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Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse

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Nom de la série : Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse
Scénario : SoSkuld
Dessin : SoSkuld
d'après l'oeuvre de : Michaël Uras
Maison d'édition : Tartamudo

Giacomo est un garçon issu de l'immigration italienne dans les années 1980. Entre souvenirs familiaux douloureux et quête d'identité, il va peu à peu devenir Jacques, puis un adulte et un père à son tour.

Été 1981. Giacomo, son frère Pietro et leurs parents quittent la Sardaigne pour rejoindre la région parisienne après de magnifiques vacances sur l'île qui a vu naître leur famille. Arrivée en pleine nuit au pied de leur immeuble, la famille s'affaire à décharger la voiture, à retrouver son quotidien, ses meubles et ses affaires. Giacomo, lui, reste plongé dans ses souvenirs de vacances, bercé par les odeurs, les saveurs et les rituels qui coulent dans ses veines.

Juillet 1982. L'Italie dispute la finale de la Coupe du monde face à l'Allemagne. Les deux garçons se réjouissent de partager ce moment avec leur père, mais celui-ci en décide autrement. Une finale est un événement rare, réservé aux adultes, qui ne doivent pas être dérangés pour savourer cet instant si particulier. Les enfants sont déçus et tristes, mais les traditions l'emportent.

Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse est l'adaptation en bande dessinée du roman de Michaël Uras, publié en 2014. D'origine sarde, l'auteur puise dans son histoire familiale pour livrer une autofiction sur l'enfance d'un garçon partagé entre ses racines italiennes et son intégration dans la société française.

Pour cette adaptation, SoSkuld opte pour un récit découpé en plusieurs chapitres, composés de tranches de vie chronologiques. Le lecteur accompagne ainsi Giacomo, d'une dizaine d'années jusqu'à l'âge adulte. L'autrice met en lumière les bons comme les mauvais souvenirs : le regard des autres, les remarques sur ses origines, le statut de « rital », la mise à l'écart durant sa scolarité, ses premiers chagrins d'amour, mais aussi les joies de rencontrer la femme de sa vie.

Le récit ne se limite toutefois pas au regard extérieur. Il explore également la sphère familiale, les règles et les traditions italiennes, ainsi que les attentes d'un père qui préférerait voir son fils s'intéresser à autre chose qu'aux livres.

La lecture se révèle naturellement prenante, tant il est facile de s'identifier à ce petit garçon coincé entre le regard des autres et les attentes de sa famille, alors qu'il cherche simplement à construire son propre avenir. C'est d'ailleurs le seul petit bémol de l'ouvrage : son propos manque parfois de clarté. Cherche-t-il avant tout à montrer le poids des souvenirs douloureux ou à démontrer qu'ils permettent aussi de se construire ? Sans doute un peu des deux.

Cette belle histoire est également portée par le dessin de SoSkuld. L'autrice s'est fait connaître grâce à son blog La vie d'une aide-soignante, dans lequel elle raconte son quotidien en bande dessinée. Après plusieurs autoéditions, puis une première adaptation consacrée au milieu hospitalier à la suite de son diplôme de l'Académie Delcourt, elle relève ici le défi d'illustrer une histoire qui ne lui appartient pas et qui s'éloigne de son univers habituel.

Le pari est réussi. SoSkuld propose un dessin naturel et lumineux, au style contemporain, teinté d'influences manga, avec des personnages particulièrement expressifs. Une approche qui accompagne parfaitement les émotions du récit et renforce son aspect intimiste.

Au final, Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse est une lecture touchante, sensible et universelle sur la construction de soi, la transmission familiale et le poids des origines. Un très bon moment de lecture, qui mérite une visibilité à la hauteur du travail accompli par ses auteurs.
 
 

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : LABANDEDU9

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