Nom de la série : Pour quelques miettes de pain - Passage à l'âge adulte dans la Pologne post-soviétique
Scénario : Kasia BABIS
Dessin : Kasia BABIS
Couleur : Kasia BABIS
Maison d'édition : Aventuriers d'Ailleurs
Kasia BABIS livre dans cette première œuvre traduite en français le témoignage d’une génération qui lutte pour faire valoir ses désirs dans une société qui bascule du communisme au capitalisme.
Avec beaucoup de lucidité et d’ironie, Kasia BABAIS parcourt au fil de cinq chapitres sa vie de son enfance à l’âge adulte en la mettant en perspective avec l’histoire de la POLOGNE. Celle-ci apparaît effectivement aussi divisée que l’est la génération de l’artiste avec celle de ses parents en raison d’une Histoire perturbée. Ainsi, après avoir disparu pendant plus d’un siècle, le pays est né à nouveau au XXe siècle, mais scindé en une POLOGNE à la frontière de l’ALLEMAGNE, appelée POLOGNE A, économiquement plus développée que la POLOGNE B sous influence russe. Les parents de Kasia en sont révélateurs puisque sa mère est originaire de la POLOGNE B tandis que son père a moins souffert des pénuries en ayant grandi dans la POLOGNE A.
Née en 1992, Kasia profite au sein de sa famille du boom économique permis par l’ouverture du marché après la chute du communisme en 1989, mais celui-ci ne bénéficie pas à tout le monde et les désillusions de la population se multiplient face aux excès capitalistiques ; le chômage comme la reprivatisation des logements l’illustrent.
La POLOGNE de l’ère post-soviétique demeure par ailleurs encore sclérosée par les relents d’un conservatisme à l’image des jumeaux d’extrême-droite, les KACZYNSKI respectivement président et premier ministre du pays. Même après la mort du premier lors de la catastrophe aérienne de SMOLENSK en 2010, son frère Jaroslaw en profita pour laisser son complotisme errer à des divagations farfelues, et exploiter le climat de peur pour museler toute tentative de libération des mœurs. Preuve en est la cabale menée contre l’Union Européenne avec des affirmations délirantes relayées comme l’éducation sexuelle menée auprès des enfants, ou les tentatives de criminaliser l’avortement. De même, l’éducation est désormais laissée aux soins de l’Église comme un pied-de-nez au communisme, et la génération de Kasia surnommée « génération Jean-Paul II » atteste de l’idolâtrie pour le pape polonais et des tentatives de contrôle des esprits et mœurs des plus jeunes. Pourtant, Kasia et ses amies lutteront pour faire valoir leurs droits qu’il s’agisse du journal du collège, ou de leurs amours qui vont leur permettre de se libérer d’hommes toxiques car encore habités par un patriarcat aliénant pour des femmes désormais désireuses de prendre leur destin en main sans devenir les femmes aigries par les épreuves qu’ont été leurs mères.
Cette autobiographie allie avec brio vie personnelle et histoire du pays révélant à quel point les décisions politiques influencent directement la vie quotidienne. Le choix de dessins mettant l’accent surtout sur des personnages, et pas sur les arrières-plans, soulignent l’importance conférée aux destins individuels de personnes esquissées comme autant de représentantes d’une humanité. Les couleurs grise et rouge jouent quant à elles du contraste entre vies éteintes dès lors qu’on les contrôle, et énergie de la jeunesse et de la sororité manifestées par Kasia BABIS et ses amies. Le dossier comportant extraits du carnet de croquis à l’origine de son œuvre et explications sur la POLOGNE depuis 2020 est aussi à relever.
Cette œuvre ne manquera pas de toucher le lectorat tout en l’instruisant sur un pays européen au destin contrarié par des appétits géopolitiques.