Nom de la série : Phantasmagoria
Scénario : El Torres
Dessin : Joe BOCARDO
Maison d'édition : Graph Zeppelin
Dans le Londres Victorien, des jeunes aristocrates libèrent une créature des enfers. L’Intrus se déchaine, faisant couler beaucoup de sang pour créer un artefact et plonger l’humanité dans les ténèbres. Seule l’intervention du professeur Hawke et d’Edwin Drodd peut la sauver. Mais les deux hommes se livrent une lutte acharnée depuis la nuit des temps. Une épopée macabre totalement réjouissante !
Dans le Londres victorien, un couple se balade paisiblement lorsqu’il tombe sur une jeune femme. En panique absolue, elle leur demande de l’aide car elle semble pourchassée par un homme. Les passants se rendent pourtant rapidement compte qu’il ne faut pas se fier aux apparences et que la demoiselle est le diable incarné. Fort de sa magie, le professeur Hawke parvient à mettre le démon en fuite et a sauvé la jeune Jane Grantley. Le lendemain, Scotland Yard découvre une tuerie dans un club sélect non loin de là. De jeunes bourgeois ont été littéralement massacrés. Parmi eux se trouve le futur époux de Jane. Ils se sont livrés à une incantation démoniaque et ont relâché un Intrus qui a pris possession de la jeune femme. Malheureusement, le démon est si puissant que le professeur n’a pas pu le détruire et qu’il a trouvé refuge dans une autre victime. Afin d’obtenir de l’aide, le professeur se rend dans un asile pour consulter une vieille connaissance, Edwin Drodd. Ce dernier profite d’un moment d’inattention pour s’évader. Débute alors une lutte entre les deux mages, une lutte sans répit pour contrôler les forces obscures, une lutte à mort pour sauver la vie…
Dès la page de garde de cet album, on plonge dans le Londres victorien avec un mélange de Bram Stoker et d’Arthur Conan Doyle. Par la suite, on n’est pas déçu car on s’immerge immédiatement dans l’action. Pas d’exposition ! Choix osé mais payant car on se sent comme envoûté. Bien sûr, il y a cette impressionnante scène de crime, pour ne pas dire de boucherie. Mais immédiatement après, on se retrouve face à une jeune femme poursuivie qui réclame de l’aide à un couple de passants. Pourtant, la vérité est ailleurs et il ne faut pas croire tout ce que l’on voit. Sous ses sous des airs de Sherlock Holmes (version Peter Cushing), le professeur Hawke va éclairer nos lanternes. On pourrait alors penser qu’on va assister à une simple et banale chasse aux démons. Il n’en est rien car rapidement le professeur décèle des choses qui le dépassent et il va demander l'aide d'un aliéné. C’est véritablement à ce moment que l’intrigue débute car les deux hommes vont se livrer une lutte acharnée. Là encore, le fonctionnement reste classique : la lutte du Bien contre le Mal, sauf que la relation entre les deux hommes est d’une immense complexité et il faudra bon nombre de flashbacks pour en saisir toute l’étendue. Et puis le scénariste intègre à son intrigue de nombreux personnages secondaires, dans un camp comme dans l’autre. Si les inspecteurs de Scotland Yard servent essentiellement de faire-valoir, la gent féminine est réellement traitée à parité. Tout cela donne une intrigue bien construite, au rythme saccadé et qui donne la priorité aux pathos, un récit fort et envoûtant où les notions de Bien et de Mal sont rebattues. Côté dessin, on sent les mêmes inspirations au niveau des personnages et leur attitude. C’est pourtant le choix du noir et blanc qui bouscule au départ tant il a tendance à se faire rare. Il a pourtant le mérite de créer des ambiances à la fois sombres et élégantes. Il renforce le mystère et il ne permet aucune erreur. Et puis, sous les crayons de Joe Bocardo, il permet de jouer aux ombres chinoises et parfois même avec les négatifs, pour le plus grand plaisir des yeux. Pour le reste, les décors sont parfaitement maîtrisés, même s’ils sont souvent de simple aplat à peine complété d’ombre. La mise en page est sobre mais diablement efficace avec un soin tout particulier apporté au regard des personnages. Sans oublier les disparitions de cadres qui sèment le trouble dans tous les esprits.
C’est un album sans concession que ce Phantasmagoria. Certains vont adorer et d’autres beaucoup moins. Et puis il y aura ceux, comme moi, qui vont virer du scepticisme à l’enthousiasme au fur et à mesure de leur lecture. Et vous, quel lecteur serez-vous ? Pour le savoir, une seule solution…