tout particulièrement à faire découvrir, à travers de superbes planches, la beauté de la vallée de la Guisane, terre de ses racines. Sans oublier le rapport étroit entretenu avec les animaux, et en particulier Mona. Bien plus qu’un simple outil de travail, cette jument devient une véritable complice du quotidien pour Melchior. Une relation dont témoigne notamment une scène particulièrement touchante après la blessure du jeune homme.
Graphiquement, l’album est une véritable proposition d’évasion. L’auteur alterne des scènes sombres, marquées par la rudesse du quotidien et du labeur, avec des séquences beaucoup plus lumineuses dès lors que la montagne et la neige apparaissent, presque comme des personnages à part entière. On pourra simplement regretter un léger manque de distinction physique entre certains personnages, parfois difficiles à identifier, notamment lorsqu’ils atteignent l’âge adulte.
Un très bon moment de lecture que nous vous conseillons.
Nom d'utilisateur : LABANDEDU9
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