Titre du Tome: Polaris ou la nuit de Circé
Lorsque le jeune et jolie Elise est retrouvée morte au centre d’un cercle, dans un appartement vide, la police s’oriente vers un jeu SM qui aurait mal tourné. Mais pour la lieutenant Jeanne Condorcet, flic le jour et libertine la nuit, cela ne colle pas. Elle décide donc de mener son enquête qui va la conduire vers le cercle de Circé, un club qui cherche à réinventer l’art érotique grâce à des jeux sous contrainte, au risque de se brûler les ailles. Une plongée dans l’univers de l’art érotique aussi déstabilisante qu’intéressante.
La lieutenant Jeanne Condorcet est une excellente flic, du « genre pitbull dans un gant de velours ». Mais la nuit, la jeune femme change autant de vêtements que de vie et devient une libertine cherchant sa propre jouissance. Un jour, elle se retrouve confrontée à un meurtre très particulier. Tout laisse à penser qui s'agit d'un jeu sadomaso qui aurait mal tourné. Très rapidement la police retrouve la trace

d'un véhicule qui a quitté les lieux peu de temps après le meurtre. Quant au conducteur, il est retrouvé pendu à son domicile. Affaire conclue ! sauf pour Jeanne. Elle a découvert un Erosismogramme chez Élise, la victime. Le document est dédicacé à Circé. Elle décide donc de mener l'enquête plongeant ainsi dans une sorte de club, un cercle mystérieux cherchant à réinventer l’art érotique grâce à des jeux sous contraintes comme l’Oulipo le fit jadis avec la littérature. Pour Jeanne, le danger provient d'une dangereuse collusion entre vie privée et vie professionnelle; au risque de tout perdre…
Le monde de la nuit parisienne, c'est le sujet que Fabien Vehlmann décide explorer dans ce
Polaris ou
la nuit de Circé. Mais attention, il n'est pas question pour le scénariste de
Spirou et Fantasio de faire dans l'exhibition et le trash. Au contraire, il place d'emblée son récit sous une forme d'intrigue policière et, dès le départ, il nous pose les personnages principaux. Jeanne Condorcet, tout d'abord, flic ultra efficace le jour et libertine la nuit. Élise ensuite, adepte du cercle de Circé et victime du meurtre. C'est en effet tout l'intérêt de l'album que de croiser les deux narrations. En même temps que l'enquête de Jeanne progresse, le lecteur découvre petit à petit l'histoire d'Elise et ainsi, le voile se déchire progressivement ; même s’il faut attendre la fin de l'album pour obtenir le dénouement. En effet, le cercle de Circé ne dévoile pas facilement ses lourds secrets. Néanmoins, le rythme saccadé fait merveille et les flash-back sont toujours judicieux. Si le scénario est efficace, le dessin se montre totalement à la hauteur. Gwen de Bonneval fait le choix intéressant de juste encrer ses dessins. Cela apporte beaucoup de profondeur et de justesse. Surtout, il n’use de couleur que pour évoquer les souvenirs de Circé et certaines scènes artistiques. A ce moment là, cela devient une véritable explosion, un feu d'artifice!

On aurait pu craindre que le style simple du dessinateur de
L'Herbier sauvage ne nuise à l'émotivité. Il n'en n'est rien. Chaque personnage est charismatique et expressif, chaque regard, qu’il soit fuyant ou appuyé, renvoie aux désirs, sans oublier le travail sur les corps…
L’œuvre était ambitieuse et le résultat est à la hauteur. Fabien Vehlmann propose un récit dense, mélange d'érotisme, d'enquête policière et de documentaire mis en images avec beaucoup de justesse et d'intelligence par Gwen de Bonneval.