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Mudlarks Mudlarks

Mudlarks

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Nom de la série : Mudlarks
Scénario : Philippe CHARLOT
Dessin : Manu CASSIER
Couleur : Manu CASSIER
Maison d'édition : Grand Angle

Lorsque son père est emprisonné pour dettes, le jeune Charles Dickens voit son destin basculer. Dans les rues misérables de Londres, sa rencontre avec un jeune chiffonnier va nourrir son imagination et, peut-être, faire naître un immense écrivain. Philippe Charlot et Manu Cassier signent un récit aussi touchant que captivant, entre chronique sociale, aventure initiatique et hommage à l'œuvre de Dickens.
Dans l’Angleterre victorienne de 1824, les créanciers sont sans pitié. C’est ainsi que Monsieur Dickens, son épouse et leurs plus jeunes enfants se retrouvent en prison. L’aînée est autorisée à poursuivre ses études de musique. Charles, le cadet, est contraint d’abandonner l’école pour travailler dans une manufacture de cirage pour quelques pièces. Il doit ainsi renoncer à ses rêves d’écriture et de gloire pour découvrir la misère et l’exploitation. C’est dans les bas-fonds de Londres qu’il fait la rencontre d’un gamin des rues. Oliver est un mudlark, un chiffonnier de la Tamise. Surtout, il fuit un père brutal et brigand. Tout en racontant sa propre vie à son nouvel ami, il imagine ce que pourrait être celle de Charles. Mieux encore, ensemble, ils vont transformer leur imagination en réalité et faire des rêves éveillés du jeune Dickens les prémices de son destin….
Si l’anglais reste la langue de Shakespeare, on pourrait tout aussi bien parler de celle de Dickens tant l’écrivain a marqué le XIXe siècle. Aujourd’hui encore, son œuvre continue d’inspirer de nombreux auteurs, tant sa vie et ses romans sont riches. Parmi eux figure un Philippe Charlot particulièrement inspiré. Le scénariste prend appui sur un fait historique : l’incarcération de John Dickens pour dettes. Il imagine alors ce qu’a pu être l’existence du jeune Charles durant cette période difficile. Mais attention, le récit n’est pas centré sur le futur écrivain ; il s’attache davantage à celui qui pourrait avoir inspiré son futur héros, Oliver. D’ailleurs, la scène d’ouverture ne laisse aucun doute : c’est bien lui le personnage principal. Lui, et son père qu’il déteste autant pour ses magouilles que pour avoir poussé sa mère au suicide. Ce gamin des rues, ce mudlark, va apprendre au jeune Dickens l’art de la débrouille. Mieux, il lui dévoile les petites combines qui permettent de survivre. Jamais rien de vraiment malhonnête, jamais rien qui puisse nuire à autrui : ce serait accepter l’héritage paternel. Il lui enseigne aussi, et surtout, l’art d’inventer des vies. Il n’en faut pas davantage pour donner naissance à un récit parfaitement construit, où les péripéties s’enchaînent sans le moindre temps mort. Un récit foisonnant d’imagination qui rend un bel hommage à la résilience des enfants des rues de l’Angleterre victorienne. Une histoire qui rappelle qu’il suffit parfois d’ouvrir les yeux pour trouver une source d’inspiration infinie. C’est Manu Cassier qui met en images ce préquel imaginaire à la biographie de Dickens. L’autodidacte, déjà remarqué sur Facteur pour femmes ou la biographie d’Albert Kahn, affectionne les personnages forts. Il opte ici pour un trait tout en rondeur, en douceur et en élégance. Si cette approche sied parfaitement à la bourgeoisie anglaise du XIXe siècle, elle contraste avec une rare efficacité avec la rudesse des bas-fonds londoniens. Le résultat est saisissant. Les cadrages variés renforcent la fluidité de la lecture, mais c’est surtout dans la mise en page que le dessinateur excelle. Jouant sur les tailles, les formes et les proportions des cases, il immerge littéralement le lecteur dans le quotidien des deux garçons et de leurs compagnons d’infortune. C’est particulièrement réussi. Enfin, la colorisation privilégie les teintes pastel, régulièrement rehaussées de touches plus vives. Elle sublime l’élégance du dessin tout en accentuant cette atmosphère résolument « so British ».
Plutôt que d’adapter un roman de Dickens, les auteurs choisissent d’imaginer la naissance de son inspiration. Ils livrent ainsi un album haut en couleur qui dépeint avec sensibilité la vie des enfants des rues du Londres victorien, sur fond de petite intrigue policière. Un album multigénérationnel à découvrir.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : boil

Nombre de chroniques publiées : 167