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Presidio

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Nom de la série : Presidio
Scénario : Simon Treins
Dessin : Guiu Vilanova
Couleur : Bertrand Denoulet
Maison d'édition : DELCOURT

Troy est un voleur dont les seuls amis sont la poussière, le bitume et les kilomètres. Il se sent libre mais en réalité il est surtout en quête d’existence.

Le soleil se lève à peine lorsque Troy Alan Falconer sort, l’air joyeux, de son motel. Il grimpe dans sa voiture et reprend la route. En réalité, si Troy est d’aussi bonne humeur, c’est qu’il vient tout simplement de détrousser un VRP de passage. Car Troy n’est pas un type ordinaire : c’est un voleur de grand chemin, qui enchaîne les arnaques, usurpe des identités et dilapide son butin avant de passer à une nouvelle victime. Entre deux coups, il décide de se rendre dans le comté de Nova pour retrouver son frère, dont la femme est récemment partie avec toutes les économies. Mais, une fois arrivé devant la minable maison familiale, une surprise l’attend : Harlan a disparu, et la demeure semble tout simplement avoir été vendue.

Il y a des albums qui avancent droit, et d’autres qui bifurquent sans prévenir. Presidio appartient clairement à la seconde catégorie. Pas tant parce qu’il cherche à surprendre à chaque virage, mais plutôt parce qu’il s’autorise à ralentir, à regarder autour, à laisser ses personnages se débattre avec ce qu’ils traînent derrière eux.

Adapté du roman de Randy Kennedy, l’album scénarisé par Simon Treins et mis en images par Guiu Vilanova nous embarque dans un road trip texan qui sent la poussière, l’essence et les regrets mal digérés. On y suit Troy Falconer, marginal par choix ou par défaut – la nuance reste volontairement floue – qui revient dans sa ville natale pour aider son frère. Mauvaise idée, évidemment. Une histoire d’argent disparu, une fuite précipitée, et voilà les deux types embarqués dans une cavale qui ne leur laissera aucun répit.

Très vite, Presidio installe son tempo. Lent, presque poisseux, mais jamais inerte. Le récit s’étire comme une route sous le soleil, avec cette impression constante que quelque chose ne tourne pas rond. Et de fait, ça dérape : une gamine planquée à l’arrière du véhicule, une accusation de kidnapping qui tombe comme une évidence, et ce sentiment que chaque décision enfonce un peu plus les personnages dans l’impasse.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’atmosphère. Dense, sèche, étouffante. Vilanova capte parfaitement cette Amérique périphérique, faite de motels fatigués, de néons blafards et de paysages qui semblent avaler ceux qui s’y aventurent. La couleur de Bertrand Denoulet joue ici un rôle essentiel : tons poussiéreux, lumières sales, nuits épaisses… tout concourt à installer une mélancolie constante, presque physique.

On est clairement du côté du polar, mais pas celui qui cherche à impressionner. Ici, pas de twist spectaculaire ni de mécanique diabolique. Presidio préfère la tension qui monte doucement, les silences qui pèsent, les regards qui en disent plus long que les dialogues. C’est un thriller de l’usure, où les personnages semblent toujours un peu trop fatigués pour être vraiment dangereux – et donc d’autant plus imprévisibles.

Reste la question de l’adaptation. Comme souvent dans ce type d’exercice, tout ne passe pas. Le matériau d’origine, plus ample, plus atmosphérique, se voit ici resserré, parfois au détriment de certaines nuances. On sent que des choses manquent, que certaines respirations ont été sacrifiées pour tenir dans le format. Mais paradoxalement, cette sécheresse narrative colle plutôt bien au propos. Ce monde-là n’a pas le temps de s’attarder, et encore moins celui de s’expliquer.

Ce qui demeure, au final, c’est cette impression tenace d’avoir croisé des personnages qui existent vraiment. Pas des figures héroïques, ni même attachantes au sens classique. Juste des types cabossés, un peu perdus, qui avancent parce qu’ils ne savent pas faire autrement. Et une gamine, au milieu, qui agit comme un révélateur inattendu de leur humanité.

Presidio ne révolutionne rien. Il ne cherche même pas à le faire. Mais il impose une ambiance, une trajectoire, et ce petit supplément d’âme qui fait qu’une fois refermé, l’album continue de traîner quelque part dans un coin de la tête.
 
 

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : LABANDEDU9

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